France

Bordeaux : L’ex-chef des « stups » jugé pour méthodes controversées

Le procès du commissaire François Thierry, jugé pour complicité de trafic de drogue, s’ouvre lundi à Bordeaux, onze ans après la saisie de 7 tonnes de cannabis en plein Paris. Le dossier débute en octobre 2015 avec la découverte de 7,1 tonnes de résine de cannabis par les douanes dans plusieurs fourgonnettes stationnées boulevard Exelmans, à Paris.


L’ancien chef des services de lutte contre la drogue, le commissaire François Thierry, est jugé pour complicité de trafic de drogue en faveur de son principal informateur. Le procès s’ouvre lundi à Bordeaux, onze ans après la saisie record de sept tonnes de cannabis à Paris.

Dix-huit prévenus sont impliqués dans cette affaire complexe qui sera examinée jusqu’au 31 mars, avec une suspension des audiences jeudi et vendredi. Ce dossier met en exergue les relations ambivalentes entre policiers et informateurs et a conduit à une réforme des pratiques de lutte contre le trafic de stupéfiants.

« C’est un dossier très particulier ; ce n’est pas tous les jours qu’on a ce genre de prévenus devant le tribunal », souligne Me Julie Elduayen, avocate de l’informateur Sophiane Hambli.

Ce trafiquant, de grande envergure, est actuellement incarcéré au Maroc. François Thierry a dirigé l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) de 2010 à 2016, utilisant des méthodes jugées discutables. Âgé de 57 ans, il a tenté d’infiltrer des réseaux de narcotrafic grâce à cet informateur, allant jusqu’à permettre l’entrée de drogues sur le territoire via des « livraisons surveillées » pour appréhender les chefs de réseau.

Lors d’une opération appelée « Myrmidon », du nom de guerriers de la mythologie grecque, le policier a organisé en 2012 une garde à vue fictive de Sophiane Hambli. Il a été acquitté en 2024 pour ces faits par la cour criminelle du Rhône.

Le dossier à examiner à Bordeaux débute en octobre 2015 avec la saisie de 7,1 tonnes de résine de cannabis par les douanes dans des fourgonnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le 16e arrondissement de Paris, près d’un appartement luxueux loué par Sophiane Hambli. Cette saisie, record, a révélé un problème majeur : la marchandise provenait d’un chargement de plus de dix tonnes importées du Maroc via l’Espagne, dans le cadre d’une livraison censée être « surveillée » par l’Ocrtis.

Le commissaire divisionnaire François Thierry, qui dirige actuellement le service de la transformation numérique de la police nationale après avoir été écarté de la police judiciaire, est soupçonné d’avoir facilité l’importation de drogue sans en informer totalement l’autorité judiciaire. Il soutient, au contraire, que les magistrats étaient au courant de ses méthodes.

En 2023, le parquet de Bordeaux avait demandé un non-lieu à son bénéfice, mais les juges l’ont renvoyé devant le tribunal pour « complicité » de trafic de stupéfiants et destruction de preuve. « Nous aborderons ce procès avec sérénité. Mon client n’a fait que son travail », déclare Me Angélique Peretti, l’avocate de François Thierry, voyant dans sa comparution « le reflet d’une mécanique visant à justifier une procédure ayant duré près de 10 ans ».

Selon les magistrats instructeurs, les limites ont été « très largement franchies » dans la relation entre François Thierry et Sophiane Hambli, qu’il avait rencontré dans une prison espagnole à la fin des années 2000. Ce dernier, né à Mulhouse et surnommé « La Chimère », est accusé d’être le « seul commanditaire » de la drogue saisie en 2015. Il prétend avoir agi en tant que « logisticien » d’une opération validée par l’Ocrtis.

Récidiviste, il fait face à une peine de 20 ans de prison. Ce quinquagénaire, déjà purgée une longue peine au Maroc, ne devrait pas être présent à l’audience, malgré une demande de remise temporaire adressée aux autorités marocaines.