Biodiversité : C’est quoi ces réserves où la nature est laissée à l’état sauvage ?

Le réensauvagement de la nature permettra-t-il de sauver la planète ? Apparu aux États-Unis dans les années 1990, ce concept qui veut rendre sa liberté à la nature trouve de plus en plus d’écho à l’heure du dérèglement climatique et des menaces qui pèsent sur la biodiversité. En France, il existe bien des aires protégées pour la faune et la flore comme les réserves naturelles ou les parcs nationaux. Mais le pays est très en retard sur ses voisins européens puisque ces zones ne couvrent aujourd’hui qu’à peine 1,8 % du territoire, très loin de l’objectif de 10 % d’aires protégées sous protection forte que s’est fixé le gouvernement pour 2030.

Certaines associations de protection de la nature estiment aussi que ces espaces protégés ne le sont pas tant que ça puisque le chasse et l’exploitation du bois sont autorisées dans certains de ces parcs et réserves. Face à la frilosité des pouvoirs publics, les initiatives se multiplient dans l’Hexagone pour permettre à la nature de reprendre ses droits. Depuis une dizaine d’années, l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) acquiert ainsi des terrains pour les transformer en réserves de vie sauvage. « Ce sont des zones en libre évolution où toute activité humaine est interdite », précise Clément Roche, responsable du pôle milieux naturels à l’Aspas.

La nature en libre évolution

Concrètement, la chasse, la pêche, la cueillette et les engins motorisés sont prohibés dans ces zones qui se veulent des îlots de quiétude pour les non humains. La coupe et l’exploitation du bois aussi. « Nous laissons le bois mort pourrir pour favoriser la biodiversité », souligne Clément Roche. Basée dans la Drôme, l’Aspas gère aujourd’hui quatre forêts sur plus de 1.200 hectares, dont la dernière et la plus grande en plein cœur du Vercors.

Dans le sillage de l’association, à l’origine du label « Réserve de vie sauvage » déposé en 2014, d’autres collectifs se mobilisent pour protéger la nature par la libre évolution. Dans les Côtes-d’Armor, à quelques kilomètres de la réserve du Trégor gérée par l’Aspas, l’association Wild Bretagne lorgne ainsi sur une forêt privée de 18.000 m² sur la commune de Plouëc-du-Trieux. Les démarches pour l’acquérir sont déjà bien engagées et une campagne de financement participatif a été lancée pour les aider. « On peut tous agir pour lutter contre la destruction des espaces sauvages », assure Alexandre Patureau, fondateur de l’association.

« La nature se débrouille très bien toute seule »

Pour mener à bien son projet, Wild Bretagne a repris peu ou prou les mêmes critères de protection que l’Aspas. L’homme y trouvera bien sûr une place et pourra accéder à pied à la forêt, à condition bien sûr de ne rien y prélever. « On ne met pas la nature sous cloche, souligne Alexandre Patureau. L’homme devra par contre se faire discret et respecter les chemins balisés. » Autant de règles qui ont déjà permis à la nature de reprendre ses droits dans les réserves gérées par l’Association pour la protection des animaux sauvages. « Dans la réserve du Grand Barry par exemple, on a vu des espèces qui avaient disparu revenir comme la loutre, assure Clément Roche. On constate aussi que les oiseaux préfèrent nos plans d’eau aux plans d’eau voisins. »

Décédé en avril, le réalisateur Jacques Perrin avait d’ailleurs pris fait et cause pour ces réserves de vie sauvage dont il était le parrain. « Chaque fois que nous avons su offrir à la nature un espace de liberté, elle s’est de nouveau épanouie dans toute son exubérance et sa diversité, affirmait-il. La nature se débrouille très bien toute seule, elle n’a nul besoin que nous l’entretenions. »