Avec Renaissance, l’après Macron se prépare, oui, mais pas trop vite

Le macronisme a peu d’histoire mais a ses symboles. Le plus important est sans doute la Pyramide du Louvre, qui a accueilli la marche triomphale d’Emmanuel Macron au soir de son élection en 2017. Ce n’est évidemment pas un hasard si, un peu plus de cinq ans plus tard, samedi, c’est sous cette même Pyramide que La République en marche (LREM) est devenue Renaissance (RE) pour poser les « fondations » de ce qui doit rassembler à l’après Macron.

« Ça fait partie du package, reconnaît le député Pierre-Alexandre Anglade. On passe du mouvement au parti pour s’ancrer, pour préparer l’avenir. » La fondation de Renaissance doit permettre de répondre aux deux défis qui se posent aux macronistes : l’impossibilité pour le Président réélu de se représenter en 2027 et tenter de ne plus être qu’un parti national, presque inexistant dans les collectivités locales, en se structurant dans « les territoires ». Stéphane Séjourné, député européen proche parmi les proches d’Emmanuel Macron et nouveau secrétaire général de RE, annonce même le « parti le plus décentralisé de la Ve République ».

Quatre valeurs cardinales

Si le sujet de la structuration territoriale du macronisme est clef pour son futur, les différents intervenants du soir ont plutôt tenté – encore une fois – de définir le macronisme… Sans Emmanuel Macron. « Ce parti ne vient pas de nulle part, affirme Stéphane Séjourné. C’est le fruit de l’union des forces progressistes. Réunies autour d’un corpus de valeur, notre colonne vertébrale politique. » Comprendre donc que la synthèse de la pensée du chef de l’Etat n’est plus la seule structuration idéologique du parti.

La Première ministre, Elisabeth Borne, veut un parti « ouvert, transgressif, innovant ». Stanislas Guerini, le secrétaire général sortant, définit RE comme « le parti qui défend les libertés, toutes les libertés ». Stéphane Séjourné parle de « réformisme radical » dans ce qui peut ressembler à un oxymore. Les quatre piliers sont l’écologie – « Nous sommes le seul parti écologiste de gouvernement », a clamé le secrétaire général –, le travail – « Nous sommes fiers d’en faire une valeur cardinale », a dit Elisabeth Borne, suivez son regard –, l’égalité des chances et la lutte contre les discriminations et enfin la souveraineté « qui passe par l’Europe », a complété la cheffe du gouvernement.

Attrape-tout

Renaissance ratissage large. A tel point que dans une vidéo de présentation qui ne manquait pas de souffle on pouvait trouver réunis Jacques Delors, Charles de Gaule, Valéry Giscard-d’Estaing, Robert Badinter, Michel Rocard, Simone Veil, Gisèle Halimi et Edith Cresson. Peu importe si certains et certaines de celles-là se sont parfois nettement détaché du macronisme.

Renaissance, parti attrape-tout ? Celui qui fait la meilleure synthèse de tout ça, c’est encore Emmanuel Macron. Chose rare, voire inédite sous la Ve République, le chef de l’Etat s’est exprimé lors d’un congrès politique, à travers une vidéo. C’est lui qui donne le la et l’objectif : l’unité et le dépassement. Dépassement, le mot était dans toutes les bouches. « Nos compatriotes ne veulent pas savoir si la réponse aux défis est de gauche, de droite, de centre gauche, de centre droit, ils veulent savoir si elle efficace et si elle est juste », a expliqué président de la République. Le macronisme est un pragmatisme.

Fondamentaux

On revient en fait aux fondamentaux énoncés par Emmanuel Macron lors de la création d’En Marche, en avril 2016. Alors que tout le monde a justifié la création de Renaissance par une nécessaire adaptation aux temps nouveaux, sur le fond, c’est comme si rien n’avait changé depuis six ans. Ni même comme si l’exercice du pouvoir n’avait pas fait pencher le dépassement un peu plus d’un côté que de l’autre. Stéphane Séjourné et Elisabeth Borne s’en défendent d’ailleurs vigoureusement. C’est la renaissance de la dialectique du « nouveau monde » contre « l’ordre ancien », les « vieux clivages » qui sont une « paresse », pour la Première ministre.

Chacun et chacune a bien rappelé que « sans Emmanuel Macron » ils ne seraient « pas réunis ici ». Et sans lui demain, donc ? « La fragmentation peut menacer tous les partis, a prévenu Stéphane Séjourné. Personne ne veut que les Français soient confrontés au choix entre les extrêmes et les extrêmes. » Sous entendu entre la Nupes et le RN. Le tout sous les yeux de Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, candidats putatifs à la succession, mais aussi d’Edouard Philippe, qui a lui sa propre crémerie indépendante, Horizon.

« Je serai avec vous demain et après-demain, croyez-le »

Mais sans François Bayrou qui venait quelques minutes avant de déclarer au Parisien qu’il était « opposé au passage en force » sur la réforme des retraites que certains verraient bien adoptée via un simple amendement dans le budget 2023. Il avait pourtant sa chaise réservée. Les appels à l’unité résonnaient d’autant plus symboliquement. Chacune et chacun s’en porte garant, jusqu’à Emmanuel Macron lui-même. « Je serai avec vous demain et après-demain, croyez-le », a lancé dans sa vidéo le président de la République.

Alors, l’émancipation, c’est pour quand ? En vérité, les macronistes n’en veulent pas : « Quand il aura terminé son mandat Emmanuel Macron aura moins de 50 ans, fait remarquer Pierre-Alexandre Anglade. Il aura encore une longue vie pour s’engager. Il aura forcément un regard. » Chez Renaissance l’après Macron ce sera encore pas mal de Macron.