Basket : « Je suis dans une position rêvée », estime Joël Ayayi avant de tenter sa chance en NBA


Joël Ayayi sous le maillot de l’université de Gonzaga en mars 2020. — Isaac Brekken/AP/SIPA
  • Comme chaque lundi, 20 minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu du moment. Cette semaine, place à Joël Ayayi. 
  • Le jeune basketteur français (21 ans) vient de perdre en finale du prestigieux championnat universitaire américain avec les Gonzaga Bulldogs. 
  • Après quatre années de college, il a décidé de sauter le pas et de se présenter à la Draft NBA, en juillet prochain. 

Une saison parfaite… jusqu’à la dernière marche. Après 31 victoires d’affilée, le Français Joël Ayayi – frère de l’internationale Valériane Ayayi – et son équipe des Gonzaga Bulldogs se sont inclinés début avril en finale de NCAA, le prestigieux championnat universitaire de basket. Pas loin de succéder à Joakim Noah, dernier tricolore à avoir inscrit son nom au palmarès, en 2007, le Bordelais de 21 ans a réalisé une saison pleine (12 points, 6,9 rebonds et 2,7 passes de moyenne), au point de se sentir prêt à postuler à la Draft NBA, en juillet prochain. Juste avant d’annoncer cette décision, la semaine passée, il est revenu pour 20 Minutes sur ses « quatre années inoubliables à Gonzaga » et les rêves qui l’habitent à l’aube de sa carrière.

Avec désormais un peu de recul, quel sentiment prévaut après cette finale perdue ?

La déception est toujours là, il faudra encore un peu de temps pour digérer. Surtout le fait d’être toujours sur le campus, d’être toujours avec mes coéquipiers, ça ravive à chaque fois ce souvenir. Après, des regrets, oui et non. Parce qu’on a quand même fait une grande saison, il n’y a rien à regretter quand on y pense vraiment, mais c’est sûr qu’en tant que compétiteur, on se demande si on n’aurait pas pu faire mieux dans telle ou telle situation, un meilleur début de match par exemple.

Cette extraordinaire série de victoires n’a-t-elle pas été un poids, finalement, une pression supplémentaire ?

Pour une fois, on a peut-être ressenti la pression de cette saison sans défaite, c’est vrai. Certaines personnes ont pu la sentir en tout cas. Personnellement ça ne m’a jamais vraiment touché, parce qu’avec l’équipe qu’on avait, c’était un peu prévu, si on peut dire. On était favoris de tous nos matchs, en les gagnant on avait juste fait le boulot, rien d’extraordinaire. Et là pour la première fois les deux équipes étaient au même niveau, et on n’a pas su faire le job. C’est arrivé une seule fois, mais au pire des moments.

Inscrire votre nom au palmarès de la NCAA et quitter Gonzaga sur un titre, c’était le plan rêvé, pourtant ?

Oui c’est sûr, ça aurait été la manière parfaite pour finir cette aventure, et donner à mon université un titre qu’elle espère depuis très longtemps maintenant. Ce n’est pas arrivé, mais d’autres lui donneront, et puis il y aura un Français qui inscrira à nouveau son nom au palmarès rapidement. Il y en a de plus en plus en NCAA, ce n’est que partie remise.

Qu’est-ce qui vous a poussé à venir tenter votre chance en NCAA ? Les exemples passés, comme Joakim Noah, ou c’est davantage un chemin personnel ?

Ce qui m’a attiré est le niveau de la compétition, la charge de travail et les challenges que j’allais devoir relever. C’était la meilleure chose à faire pour moi si je voulais ensuite franchir le pas et jouer en NBA. C’était la chose la plus proche niveau qualité de jeu, concurrence, culture. Je pense avoir montré que j’ai fait le bon choix, même si ça a pris du temps et que ce n’était pas une longue ligne droite vers le succès. Je n’aurai pas de période d’adaptation. La mienne, c’était ma première année ici [déclaré redshirt, il n’avait pas joué]. Lorsque je commencerai en NBA, je connaîtrai la culture, le niveau physique, plein de petites choses qui m’aideront. J’aurai un peu d’avance sur tout ça.

Joël dans ses œuvres.
Joël dans ses œuvres. – Thurman James/CSM/Shutterstock/SIPA

Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué quand vous avez débarqué ici ?

