Banderole de soutien à Achraf Hakimi : le virage Auteuil ne devait pas agir
Au cours de la 20e minute du barrage retour de Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et l’AS Monaco, des ultras parisiens ont déployé une banderole pour témoigner de leur « total soutien » à Achraf Hakimi, renvoyé devant la cour criminelle départementale en procès pour viol. Selon une enquête de victimation réalisée en 2024, seules 7 % des femmes victimes de viols, tentatives de viol et/ou agressions sexuelles déclarent avoir porté plainte.
Des supporters ne devraient pas afficher cela. Aux environs de la 20e minute du match de barrage retour de Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et l’AS Monaco, les ultras parisiens ont déployé une banderole pour exprimer leur « total soutien » à Achraf Hakimi, actuellement poursuivi devant la cour criminelle départementale pour viol, des accusations qu’il nie.
Cette intervention a perturbé une certaine retenue dans la gestion de la crise de la part du club, symbolisée par la réponse succincte de Luis Enrique, qui, lors de la conférence de presse la veille du match, avait déclaré : « C’est entre les mains de la justice ». En interne, comme l’a révélé Le Parisien, le PSG a choisi de protéger son joueur afin de maintenir un climat de sérénité dans son environnement de travail et a refusé de modifier son statut de vice-capitaine en attendant que la justice se prononce.
« C’est ma cliente, la victime », déclarait déjà mercredi sur franceinfo Rachel-Flore Pardo, avocate de la plaignante, qui souligne à quel point il est « lourd de déposer plainte pour des faits de viols contre une personne puissante ».
Cette réalité contraste avec l’idée préconçue d’une femme vénale en quête d’argent facile, qui sous-estime la complexité et le caractère dissuasif du parcours judiciaire dans les cas de violences sexuelles, au détriment d’un footballeur, certes honnête, mais qui a gagné son argent par le travail.
La situation est d’autant plus épineuse que le dossier est complexe. Comme l’a expliqué il y a trois ans à 20 Minutes Giuseppina Sapio, spécialisée dans la médiatisation des violences faites aux femmes, les victimes présumées sont souvent stigmatisées si elles ne correspondent pas à l’idéal de la « bonne victime ». Cette « bonne victime » serait celle capable de prouver les violences subies, ce qui est souvent très difficile. À titre de comparaison, l’affaire de Mason Greenwood offre une lisibilité bien différente.
Les éléments de l’enquête sur l’affaire Hakimi, rapportés par des médias tels que L’Equipe et Le Parisien, font état de messages ambigus échangés entre la plaignante et son amie, d’un refus d’exploiter son téléphone, ainsi que d’une certaine cohérence dans l’accusation et des témoignages de Kylian Mbappé. En l’absence de certitudes, le jugement populaire se base sur des éléments qui confortent ses croyances, amenant les supporters parisiens à conclure qu’Achraf Hakimi est victime d’une cabale et qu’il devait être urgemment soutenu face à une justice supposée défaillante envers les femmes.
Dans la réalité, suite à des viols, tentatives de viol et/ou agressions sexuelles, seules 7 % des femmes victimes déclarent avoir porté plainte, selon les résultats de l’enquête de victimation « Vécu et ressenti en matière de sécurité » du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, réalisée en 2024.
Il ne s’agit pas de condamner prématurément le joueur, mais d’exiger un minimum de décence pour permettre à ce type d’affaires de se dérouler dans un climat sain, sans entraver la possibilité pour Hakimi d’être blanchi si la justice le considère comme tel. La banderole n’aurait pas dû être déployée, car au-delà de l’embarras qu’elle pourrait créer en cas de condamnation, elle nourrit un climat hostile à la plaignante.
D’ailleurs, le latéral droit et ses équipes ont rapidement remercié les ultras pour leur soutien via une story sur les réseaux sociaux. Cela contribue à renforcer la peur des victimes passées, présentes et futures d’utiliser la justice dans des affaires de violences sexuelles.
Finalement, la remarque la plus significative à tirer de cette situation est sans doute issue des propos de Me Rachel-Flore Pardo : « Si la justice a été exemplaire dans ce dossier, le traitement plus général de cette affaire rappelle que certaines sphères, comme celle du football masculin, n’ont pas encore pleinement intégré le mouvement #MeToo. »

