« Bigbug » : Jean-Pierre Jeunet renoue avec « les sensations délicieuses de la nostalgie »

Jean-Pierre Jeunet fait partie des réalisateurs dont l’univers se reconnaît au premier coup d’œil. Big Bug, disponible sur Netflix ce vendredi, n’a rien à envier au Fabuleux destin d’Amélie Poulain et à Delicatessen en termes de fantaisie délectable. Un vrai film de science-fiction français « d’anticipation plutôt », précise le cinéaste avec humour. Il n’avait pas signé de long-métrage depuis 2013 et L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux voyage de T.S. Spivet.

« C’est un vaudeville avec des robots dont personne n’a voulu avant que Netflix me donne carte blanche, explique le cinéaste à 20 Minutes. On me reprochait de ne pas rentrer dans une case, d’être comme les gamins qui tentent de faire entrer de force des objets ronds dans des formes carrées. » Comme cette histoire, coécrite avec Guillaume Laurant , dans laquelle des androïdes veulent prendre le pouvoir et séquestrent des humains (Elsa Zylberstein, Stéphane de Groodt, Isabelle Nanty) prêts à tout pour s’échapper.

Vintage et technologie

« J’ai voulu faire un film relativement bon marché, précise Jean-Pierre Jeunet et j’ai donc repris le principe de Delicatessen consistant à tourner dans un lieu clos. » Son décor de maison bourrée d’objets aux couleurs chaudes comme des bombons acidulés évoque aussi, parfois, Jacques Tati ou Wes Anderson, mais c’est du pur Jeunet à l’image des robots. Que ce soit ceux joués par des acteurs (
Alban Lenoir sexy, Claude Perron touchante et Frédéric Diefenthal terrifiant) ou un jouet craquant et une mécanique en bois fonctionnant par reconnaissance vocale, ils sont aussi beaux que bien animés. Jean-Christophe Spadaccini et Pascal Molina se sont partagé leur création et c’est très réussi.

« J’aime le vintage mais je suis aussi un fan de technologie toujours en quête de nouvelles techniques comme en témoignent celles que j’utilise dans mes films », précise Jean-Pierre Jeunet. Bigbug en est une éclatante démonstration « Les personnes qui déclarent ne pas s’intéresser au passé se privent des sensations délicieuses de la nostalgie. » Celles que ressent l’héroïne qui collectionne vieux livres et bibelots anciens et tente de composer entre machines rebelles, humains capricieux et chien encombrant en un festival de gags teinté de suspense.

Pas pessimiste pour deux sous

« Bigbug n’a rien de pessimiste, martèle Jean-Pierre Jeunet. Les robots et la technologie ne remplaceront jamais les humains parce que seuls ces derniers ont une âme. » C’est la morale de cette fable malicieuse dont les images somptueuses rappellent à quel point le cinéaste manquait dans le paysage. On espère qu’il n’aura pas à attendre neuf années pour revenir faire penser, rire et rêver des spectateurs charmés.