C’est vraiment le niveau des athlètes que tu affrontes tous les jours. Leur habilité, la manière dont ils se déplacent sur le terrain, la vitesse… Il faut un peu de temps pour s’adapter, trouver son rythme, et se dire « c’est bon maintenant je peux jouer avec eux, parce que je peux courir avec eux, sauter avec eux, je me sens confiant ».

Vous avez parlé de votre première année sans jouer. Est-ce que vous avez douté ou alors vous avez trouvé ça normal ?

Ça faisait partie des challenges que j’étais venu chercher, donc je n’allais pas me plaindre. Je me suis dit qu’il était temps de m’y mettre, tout simplement. J’avais assez parlé, j’avais assez dit que c’était ce que je voulais faire, il fallait juste y aller, agir. J’ai bien réagi je pense, j’ai continué à bosser à fond, sans trop me préoccuper du temps de jeu, des médias, de ce que les gens disaient à propos de moi. Chaque été je revenais en équipe de France, j’étais plutôt bon, ça me confortait. Mon seul projet était d’être meilleur chaque jour, de m’améliorer, et à Gonzaga j’en avais l’opportunité même sans être sur le terrain. Donc je ne suis pas inquiété.

Le plus dur au début ça a été quoi, la langue, le niveau physique ?

Un peu de tout. Niveau langage, en France j’étais bon en cours d’anglais, je me sentais confiant en arrivant. Mais en fait, tu te rends vite compte que non, t’es pas bon du tout (rires). Ils parlent un anglais de rue, comme nous on parle un français de rue. Il a fallu l’apprendre, et aussi l’anglais que t’utilises sur le terrain, qui est encore différent. C’est comme si j’avais dû apprendre trois ou quatre langues, en fait. Et ensuite la culture, la nourriture, c’était un monde nouveau. Physiquement aussi, il a fallu s’adapter. J’avais 17 ans, j’étais frêle, je jouais parfois contre des mecs de 21-22 ans, ultra-physiques. Ça prend du temps de travailler tout ça. Il a fallu être patient.

Est-ce qu’aujourd’hui vous avez l’impression d’être là où vous vouliez être en arrivant ?

Oui, je me suis offert l’opportunité d’être dans une position idéale aujourd’hui, je pense. Une position rêvée. Quand on voit le nombre de joueurs en NCAA, ou même dans le monde entier, qui voudraient jouer ne serait-ce que 30 minutes dans une des meilleures équipes universitaires du pays, je peux me considérer dans une bonne situation. Je suis prêt en tant que joueur, et c’est un sentiment qui plaît, c’est sûr.

On vous connaît mal en France, quel genre de joueur êtes-vous ?

Je suis un joueur qui fait un peu tout, je peux scorer, être au rebond, à la passe, à la création. J’aime bien défendre, et je suis un leader. J’ai beaucoup aimé être le leader de cette équipe, pouvoir tirer mes coéquipiers vers le haut. Je n’ai pas de problème à faire le sale boulot, quitte à ne pas être trop dans la lumière. Je pense que je pourrais jouer dans n’importe quelle équipe en fait, j’ai cette capacité à m’adapter. Quand j’étais en équipe de France je devais être plus scoreur, et c’est quelque chose que j’adore, alors que cette saison avec Gonzaga j’étais plus à faire les choses qui se voient pas. Mais si on me donne le choix, je préfère être scoreur et créateur, c’est là que je me sens le mieux.

Le basket universitaire est connu pour ses ambiances extraordinaires. Cette saison à huis clos a été frustrante…

C’est vrai que c’est incroyable. Ici, les gens se définissent par le college (l’université) où ils sont allés. Même quand ils sont vieux, ils gardent ça en eux pour toujours, cette fierté, cet amour pour leur école. C’est pour ça que le sport universitaire est si populaire, que ça fait des cartons d’audience. Il y a toujours une part de soi liée à ça. C’est quelque chose qu’on ne retrouve pas dans le sport professionnel. Ton identité, c’est le college. J’ai fait des matchs dans des stades de foot américain, avec 70.000 personnes qui sont dans tes oreilles. Alors c’est sûr que cette saison a été frustrante. Il y a le sentiment d’être passé à côté de moments uniques dans une vie.

