Bordeaux : Pour favoriser la marche, les pouvoirs publics doivent « se coltiner la rue et le trottoir du quotidien »

A la faveur de l’urgence écologique et de ses bienfaits sur la santé, la marche revient sur le devant de la scène. A tel point que la métropole de Bordeaux l’a intégrée dans son schéma des mobilités. La marche redevient une part essentielle dans les déplacements du quotidien.

Pour aller plus loin dans son développement, l’A’Urba, agence d’urbanisme Bordeaux Aquitaine, organise ce mercredi une rencontre publique avec différents acteurs pour débattre des politiques à mettre en œuvre. 20 Minutes a interrogé le directeur de l’A’Urba, Jean-Marc Offner.

Jean-Marc Offner, directeur de l'agence d'urbanisme Bordeaux Métropole Aquitaine
Jean-Marc Offner, directeur de l’agence d’urbanisme Bordeaux Métropole Aquitaine – Fabien Cottereau

La métropole a inscrit la marche dans son schéma des mobilités. Est-ce que ce mode de déplacement va être davantage pris en compte dans les prochaines années ?

La marche est la cellule souche de la mobilité, car quel que soit le mode de transport que l’on prend, on est toujours à un moment ou à un autre un piéton. Avec le plan métropolitain sur la marche, et la volonté de certains maires, on a effectivement un frémissement. La ville du Bouscat par exemple a un projet global autour de la marche, qui met en avant le goût de l’espace public, pour retrouver celui du lien social, abîmé par le confinement. Mais restons modestes, car cela fait quelques décennies que la marche revient régulièrement sur le devant de la scène, et ensuite elle disparaît des radars.

Pourquoi ?

La banalité du sujet : tout le monde est piéton, et c’est un domaine qui relève des gestionnaires de la voirie, alors que l’action publique aime les choses visibles, les grands projets et les rubans à couper. Peut-être qu’une tactique serait d’inaugurer de temps en temps un super passage piéton, une passerelle, que sais-je… Deuxièmement, on oublie un peu l’urbanité qui fait la ville, et les villes concentrent leurs efforts sur les espaces un peu prestigieux, oubliant l’espace public du quotidien, de la foule, qui n’est pas toujours considéré comme très positif. Et enfin, il y a la concurrence du vélo dans les totems idéologiques du moment.

Mais, même si le sujet n’a pas réussi à s’imposer ces dernières années, vous ne trouvez pas que l’époque est tout de même plus propice au piéton ?

L’époque est plus favorable, et la mise sur l’agenda politique c’est très bien. J’attendais avec impatience ce plan métropolitain, mais est-ce qu’on ne se trompe pas de manière de faire ? Je pense à l’extension des zones piétonnes centrales, on le voit à Bordeaux comme dans d’autres villes, c’est bien mais cela privilégie encore des espaces publics extraordinaires. On n’est pas dans le piéton ordinaire qui a des trajets domicile-travail, ou de quartier, à effectuer. C’est à Paris qu’on marche le plus, car la ville s’y prête, mais on ne va pas transformer toute la métropole bordelaise en un Paris haussmannien, donc le vrai challenge est bien d’offrir des conditions de « marchabilité » pour des zones moins urbaines, en travaillant de façon légère sur l’espace public, en privilégiant des itinéraires, y compris dans ce périurbain où on fait à la fois peu de marche et peu de vélo. Il faut se coltiner la rue et le trottoir du quotidien, même si c’est moins vendeur.

En plus, on ne parle pas d’aménagements très lourds à réaliser, généralement ?

Non, il s’agit d’un peu de signalisation pour réaménager des itinéraires privilégiés, une hiérarchisation de la voirie pour le piéton, de la végétalisation. Il faut prendre à bras-le-corps cette affaire des trottoirs, c’est un vrai sujet, surtout à Bordeaux qui a une voirie très contrainte. Il faut donner envie au piéton, y compris dans des rues où il n’y a pas forcément d’animation commerciale. Regardez ce qu’on a fait pour les cyclistes, on pourrait tout à fait imaginer que l’on fasse aussi des couloirs pour les piétons. La condition piétonne souffre un peu de la promotion du vélo, et il y a un tas de ville où le vélo est interdit en zone piétonne, c’est une mesure qui semble évidente, car la cohabitation vélo-piéton ne va pas de soi.

Il y a aussi l’enjeu des écoles, de plus en plus pris en compte, non ?

Oui, et là-dessus des initiatives ont déjà été prises depuis plusieurs années, je pense notamment aux démarches « A l’école sans voiture », car on voit bien que si on arrive à faire décrocher les enfants d’un accompagnement motorisé par les parents, on gagne sur beaucoup de tableaux. Aujourd’hui, ce sont « Les rues aux écoles » qui se développent, à Bordeaux comme ailleurs. Mais c’est souvent le parvis devant l’école qui est piétonnisé, pas le chemin de l’écolier… On sait piétonniser une petite place, c’est facile, mais on oublie parfois que le piéton n’est pas qu’un occupant sédentaire de l’espace public, c’est quelqu’un qui a des itinéraires.

Quelles sont les villes modèles pour le piéton aujourd’hui ?

Pour moi, les fameuses villes à taille humaine dont on parle si souvent, sont les villes faites pour les piétons. Ce n’est pas une question de grande ou de petite ville. Paris est une ville faite pour les piétons, New York aussi : le piéton est roi à Manhattan, même s’il y a des gratte-ciel, car l’articulation entre les tours et la rue a été très bien pensée. A Bordeaux, la concurrence de la voiture se fait sentir assez rapidement, même sur de courts trajets.