Bordeaux : Belco compte importer des milliers de tonnes de café par voilier à partir de 2026

Oui c’est un coup de com, mais totalement assumé. Spécialisée dans l’importation de café « vert » (respectueux de l’environnement), la société Belco, basée à Mérignac (Gironde), a fait venir pour la première fois 30 tonnes de café transportées à la voile, en provenance de Colombie. La goélette Avontuur, de la société de transport maritime bretonne Towt (Transoceanic Wind Transport), a accosté lundi au port de Bassens, après une traversée de l’Atlantique d’environ deux mois.

La goélette L'Avontuur
La goélette L’Avontuur – Belco

Alors que Belco importe environ 9.000 tonnes de café par an, ce n’est clairement pas ce voyage qui va révolutionner l’empreinte carbone de l’entreprise girondine. « Mais faire ce coup de com n’aurait eu aucun sens pour nous, si derrière nous n’avions pas la volonté d’enclencher une véritable révolution dans l’acheminement de notre café », assure le PDG de Belco, Alexandre Bellangé. L’entreprise girondine ambitionne en effet de transporter 50 % de son café à la voile d’ici à 2026, soit entre 4.000 et 5.000 tonnes.

« L’impact pour le consommateur sera de dix centimes pour un paquet de 250 grammes »

Ce n’était pourtant pas gagné d’avance. En 2016, la première fois qu’Alexandre Bellangé a rencontré Guillaume Le Grand, fondateur de Towt, pour aborder la question du transport de marchandises à la voile, celle-ci a rapidement été tranchée. « Je me suis rendu à l’évidence que c’était juste impossible avec une goélette, se souvient Alexandre Bellangé. Avec une capacité limitée à 30 tonnes, un cycle aller-retour entre la France et l’Amérique du Sud de trois à quatre mois, et un coût de transport de l’ordre de 5.000 euros la tonne, contre 75 à 100 dollars la tonne dans un transport maritime classique, absolument rien n’allait. »

Le voilier Avontuur a livré 30 tonnes de café à la société Belco basée à Mérignac
Le voilier Avontuur a livré 30 tonnes de café à la société Belco basée à Mérignac – Grand Port Maritime de Bordeaux

Mais parallèlement, Towt planchait sur la conception d’un véritable cargo-voilier d’une capacité de 1.100 tonnes, qui devrait être prêt pour 2023. En plus de ce changement d’échelle en termes de capacité, « le temps de transport sera ramené à 17 jours, pour un tarif beaucoup plus acceptable de 350-400 dollars la tonne » avance Alexandre Bellangé, qui s’est donc engagé avec Towt pour démarrer à partir de 2023, l’acheminement progressif de ses produits à la voile. « Cela reste artisanal par rapport à un porte-conteneurs, mais c’est clairement l’avenir. »

Fondée en 2011, dans le Finistère, la TOWT s?est spécialisé dans le transport décarboné à la voile et va construire un voilier-cargo, qui transportera pour le compte de grandes marques, jusqu?à 10 000 tonnes de marchandises par an.
Fondée en 2011, dans le Finistère, la TOWT s?est spécialisé dans le transport décarboné à la voile et va construire un voilier-cargo, qui transportera pour le compte de grandes marques, jusqu?à 10 000 tonnes de marchandises par an. – /@TOWT

Pour le consommateur, « l’impact sera de l’ordre de 10 ct pour un paquet de 250 g, assure le PDG de Belco, qui écoule ses cafés auprès d’un millier de torréfacteurs en Europe. Ce sera plus cher, mais pas inaccessible non plus. Les cafés que l’on importe sont de haute qualité et valent déjà un certain prix, alors, payer un peu plus pour décarboner à plus de 90 % le transport maritime, cela me paraît couler de source. Aujourd’hui cela suscite un vrai engouement. »

La décarbonation du transport « est l’élément qui fait briller notre démarche »

L’expérimentation menée avec la goélette Avontuur va aussi permettre aux équipes de Belco de se « confronter aux contraintes de ce mode de transport, qui implique d’importants changements en termes de logistique et de sécurité des containers. »

Alexandre Bellangé insiste toutefois : le transport maritime ne représente que 10 % de la décarbonation du café. « Le procédé employé pour la récolte, c’est 90 % du sujet, et c’est ce qui nous préoccupe. Le transport n’est que le troisième poste émetteur de gaz à effet de serre. Mais c’est celui qui suscite le plus d’engouement, et c’est l’élément qui donne de la cohérence et fait briller toute notre démarche. »