Bientôt une formation clé en main pour les futurs astronautes commerciaux

L’espace est devenu le tout dernier terrain de jeu à la mode. Il y a un an William Shatner, l’acteur qui interpréta le rôle culte du capitaine Kirk dans Star Trek, prenait place à bord du véhicule spatial New Shepard de l’entreprise Blue Origin, de Jeff Bezos. Comme n’importe quel touriste de l’espace, il a eu droit à une préparation pour sa petite virée de 10 minutes à 100 km en orbite autour de la Terre. Le minimum syndical, car il n’était pas censé faire autre chose que regarder la planète bleue à travers le hublot.

Par contre, vu à la vitesse à laquelle se développent les projets pour voyager dans l’espace, il va falloir rapidement former ceux qui accompagneront ces vacanciers en combinaison spatiale, mais aussi toutes les futures petites mains amenées un jour à réparer les stations, voire ceux qui d’ici quelques décennies iront construire la base lunaire. Et les agences spatiales ont déjà bien à faire avec leurs propres astronautes.

En discutant avec Jared Isaacman, responsable de la mission habitée Polaris Dawn, Jonathan Pickworth, un ancien étudiant de l’Isae-Supaero s’est dit qu’il fallait trouver une solution pour donner de solides bases à tous ces futurs « astronautes commerciaux ». Et naturellement, il s’est tourné vers son ancienne enseignante spécialisée en conception des systèmes spatiaux, Stéphanie Lizy-Destrez, pour créer The Spaceflight Institute.

« On sait comme il est difficile de devenir pilote, il faut une formation rigoureuse. Et c’est la même problématique pour l’espace. Quand on voit l’évolution que l’on pressent de l’utilisation de l’espace, il faut former les gens pour que tout aille bien, au-delà des astronautes qui sont sélectionnés par les agences et ont leur propre programme », explique Stéphanie Lizy-Destrez dont la jeune start-up vient d’intégrer l’incubateur Tech The Moon à Toulouse, porté notamment par le CNES et qui veut impulser des innovations pour répondre aux futurs besoins « pour vivre et travailler sur la Lune de manière durable ». Hors de question pour cette spécialiste de prendre le train de la nouvelle conquête spatiale une fois qu’il sera lancé. Vu la rapidité à laquelle les projets privés voient le jour outre-Atlantique, et la durée nécessaire pour en connaître un minimum, elle a décidé de se lancer « car, quand on voit comment ça bouge, dans cinq ans il sera trop tard », estime-t-elle.

Des formations entre 80.000 et 100.000 euros

« Nous voulons former ceux qui accompagneront les touristes, travailleront dans la surveillance, la défense ou encore la maintenance des objets, des stations spatiales privées ou d’agences, le recyclage des débris spatiaux. Mais aussi des médecins et d’autres fonctions qui seront là pour épauler ceux qui seront temporairement ou de manière plus permanente dans l’espace. Il y a beaucoup de métiers au-delà du pilote et du scientifique », détaille la cofondatrice de ce nouveau centre de formation qui pourrait dispenser ses premiers cours à la fin de l’année 2023, début 2024.

Les sessions dureront un an, pour la version certifiante dont le coût devrait osciller entre 80.000 et 100.000 euros, et seront sur-mesure pour des entreprises privées. Au programme, il y aura une partie théorique avec notamment les connaissances fondamentales de l’ingénierie, la médecine spatiale et la géologie. Mais aussi un volet « savoir être » autour de l’accompagnement psychologique et physiologique et un autre tourné sur le « savoir faire », la partie pratique. Les futurs astronautes commerciaux passeront leur brevet de pilote, de plongée, passeront sur des simulateurs et apprendront à gérer des situations de crise. Et seront mis dans les conditions réelles lors de vols paraboliques Zéro G.

Tom Cruise comme premier client ?

Pour l’instant The Spaceflight Institute se met en place et travaille au recrutement de ses futurs enseignants, du monde académique mais aussi des agences spatiales, avec l’ambition de faire intervenir des astronautes qui partageront leurs expériences. « Nous avons déjà reçu pas mal de sollicitations de gens intéressés par le programme. Il y a des agences spatiales qui n’ont pas encore de programme d’astronautes et sont en cours de développement. Il y a aussi des entreprises privées qui sont dotées de moyens d’entraînement mais n’ont pas l’aspect théorique. Et des individuels qui ont l’espoir de partir un jour ou qui sont explorateurs et se rendent dans des environnements hostiles et risquées », précise Stéphanie Lizy-Destrez.

Et pourquoi pas des futurs acteurs prêts à réaliser des films à des centaines de kilomètres du plancher des vaches. Comme Tom Cruise qui espère être le premier civil à faire une sortie dans l’espace hors de la Station spatiale internationale, dans le cadre d’un film où il serait un héros qui sauve le monde.