Bordeaux : Du pont d’Aquitaine à la réhabilitation des quais, comment la ville s’est métamorphosée en 50 ans

Bordeaux : En 50 ans, la ville a été métamorphosée par de grandes réalisations urbanistiques — 20 Minutes

  • De la réalisation du pont d’Aquitaine en 1967 à l’inauguration de la première ligne de tramway en 2003, en passant par la transformation des quais, Bordeaux a été métamorphosé ces 50 dernières années.
  • Il y a eu deux grandes phases de transformations, dans les années 1960-70, puis dans les années 1990-2000, explique l’A’Urba.
  • « 20 Minutes » a sélectionné cinq grandes réalisations de ces dernières décennies, décryptées par l’agence d’urbanisme.

« On peut voir qu’en 50 ans, il y a eu des transformations énormes à Bordeaux… » Coordinatrice de l’ouvrage De la ville à la métropole, 50 ans d’urbanisme à Bordeaux, qui vient de paraître, Françoise Le Lay, directrice des études à l’A’Urba, l’agence d’urbanisme de Bordeaux Aquitaine qui a réalisé ce passionnant document, revient pour 20 Minutes sur cinq grandes réalisations qui ont permis la métamorphose de la ville depuis la fin des années 1960.

Françoise Le Lay relève que cette transformation s’est déroulée « au cours de grandes phases, à commencer par les années 1960-70 et les grands chantiers comme Meriadeck, le Lac, les ponts, puis lors des années 1990-2000 avec les quais et le tramway ». 20 Minutes a sélectionné cinq réalisations qui ont permis cette métamorphose, que Françoise Le Lay nous décrypte.

La construction du quartier Mériadeck

La construction du quartier Meriadeck à Bordeaux La construction du quartier Meriadeck à Bordeaux – A’Urba

« Les jeunes Bordelais ne peuvent pas imaginer ce qu’était Meriadeck dans les années 1950, avant sa transformation, sourit Françoise Le Lay. C’était un quartier très ancien, avec beaucoup de logements insalubres, et à la mauvaise réputation avec ses bars, ses chiffonniers, et sa prostitution… Face au besoin de logements dans la période l’Après-Guerre, Jacques Chaban-Delmas a l’idée d’en faire un nouveau quartier, qui devait être le symbole du Bordeaux nouveau. On rase le quartier complètement, pour reconstruire de toutes pièces. »

S’il y a eu beaucoup de projets avant la version définitive, « c’est finalement un urbanisme de dalle, ce fameux urbanisme à deux niveaux avec les voitures en bas et les piétons en haut » qui est présenté en 1970. Et qui suscite « une vraie incompréhension de la part des habitants qui ne se repèrent pas. » C’est l’époque du tout automobile : tout est fait pour permettre d’arriver et de repartir en voiture. « On ne vient pas se promener à Mériadeck, malgré cette grande esplanade qui se veut une respiration à l’intérieur des îlots. »

Malgré « la méfiance et l’incompréhension », le projet se poursuit, et après les logements on y installe les bureaux avec notamment les grandes administrations, puis les grands équipements dans les années 1980, comme la patinoire. « Puis dans les années 2010 il y a une nouvelle réflexion pour rompre l’isolement de Mériadeck, considéré comme une forteresse au milieu de la ville, avec l’idée de tisser du lien avec Gambetta et l’hôtel de ville. Bref, l’histoire continue, avec un grand enjeu qui reste à relever, celui de la transformation de la grande esplanade en un espace public. »

La réalisation du pont d’Aquitaine

La réalisation du pont d'Aquitaine a duré sept ans La réalisation du pont d’Aquitaine a duré sept ans – archives départementales de la Gironde

L’histoire de Bordeaux et des ponts est une histoire mouvementée. « Il a fallu sept ans pour construire le pont d’Aquitaine, rappelle Françoise Le Lay, un énorme chantier qui est livré en 1967. Il est lié aussi au tout automobile, puisqu’il fallait un ouvrage pour faire transiter les véhicules entre le nord et le sud. Ce n’est que le troisième pont de Bordeaux après le pont de Pierre en 1822, et le pont Saint-Jean en 1965. Après-guerre, on prend effectivement conscience que la ville ne peut plus rester coupée en deux, avec le développement des populations sur la rive droite. »

