Bastia : Alors qu’Eric Dupond-Moretti est attendu ce jeudi, heurts lors d’un hommage à Yvan Colonna

La tension était palpable mercredi à Bastia. Une manifestation, organisée six mois après la mort en prison du militant nationaliste corse Yvan Colonna, a réuni quelque 150 personnes et a été émaillée de heurts entre la police et quelques dizaines de manifestants.

Ce petit rassemblement, à l’initiative du mouvement des jeunes du parti indépendantiste Corsica Libera, avait pour objectif de réclamer la reconnaissance du peuple corse, la libération des prisonniers politiques et de demander « justice pour Yvan Colonna ».

Un drapeau français brûlé

Après un début de manifestation dans le calme, la tension est montée entre une trentaine de manifestants et les CRS, avec tirs de cocktails Molotov vers la police qui a riposté avec des tirs de gaz lacrymogène. Un drapeau français a été brûlé et une banderole « statu francese assassinu » (« État français assassin » en corse) a aussi été déployée sur les grilles de la préfecture.

Le calme est revenu vers 20 heures sans aucune interpellation à ce stade, a indiqué le parquet de Bastia. Quelques heures plus tôt, les policiers avaient intercepté cinq à six sacs contenant des tenues de peintre et des marteaux, transportés par un groupe de jeunes qui a pris la fuite, a-t-on précisé de même source.

La mort d’Yvan Colonna avait provoqué l’hiver dernier plusieurs semaines de protestations souvent violentes en Corse. De nombreux Corses estiment que le militant ne se serait pas fait agresser mortellement dans sa prison d’Arles, où il purgeait une peine de prison à perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac, s’il avait été transféré dans une prison insulaire, comme il le demandait.

Une visite jugée comme « une énième provocation »

Depuis, le gouvernement a entamé avec les élus de l’île des discussions sur l’avenir de la collectivité de Corse. Cet été, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait fait valoir qu’il n’y aurait « aucun tabou » notamment sur une évolution vers l’autonomie, tout en fixant deux lignes rouges : une Corse qui reste « dans la République » et ne pas créer « deux types de citoyens » sur l’île.

Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, qui fut jadis l’un des avocats d’Yvan Colonna, est attendu à Ajaccio ce jeudi puis Bastia vendredi pour sa première visite en Corse en tant que ministre. Pour Core in Fronte, ce déplacement représente « une énième provocation, d’une politique gouvernementale, qui n’a pour la Corse que condescendance et déconsidération », a écrit le parti indépendantiste dans une lettre ouverte.