Biélorussie, Liban, Arménie… Mais pourquoi Emmanuel Macron est-il si présent sur la scène internationale?

Emmanuel Macron à Beyrouth, au Liban, le 6 août 2020. — Stephane Lemouton/AP/SIPA

  • Emmanuel Macron a accusé dimanche la classe politique libanaise de « trahison collective » après avoir échoué à former un gouvernement, contrairement à leurs engagements.
  • Pourquoi le président se met-il autant en avant sur la scène internationale ?
  • 20 Minutes a interrogé deux experts des relations internationales : si l’un d’eux affirme que le président français « s’intéresse » à ces questions, l’autre estime que c’est pour masquer « le vide » de sa politique en France.

On l’a vu sur le port de Beyrouth, moins de 48 heures après la tragique explosion qui a détruit la capitale libanaise. On l’a vu condamner l’élection d’Alexandre Loukachenko en Biélorussie ou les combats à la frontière arménienne. Mais rien sur les récentes mesures pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, ni sur l’attaque qui a frappé deux journalistes à Paris la semaine dernière. A quoi joue Emmanuel Macron quand il s’occupe des pays étrangers ? Pourquoi est-il si présent sur la scène internationale ?

« Quand on est quelqu’un comme Macron, assez intellectuel de par sa formation, je pense que ça doit l’amuser. La politique étrangère, ce n’est pas inintéressant, ça touche aux affaires du monde, commente Christian Lequesne, chercheur au CERI, spécialiste des relations internationales. Mais dans un homme politique, il y a toujours les deux : un vrai intérêt, et en même temps, si ça peut servir son image, c’est ça de gagné, comme tout homme politique qui espère être réélu. »

Une présence historique de la France

Le système politique français pousse aussi les présidents à s’emparer de sujets internationaux. « Dans la Cinquième République, le Président et son entourage ont d’énormes pouvoirs dans le domaine de la politique étrangère : le président conduit cette politique, il négocie et ratifie les traités », rappelle Christian Lequesne. Macron hérite également d’un passé : celui de plusieurs présidents de la Cinquième République qui, avant lui, ont été présents sur la scène internationale : De Gaulle, Mitterrand, Chirac ou Sarkozy.

« C’est l’idée que la France est une grande puissance, qui a un rôle à jouer dans la régulation du système international. D’ailleurs des éléments objectifs viennent justifier cette idée : la France est membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU, un grand état membre de l’UE, surtout depuis que la Grande-Bretagne est partie. » Et puis, il faut bien l’admettre, une « tradition coloniale », qui verse dans le néocolonialisme, « que l’on retrouve en Afrique en l’Ouest », ajoute le chercheur.

Le Liban, point noir de son bilan

« J’ai honte » pour les dirigeants libanais, a lancé dimanche Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse convoquée à la hâte à l’Elysée, dans un coup de sang très peu diplomatique… A trop se mêler de la vie des autres pays, le Président ne joue-t-il pas un jeu dangereux ? « Je pense qu’il faut distinguer les dossiers », explique Christian Lequesne. «  Il y a le Karabakh [frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan], où la France appelle les deux parties à négocier, à discuter. On est dans un schéma très classique. En Biélorussie, tous les Européens sont d’accord pour dire que le régime de Loukachenko n’est pas légitime, il n’y a rien d’extraordinaire à se positionner sur cette ligne. »

Au Liban en revanche, « il s’est avancé ». « Il avait de bonnes chances pour que les élites politiques libanaises sabrent son projet. Peut-être que Macron a cru qu’il allait réussir. Le risque, c’est qu’on dise qu’il a raté son coup », estime le spécialiste. « Je trouve qu’il a été très maladroit. Quand on est le président d’un pays comme la France qui a été une puissance coloniale et que l’on s’adresse à un pays souverain, il faut faire attention de ne pas agir comme un proconsul. C’est du pain bénit pour les forces politiques au Liban comme le Hezbollah, qui dénonce un néocolonialisme français. »

« Des discours très forts sur des petites choses »

Le risque, c’est aussi de créer un vide dans son propre pays, estime Jean-Vincent Brisset, chercheur associé à l’Iris. Dernier exemple en date : l’attaque qui a eu lieu en plein Paris vendredi dernier. Nombreux sont les observateurs qui ont attendu une réaction du Président. Mais il n’a pris la parole que lors du Conseil des ministres de ce lundi, où Emmanuel Macron a dit penser aux victimes. Idem sur la crise sanitaire, où il laisse la parole à son gouvernement.

« Ces prises de position, c’est la communication de quelqu’un qui veut faire oublier qu’il n’agit pas dans son pays » estime Jean-Vincent Brisset. « Est-ce pour se dédouaner de ce qui se passe à l’intérieur de son pays ? Il a nommé un Premier ministre technocrate, son ministre de la Santé est décrié, les autres ministres on n’en parle plus, son parti part en morceaux. C’est de la communication pour essayer d’avoir une image. » Pour le chercheur, Emmanuel Macron n’a jamais réussi à égaler ses prédécesseurs. « Il prononce des discours très forts sur des petites choses. Il est partout, mais sur des dossiers qui sont en bas de la pile, dont personne ne veut. Sur les Etats-Unis, sur la Chine ou le Brexit, on ne l’entend pas. »

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