Benalla saisit la justice pour faire annuler les enregistrements compromettants de Mediapart

Paris, le 1er mai 2019. Un manifestant défile avec un masque à l’effigie d’Alexandre Benalla, un an après les incidents de la place de la Contrescarpe. — Zakaria ABDELKAFI / AFP

  • Alexandre Benalla a été mis en examen pour une dizaine de délits depuis qu’il a molesté un couple de manifestants, le 1er mai 2018 à Paris.
  • Il y a un an, Mediapart avait révélé une série de sept enregistrements compromettants pour sa défense.
  • Selon nos informations, l’ancien chargé de mission a saisi la justice pour obtenir l’annulation de ces enregistrements. Une audience aura lieu le 4 février.

Sur la bande, on distingue parfaitement son ton badin. A la frontière de l’insouciance, de l’inconscience et de la vantardise. « C’est un truc de dingue (…) Une bonne expérience. Si tu veux, à 26 ans, y’a pas grand monde qui provoque deux commissions d’enquête parlementaires ! » Alexandre Benalla regrette sans doute les propos tenus le 26 juillet 2018 à destination de son acolyte, Vincent Crase, et dont les enregistrements ont, depuis, été révélés par Mediapart et versés au dossier.

Selon nos informations, l’ancien chargé de mission de l’Élysée a saisi la justice afin de faire annuler de la procédure ces sept enregistrements qui plombent sa défense. Sa requête en nullité doit être examinée le 4 février à 11h par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, lors d’une audience à huis clos.

L’ancien chargé de mission invoque la loyauté de la preuve

Neuf mois après les événements du 1er mai, place de la Contrescarpe, au cours desquels Alexandre Benalla avait molesté des manifestants, Mediapart avait dévoilé une série d’enregistrements remettant deux sous dans la machine. On y découvrait alors que le conseiller de l’Élysée se vantait, dans les jours suivant la révélation des faits de la place de la Contrescarpe et l’ouverture d’une enquête, d’avoir toujours le soutien du « patron » Emmanuel Macron et de « Madame » Brigitte Macron, qu’il violait allégrement son contrôle judiciaire l’interdisant de rencontrer Vincent Crase et, surtout, qu’il était impliqué dans la signature d’un contrat avec un sulfureux oligarque russe, Iskander Makhmudov.

Autant d’éléments potentiellement compromettants qu’il souhaite aujourd’hui voir disparaître de la procédure en cours. Pour cela, l’ancien proche du président de la République entend invoquer la loyauté de la preuve, régie par l’article 427 du code de procédure pénale.

Mediapart ayant toujours refusé d’indiquer l’origine des enregistrements en raison du secret des sources, Alexandre Benalla n’exclut pas d’avoir été piégé par les services de renseignements français. Auquel cas, la captation de sa conversation avec Vincent Crase aurait dû faire l’objet d’une déclaration préalable. Cela n’ayant pas été fait, l’ancien chargé de mission assure que la preuve n’est pas « loyale » et qu’elle doit donc sortir du dossier. Ainsi que toutes les autres pièces y faisant référence…

« C’est une défense de dupes », selon Fabrice Arfi, de Mediapart

« Au-delà des arguties juridiques, cela montre que ces enregistrements sont embarrassants pour lui. Notamment celui sur le contrat russe, témoigne Fabrice Arfi, co-responsable du pôle Enquêtes de Mediapart. C’est une défense de dupes… » De fait, si Mediapart a toujours refusé de révéler ses méthodes, un rapport de police scientifique « privilégie » la piste d’un « enregistrement par un dictaphone ou un smartphone ». Une méthode loin d’être « professionnelle », donc…

« La démarche d’Alexandre Benalla est habile, confie une source proche du dossier. Comme il y aura toujours un doute sur l’origine des enregistrements, il s’engouffre dans la brèche juridique pour en demander l’annulation. » Et s’il obtient gain de cause, les enquêteurs pourront aussi effacer de leurs tablettes tous les actes ayant été effectués à partir des enregistrements.

Contactés, les avocats d’Alexandre Benalla et de Vincent Crase n’ont pas souhaité répondre à nos questions. Le 4 février, la décision de la chambre de l’instruction devrait être mise en délibéré.

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