Blue Monday : Je déprime, à partir de quand m’en inquiéter ?

Ces derniers temps, vous broyez régulièrement du noir. Il vous arrive même d’éclater en sanglots à des moments improbables et sans que vous sachiez réellement pourquoi. Vous avez perdu l’envie de vous lever/d’aller boire un verre avec des amis/de faire du sport (rayez la mention inutile). Et si, derrière cette tristesse, se cachait une dépression ? En ce « Blue Monday » – un concept inventé par les agences marketing pour vendre des séjours au soleil mais qui ne repose sur aucune assise scientifique – on a cherché à savoir comme faire la distinction entre un coup de blues et un mal-être aux assises plus profondes.

La tristesse, une émotion normale

« C’est normal de ne pas être tout le temps heureux », rassure la psychologue Isabelle Sonigo. Prendre le RER B tous les jours, constater la présence de plus en plus importante de cheveux blancs dans notre tignasse ou apprendre qu’on va devoir travailler jusqu’à au moins nos 64 ans sont autant de raisons de déprimer. « La tristesse fait partie de nos expériences de vie. On ne doit pas tout psychiatriser », tient à préciser David Masson, psychiatre au Centre Psychothérapique de Nancy et responsable départemental du CURe* Grand-Est.

Le cycle hormonal, le manque de lumière naturelle en hiver ou des événements de vie douloureux tels qu’un deuil ou la perte de son emploi peuvent naturellement entraîner une baisse de moral pouvant ensuite conduire ou non à une dépression. « Même un état de tristesse intense n’est pas forcément signe d’une dépression », rappelle le psychiatre.

Surveiller la durée et l’intensité

Là où il faut commencer à s’inquiéter, c’est lorsque ce mal-être persiste. Le DSM-5, l’ouvrage scientifique de référence sur les troubles mentaux, indique qu’une dépression est caractérisée quand l’humeur maussade dure plus de deux semaines. Et contrairement aux idées reçues, la tristesse n’est pas toujours présente dans cette maladie. « L’anhédonie, c’est-à-dire la perte de plaisir à faire des activités qui nous font d’habitude du bien, est un des symptômes fondamentaux de la dépression », explique le psychiatre Boris Chaumette. Si passer une soirée avec vos amis, aller au cinéma ou vous défouler sur une piste de danse ne vous emballe plus du tout, c’est peut-être le signe que c’est plus grave que vous ne le pensez.

Dans la dépression, la tristesse et la perte de plaisir s’accompagnent d’un tas d’autres symptômes : manquer d’appétit, galérer à trouver le sommeil, avoir des difficultés à se concentrer ou encore ressentir une vaste anxiété sont autant de signaux qui doivent alerter. Mais pour caractériser cette maladie, les symptômes doivent durer et surtout, être intenses. La tristesse peut aller du vague à l’âme aux idées suicidaires voire à une tentative de suicide. Plus ces symptômes sont intenses, plus la dépression est qualifiée de « sévère ». « Il y a une inquiétude à avoir quand notre tristesse a un retentissement sur notre vie de tous les jours » ajoute Boris Chaumette. Ne plus réussir à s’occuper de ses enfants, à se rendre au travail voire à sortir de son lit doit préoccuper.

Une rupture avec l’état antérieur

Le problème : il n’est pas toujours simple de se rendre compte que l’on est en train de plonger. « La rupture avec l’état antérieur de la personne est aussi à prendre en compte », précise David Masson. Sur ce point, la famille ou les amis sont précieux. « C’est souvent l’entourage qui tire la sonnette d’alarme », observe Boris Chaumette. Si ces derniers vous disent régulièrement que vous ressemblez à Sadness dans Vice Versa ou que ça fait un moment que vous n’avez « pas trop le moral », il pourrait être utile de les écouter. 

Vous allez nous dire, « ok, mon mal-être dure et est intense. Mais qu’est-ce que ça change après tout ? » Le principal intérêt de diagnostiquer tôt la maladie est de prévenir le risque de suicide. « 50 % des personnes qui ont traversé une dépression ont eu des idées suicidaires », rappelle David Masson. Si on s’interroge sur son état psychologique, la première étape est de franchir la porte du cabinet de son médecin généraliste. « Il connaît bien son patient et peut repérer une différence dans son comportement », estime David Masson. 

En réalisant un examen général, le professionnel va s’assurer que le patient ne souffre pas d’une autre pathologie expliquant les symptômes, comme une hypothyroïdie. Après avoir jugé de la gravité de la dépression, il pourra, si nécessaire, rediriger le patient vers un ou une psychiatre.

Repérer la dépression le plus tôt possible

« Dans le doute, il vaut mieux consulter pour rien que laisser une dépression s’installer », confie Boris Chaumette. A ses yeux, plus le patient est pris en charge tôt, plus il est « facile » de sortir de la la dépression et les conséquences tant personnelles que professionnelles resteront alors limitées. Isabelle Sonigo l’assure, « parfois, une consultation suffit à se rassurer et à se rendre compte que notre tristesse n’est pas pathologique. » Car tous les cas ne sont pas sévères et un traitement médicamenteux ne s’avère pas toujours nécessaire. Selon David Masson, dans l’immense majorité des cas, si la personne est accompagnée avec bienveillance, elle va progressivement aller mieux. Et si vous n’osez pas parler de votre souffrance mentale, gardez ce chiffre en tête : selon l’Inserm, un Français sur cinq connaîtra au moins un épisode dépressif au cours sa vie. Vous n’êtes donc pas seul.

*CURe : Centre Universitaire de Remédiation cognitive et rétablissement