Blue Monday : Le « friluftsliv » norvégien peut-il vaincre la morosité ?
Le lundi 19 janvier est connu sous le nom de Blue Monday, désigné comme le « lundi déprimant ». La Norvège, considérée comme le septième pays le plus heureux du monde, applique un mode de vie appelé « friluftsliv », qui se traduit par la « vie en plein air ».

« Faut vraiment aller travailler, là ? ». Il fait froid, gris et nuit, où trouver la motivation ? Vous ne l’avez peut-être pas attendu, mais ce lundi 19 janvier est jugé encore plus déprimant que les autres. Ce jour est connu sous le nom de Blue Monday, le « lundi déprimant ».
À l’origine, un concept marketing brillant – il faut l’admettre – sans fondement scientifique. Cependant, certains évoquent l’accumulation de facteurs déprimants en ce jour précis. La météo maussade, les journées courtes, le porte-monnaie allégé après les achats de fin d’année, et l’abandon des bonnes résolutions – trois semaines, c’est souvent le maximum – nuiraient à notre moral.
Qu’on y croie ou non, cette théorie alimente les discussions à la machine à café. Ainsi, à 20 Minutes, nous avons exploré des solutions pour contrer ce fameux « lundi déprimant ». Nous avons trouvé un mode de vie, permettant de réduire le stress tout au long de l’année – surtout en cette période troublée. Adopté en Norvège, le septième pays le plus heureux du monde, ce mode de vie est appelé « friluftsliv », c’est-à-dire la « vie en plein air ». Et si nous nous en inspirions ?
Une vie connectée… à la nature
Souvent associé à Henrik Ibsen, qui a utilisé ce néologisme dans un poème du XIXe siècle, le « friluftsliv » était initialement lié à la notion de « communion avec la nature ». Au fil du temps, le terme a évolué pour désigner des activités de plein air. Helga Synnevåg Løvoll, professeure de « friluftsliv » à l’université de Volda (oui, c’est une discipline académique…), souligne que « la date et les circonstances de l’apparition de ce terme font encore débat ». Quelle qu’en soit l’origine, le « friluftsliv » se présente comme une philosophie de vie fondée sur des liens profonds établis quotidiennement avec la nature sauvage.
« Il y a en Norvège un état d’esprit culturel très fort qui consiste à accepter la nature et la météo telles qu’elles sont, y compris la pluie et la neige, et être constamment prêt à profiter du temps passé à l’extérieur. »
Cet état d’esprit favorise le développement personnel dès la petite enfance. C’est pourquoi le « friluftsliv » est souvent cité par les médias internationaux comme un antidote au stress. Il serait même une clé du bonheur des Norvégiens. « Une vision un peu simpliste », selon cette professeure dont l’enseignement allie le métier de guide, la promotion de la santé et le « friluftsliv ». Elle ajoute : « La nature fait partie de notre conception d’une vie épanouie. Nous savons que ceux qui profitent activement de la nature qui les entoure sont plus heureux ». C’est pourquoi le « friluftsliv » est intégré dès le plus jeune âge, tant en crèche qu’à l’école.
Comment s’en inspirer en France ?
Avec ses 450 000 lacs, ses fjords et ses forêts de conifères, la Norvège facilite ce mode de vie. Toutefois, la France dispose également des ressources nécessaires pour adopter cette philosophie et réduire le stress. Helga Synnevåg Løvoll propose des conseils simples. « En hiver, habillez-vous chaudement. Partez en balade dans les environs et observez les couleurs, les odeurs et les oiseaux. Apportez quelque chose pour vous asseoir, et peut-être une tasse de thé à déguster, tout en profitant du lieu ».
Les bienfaits de la nature sur le stress et l’anxiété ont été étudiés de manière approfondie. Parmi les recherches récentes, une étude de la Harvard T.H. Chan School of Public Health met en évidence les effets positifs de la verdure sur la santé mentale des citadins. Toutefois, le « friluftsliv » va plus loin. La professeure l’organise autour de cinq piliers : tisser des liens sociaux, être physiquement actif, observer la nature, apprendre constamment et donner aux autres.
Il ne s’agit pas simplement d’une balade en forêt, mais de véritablement « se déconnecter du stress quotidien » – ainsi que de son smartphone – par une immersion dans la nature, comme le précise l’organisation Norsk Friluftsliv, qui regroupe 19 associations bénévoles dédiées au « friluftsliv ». Et la France commence doucement à adopter cet état d’esprit, comme en témoignent l’essor des crèches en plein air dans plusieurs villes, dont Paris et Lyon. L’objectif est de favoriser la santé mentale et physique des plus jeunes, à l’instar de ce que font les Norvégiens à grande échelle.
Ne pas négliger l’écologie
Si important soit-il, le « friluftsliv » fait débat en Norvège à l’ère de la mondialisation des loisirs et de la surconsommation, comme le souligne Helga Synnevåg Løvoll. Ces notions peuvent contrecarrer ses valeurs fondamentales. L’écologie joue donc un rôle central dans cette philosophie de vie. Dans le pays des fjords, une loi de 1957 régule « les droits et obligations des personnes séjournant dans la nature et l’utilisant en Norvège », comme indiqué sur le site du gouvernement.
La professeure précise : « [Cette loi] autorise la randonnée sur les terrains privés et publics, à condition de respecter les devoirs liés à cette liberté, comme celui de ne laisser aucune trace ». En d’autres termes, il est possible de se promener, de cueillir des baies ou des fleurs, même de camper, tant que l’on respecte la faune et la flore sauvage. C’est une condition primordiale pour garantir aux générations futures la possibilité de continuer à appliquer cette philosophie de vie.

