Bordeaux : « On commence à avoir de la congestion automobile même en heure creuse »

La congestion routière génère en moyenne 30 % de temps en plus pour effectuer un déplacement en voiture entre une commune de l’aire urbaine et le centre de Bordeaux. C’est une des conclusions d’une vaste enquête menée par l’observatoire des mobilités et des rythmes de vie de l’A’Urba, l’Agence d’urbanisme Bordeaux-Aquitaine.

L’observatoire a analysé les temps de déplacements en voiture issus des données Google Maps entre la mairie de Bordeaux et les mairies des communes de son aire urbaine (périmètre qui s’étend sur une grande partie de la Gironde), dans les deux sens, entre 2017 et 2021. Les résultats sont calculés sur la moyenne des mardis et hors vacances scolaires, et sont comparés par rapport au temps moyen observé à trois heures du matin.

En 2021, à l’heure de pointe du matin (8 heures), 56 minutes sont nécessaires, en moyenne, pour rejoindre l’hôtel de ville de Bordeaux depuis les communes de son aire urbaine et 51 minutes le soir (17h30) dans l’autre sens. Une différence qui s’explique par « une pointe du soir plus étalée », précise Mireille Bouleau, urbaniste et spécialiste de l’économétrie chez A’Urba. Le trafic génère 20 minutes le matin et 15 minutes le soir de temps de trajet supplémentaire, par rapport au temps « à vide », soit un tiers en moyenne du temps de trajet total : 35 % vers Bordeaux le matin et 29 % le soir en sens inverse.

L’année 2021 marque « un retour au niveau prépandémie »

Première observation de l’A’Urba : « le matin, le temps moyen revient au niveau de 2017 » après une période 2020-2021 perturbée par la pandémie. Le soir, il se dégrade puisque c’est 4,5 minutes de temps en plus qu’en 2017. Si on compare à 2019, année précédant la pandémie et durant laquelle le niveau de congestion avait augmenté, « il n’y a qu’à l’heure de pointe du matin dans le sens entrant vers Bordeaux que les temps de parcours n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant crise. »

Entre 7h30 et 10 heures, la situation était en effet plus congestionnée en 2019 qu’en 2021. En revanche, de la périphérie vers Bordeaux, les heures creuses et la « contre-pointe » du soir étaient plus importantes en 2021 qu’en 2019. Idem depuis Bordeaux : les temps de parcours en heures creuses ou en heures de pointe, le matin comme le soir, dépassaient aussi leur niveau de 2019.

« Alors même que la situation sanitaire n’était pas totalement rétablie », l’année 2021 marque ainsi « un retour au niveau prépandémie » relève l’étude. Les courbes mensuelles montrent même une augmentation des temps de parcours d’avril à novembre. « La fin d’année 2021, pouvant être considérée comme un retour à la normale au niveau sanitaire, marque une forte croissance des temps de parcours, notamment le matin. » « On commence même à avoir de la congestion en heure creuse, que ce soit le matin ou le soir, observe Mireille Bouleau, avec notamment une congestion à contresens, c’est-à-dire le soir dans le sens entrant dans Bordeaux, car il y a des motifs de déplacement plus diversifiés, avec les déplacements loisirs et achats. »

« Le télétravail ne semble pas encore assez massif pour fluidifier le trafic »

Comment expliquer ce retour si rapide à des niveaux de trafic « prépandémiques » ? Si la pandémie « a entraîné une hausse du télétravail, elle a aussi généré une désaffection [en 2021] pour les transports en commun au profit de la voiture et du vélo », souligne l’étude. « Les temps de parcours montrent que les phénomènes se compensent, et le télétravail ne semble pas encore assez massif pour fluidifier le trafic. »

Autre signe du faible impact, pour l’instant, du télétravail : les différences entre les jours de la semaine sont faibles et ont également peu évolué. « Les mercredis et vendredis matin sont légèrement moins congestionnés que les lundis, mardis et jeudis matin vers Bordeaux. Dans l’autre sens, les différences sont encore plus faibles. La pandémie ne semble pas avoir modifié ces rythmes de vie. Si le télétravail s’est développé, il n’est soit pas assez répandu, soit il se répartit de façon relativement uniforme sur les différents jours de la semaine. Ce point va à l’encontre d’une idée reçue d’un télétravail qui se serait accentué les lundis et vendredis. »

« La congestion se joue au niveau des franchissements de la Garonne ou à l’entrée dans Bordeaux »

« Nous remarquons aussi de grandes différences territoriales », insiste Mireille Bouleau. « La situation n’est pas du tout homogène sur l’ensemble de l’agglomération. Le matin en direction de Bordeaux, nous observons une situation plus congestionnée sur la rive droite et le long de l’A62, avec des temps de parcours qui ont pris 20 % voire 30 % en cinq ans. La congestion se joue manifestement au niveau des franchissements de la Garonne ou à l’entrée dans Bordeaux au niveau du boulevard Moga, et ces points noirs impactent tout ce territoire. A l’inverse, il y a des territoires pour lesquels la situation s’améliore, notamment à proximité des tronçons de la rocade passés à 2X3 voies comme Mérignac. Même dans le Cubzaguais, où on part il est vrai d’une situation très difficile, il semble que ça aille un peu mieux. »

Le soir dans le sens des retours, les temps de parcours augmentent pour « tout l’est de l’agglomération, notamment pour les communes entre Carbon-Blanc et Léognan, et tout le long de l’A89. »

Cerise sur le gâteau : « en cinq ans, il y a eu une augmentation de la variabilité des temps de circulation », pointe l’urbaniste. « Cela veut dire qu’il y a des jours terribles, avec une incertitude sur les temps de parcours qui augmentent. Cette incertitude croissante joue beaucoup dans le ressenti des automobilistes. »

S’il n’y a guère d’amélioration à entrevoir, du moins pour les prochains mois, au moins peut-on relever qu’avec des vitesses de déplacement moyennes qui varient entre 14 et 19 km/h le matin pour les communes du cœur de l’agglomération, « le vélo, pour ces communes, est pertinent et pourrait être concurrentiel de la voiture. »