L’essor de la rive droite

Dans les années 1960, on réalise les ZUP de Lormont, Cenon et Floirac, sur la rive droite de Bordeaux Dans les années 1960, on réalise les ZUP de Lormont, Cenon et Floirac, sur la rive droite de Bordeaux – A’Urba

Le développement de la rive droite démarre à la construction des ZUP (Zone à urbaniser en priorité) de Lormont, Cenon et Floirac dans les années 1960. « Il y a alors une vraie crise du logement, et il faut se rappeler qu’à leur arrivée, ces ZUP sont symboles de confort moderne, et il y a une certaine mixité sociale. Puis les quartiers s’appauvrissent avec la crise des années 1970, on procède à des destructions de logements, des réhabilitations. » Le grand projet de ZAC Cœur de Bastide voit le jour dans les années 1990 et relance la rive droite. « On réaménage alors les berges, et les entreprises reviennent en bord de Garonne. Cette rive droite a deux grands atouts, la nature avec le parc des Coteaux, le parc aux Angéliques, le jardin botanique, et la culture, avec le choix d’y installer le Rocher de Palmer et plus récemment l’Arena. Darwin qui est arrivé à la fin des années 2000 est aussi un grand attracteur. »

La transformation des quais

Dans les années 1960-1970, on comptait jusqu'à deux fois cinq voies de circulation et de grands parkings sur les quais de Bordeaux Dans les années 1960-1970, on comptait jusqu’à deux fois cinq voies de circulation et de grands parkings sur les quais de Bordeaux – a’urba-Denys Carrere

Les quais sont le symbole de la transformation de la ville, pour les Bordelais comme pour les visiteurs. « Ce qui est impressionnant, c’est l’ampleur de ce réaménagement, et le fait qu’il y a un véritable avant après. Dans les années 1920-30, on y érige des grilles pour séparer les activités commerciales du port du reste de la ville. L’activité portuaire est alors très importante, avec des containers, des cargos, de grands hangars, qui ne sont démolis que dans les années 1980. Et certains Bordelais se souviennent encore de ces grands espaces dans lesquels les voitures stationnaient. » A partir des années 1960 la circulation automobile devient en effet conséquente, « avec à un moment donné deux fois cinq voies de circulation ! » Bref, les quais, « ce n’est pas un endroit où les gens vont se promener. » A son arrivée en 1995, Alain Juppé veut reconquérir cet espace, retrouver le fleuve, et confie un grand projet au paysagiste Michel Corajoud. « Le projet dure neuf ans, entre 2000 et 2009, pour donner ce grand espace public qui est devenu le lieu de promenade de Bordeaux, avec l’emblème du miroir d’eau, et le tramway qui vient s’y insérer. »

L’arrivée du tramway

inauguration de la ligne A du tramway par Jacques Chirac et Alain Juppé en 2003 inauguration de la ligne A du tramway par Jacques Chirac et Alain Juppé en 2003 – Pascal Saura/Sipa

Le tramway n’a pas été qu’un projet de transport, mais un projet de transformation de la ville. « C’est ce qui a fait balancer Alain Juppé vers le choix du tram. Il en fait la colonne vertébrale d’un grand projet urbain, puisqu’il y a en parallèle le réaménagement de plusieurs espaces publics : la place Pey-Berland, la Victoire, les grands cours… Le tram réalise aussi le lien entre la rive droite et la rive gauche avec la première ligne mise en service en 2003. Maintenant, ce n’est pas non plus la solution unique aux problèmes de déplacement dans la métropole, c’est certain, et il faudra à l’avenir agir sur différents leviers pour améliorer la mobilité des Bordelais. »

De la ville à la métropole, 50 ans d’urbanisme à Bordeaux, aux éditions Le Festin, 175 pages, 24 euros.

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