Un match de NCAA à Saint Louis en novembre 2019.
Un match de NCAA à Saint Louis en novembre 2019. – Richard Ulreich/Cal Sport Media//SIPA

Comment avez-vous vécu le confinement, personnellement, et le fait de pas pouvoir revenir en France voir la famille ?

C’est pas simple, c’est sûr. Tu fais avec, mais parfois quand t’es un peu dans le dur, toutes ces petites choses reviennent. Tu dois juste prendre sur toi, t’habituer à tout ça. Mais c’est dur, par exemple quand on est allé jouer le Final 4, je ne pouvais pas m’empêcher de me dire que mes parents devraient être là. Ils ont sacrifié beaucoup pour moi, ça m’aurait fait tellement plaisir qu’ils puissent voir mon succès ici. Mais c’est pareil pour tout le monde, et il y a évidemment des personnes dans une situation plus difficile que la mienne.

L’an dernier, vous vous étiez présenté à la Draft « pour voir ». Quelle expérience en avez-vous tirée ?

J’avais adoré le process, mettre ton nom, récupérer des infos, savoir un peu ce que les équipes pensent de toi, où tu dois travailler. Ça permet d’être un peu plus serein par rapport à sa décision. Tu joues avec ta vie quand même. Si jamais tu sors du college et que tu n’es pas drafté, tu n’as plus qu’à tenter de trouver une place quelque part dans le monde. Ça m’a bien aidé, pour savoir où j’en étais.

Comment on vit le fait de ne pas maîtriser là où on va se retrouver ?

Je ne l’ai pas encore vécu mais je pense que c’est l’une des situations dans la vie où tu dois laisser aller. T’as pas le choix. Tu peux contrôler tout ce que tu fais avant sur le terrain, ce que tu dis aux équipes, et ensuite ça ne dépend plus de toi. La Draft, c’est une dizaine de personnes dans une salle, il y a ton nom dans un pot, et t’espères juste que tu seras appelé à un moment. Il peut tout se passer !

Est-ce qu’il y a une franchise dont vous rêvez ?

Je recherche plus une situation qu’une équipe. Ce qui m’intéresse, c’est pouvoir continuer à me développer, dans une équipe qui va me faire confiance. Que ce soit premier tour, deuxième tour, je m’en fiche du numéro, c’est vraiment trouver une place où je serai confortable, où je pourrai progresser, où les gens autour de moi chercheront à m’aider, voudront passer du temps avec moi.

Quand on arrive en NBA en tant que Français, l’exemple à suivre c’est forcément Tony Parker ?

C’est sûr. Ma génération, c’est Tony Parker, Boris Diaw, Ronny Turiaf… Voir les photos de ces trois-là à l’Insep, ça nous a donné des idées. Ce sont eux qui nous ont inspirés. Si on me propose aujourd’hui d’avoir la carrière de TP, évidemment je signe. C’est un pionnier, il a ouvert toutes les portes pour nous. Les gens ne se rendent pas assez compte de ce qu’il a fait, à quel point il est respecté ici et a changé les choses pour le basket français.

TP fête son 4e titre NBA avec les Spurs, en 2014.
TP fête son 4e titre NBA avec les Spurs, en 2014. – David J. Phillip/AP/SIPA

Il a montré que c’était possible de réussir sur la durée, c’est ça ? Parce qu’on voit aussi que ce n’est pas parce qu’on est drafté qu’on est arrivé….

Oui c’est le premier vraiment à avoir joué des finals, remporter des titres, dans une franchise historique. Ça permet à beaucoup d’enfants de se dire « c’est possible, lâche pas ». Ils ont un visage à afficher à leur mur pour s’inspirer, se dire chaque jour que c’est là où ils ont envie d’aller, que lui l’a fait, alors pourquoi pas eux.

Avec l’équipe de France, vous avez été médaillé lors de l’Euro U18 puis au Mondial U19. Que représente ce maillot pour vous, qui êtes parti très jeune ?

L’équipe de France est un rêve. Si on me passe un coup de fil pour y jouer un jour, je répondrai avec plaisir. Ce qui est intéressant est que maintenant, quand on porte le maillot de l’équipe de France, les ambitions sont très élevées. On en revient à la génération Parker, qui a installé les Bleus parmi les meilleures nations. Il faut faire quart, demi-finale, finale. Et parfois quand tu ne gagnes pas c’est vu comme un échec, ça en dit long sur la place du basket français dans le monde, grâce à ces gens-là.

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