Ballon d’Or : Le jugement lié à la sextape peut-il compromettre les chances de victoire de Karim Benzema ?

A part dans les couloirs du tribunal judiciaire de Versailles, on n’a jamais autant vu Karim Benzema que ces dernières semaines. Sur le terrain, l’attaquant du Real Madrid et des Bleus continue à distribuer buts, passes décisives et sucreries en tout genre à un rythme effarant. Hors pelouse, KB (1) 9 enchaîne les interviews depuis l’annonce des nommés au Ballon d’Or, le 8 octobre. Entretien après entretien, le taulier de la Maison Blanche explique qu’il ne se sent plus très loin d’exaucer  son « rêve d’enfant ».

Dans sa campagne effrénée, il peut aussi compter sur la puissance médiatique du Real, aussi bon pour collectionner les C1 que pour pousser derrière un postulant au Graal individuel. Après Cristiano Ronaldo et Modric, Benzema est l’élu de Florentino Pérez, et il ne se passe pas un jour sans que d’anciennes gloires des Merengue, du Ronaldo brésilien à Zizou en passant par Cannavaro, vantent ses mérites.

Performances hors normes sur la durée + lobbying d’influenceurs de prestige… Le cocktail semble contenir tous les ingrédients pour séduire les 180 journalistes issus de 180 pays différents invités à délivrer leur Top 5 mondial d’ici dimanche soir, un gros mois avant la cérémonie officielle. Hors sport, on a vu des scrutins gagnés par des candidats moins méritants, même si les rivaux n’étaient pas toujours aussi menaçants que l’arme fatale Lewandowski ou l’inoxydable Messi.

Le scrutin clos dimanche à minuit, le lauréat connu le 29 novembre

Mais il reste une grosse ornière sur la voie royale vers le sacre espéré, le 29 novembre au théâtre parisien du Châtelet : la tortueuse affaire dite de « la sextape de Matthieu Valbuena », dont le jugement est attendu ce vendredi à Versailles. La veille, 10 mois de prison avec sursis et 75.000 euros d’amende ont été requis contre Benzema. « Le timing est assez particulier, mais on n’a pas fait exprès de tomber en même temps que le procès, observe Pascal Ferré, rédacteur en chef de France Football, fondateur et organisateur du Ballon d’Or depuis 1956.

« On ne désigne pas le Prix Nobel de la paix, poursuit le journaliste. On est beaucoup moins ambitieux. On désigne le meilleur joueur de foot de l’année 2021. Ceci dit, on n’a pas des œillères. Bien sûr que parmi les critères il y a une certaine forme d’exemplarité, sur et en dehors du terrain. »

Dans le détail et dans l’ordre, ces critères sont au nombre de trois :

1. Performances individuelles et collectives pendant l’année.

2. Classe du joueur (talent et fair-play).

3. Carrière du joueur.

On a tenté de sonder des jurés tout autour du globe pour prendre leur pouls. La plupart ont répondu en « off », soucieux sans doute de respecter une forme de solennité autour de la prestigieuse récompense. « Cette affaire n’a jamais influencé mon vote », glisse ainsi un collègue d’Europe centrale, qui résume une opinion assez répandue et développée par le Nigérien Abdel-Malik Koudizé, l’un des deux collègues à témoigner à visage découvert.

« Je fais la différence entre le terrain et le hors terrain. Karim, avec ses performances actuelles, est un sérieux prétendant. Mais il fera face à une forte concurrence au vu des performances de ses concurrents en compétitions internationales, que ce soit l’Euro, la Copa America ou la Ligue des nations. »

Lasana Liburd, de Trinité-et-Tobago, poursuit sensiblement sur la même ligne. « Je peux dire que cela n’influence pas mon vote, il n’est qu’un suspect et n’a été condamné à rien, nous indiquait-il mercredi. Cela ne signifie pas que Benzema a ma voix car il y a d’autres facteurs à considérer, comme les performances de l’équipe du candidat durant l’année civile. Mais je ne retiens pas son procès en cours contre lui. »

70 % des votants se sont déjà exprimés

Seule voix dissonante, celle d’un journaliste d’un pays de la zone Asie : « Je n’ai pas encore fait mes choix, mais bien sûr que le procès pourrait avoir des répercussions, surtout s’il s’avère qu’il est fautif. »

Une opinion apparemment bien minoritaire au sein d’un jury issu d’une profession que l’on pensait bien plus adepte de la procrastination. « A peu près 70 % des votes nous sont déjà parvenus, confiait ce jeudi en fin de journée Pascal Ferré. S’il devait y avoir une influence [du procès], ce serait donc sur les 30 % restants. En toute honnêteté, j’ai du mal à jauger l’influence d’un procès franco-français sur le juré du Bhoutan, du Chili ou du Kazakhstan… »

Pour le « redchef » de France Football, le sportif devrait l’emporter sur le reste. « Il n’y a aucune condamnation pour l’instant. L’issue du procès sera connue ce vendredi, à quelques jours de la fermeture des votes. Est-ce que certains jurés ont attendu le verdict pour se prononcer ? Je ne pense pas. Il y en a davantage qui vont attendre le clasico de ce week-end. »

Pour résumer, une éventuelle condamnation de Karim Benzema ce vendredi à Versailles ne devrait compter qu’à la marge dans l’attribution du Ballon d’Or. Seulement – désolé pour le vilain cliché – le concours 2021 risque de se jouer sur des détails, comme celui de 2019, le dernier avant que le Covid ne s’en mêle, lorsque Lionel Messi avait raflé sa sixième récompense avec sept minuscules points d’avance sur son dauphin Virgil Van Dijk.

Aucune conséquence en Bleu ?

Au-delà de cette récompense, le rocambolesque procès en cours peut-il remettre en cause l’avenir international du Madrilène, auteur d’un retour fracassant en Bleu après cinq ans et demi d’absence ? Une mise à l’écart initialement décidée par la Fédération française (FFF) lorsque l’avant-centre avait été placé sous contrôle judiciaire dans la même affaire de la sextape, en 2016

« La FFF [représentée au procès par son avocat Me Benjamin Peyrelevade] ne fera aucun commentaire sur une hypothétique décision de justice à venir, a-t-elle transmis à 20 Minutes. Elle la laisse faire son travail. La Fédération française s’est constituée partie civile dans cette procédure pour avoir accès au dossier et défendre globalement, le cas échéant, son image, celle de l’équipe de France et de ses joueurs. » Une tâche à plein temps en ce moment, quand on songe aussi au cas Lucas Hernandez.