Autriche: L’extrême droite dans la tourmente, son chef compromis par une caméra cachée

Le vice-chancelier et chef du parti d’extrême droite autrichien FPO, Heinz-Christian Strache, le 6 mai 2019 lors d’une conférence de presse. — ATTILA KISBENEDEK / AFP

  • Heinz-Christian Strache a discuté, quelques mois avant les législatives de 2017, avec une femme qu’il croyait liée à une influente personnalité russe, de la possibilité d’un soutien financier en échange de l’accès à des marchés publics autrichiens.
  • La vidéo, filmée en caméra cachée, a été publiée par les médias allemands vendredi.
  • La presse autrichienne table sur une démission rapide de Heinz-Christian Strache, patron d’une des formations nationalistes les plus influentes de l’UE.
  • Cette affaire éclate alors que les alliés de Strache, Matteo Salvini en Italie et Marine Le Pen en France, mobilisent ce samedi les nationalistes européens à Milan, à une semaine des élections européennes.

Séisme pour l’extrême droite autrichienne, à huit jours des élections européennes: son chef, également numéro deux du gouvernement, est mis en cause pour tentative de collusion avec la pseudo-nièce d’un oligarque russe, dans une mise en scène apparemment destinée à le confondre.

Secrètement filmé par une caméra cachée, le vice-chancelier Heinz-Christian Strache a discuté, quelques mois avant les législatives de 2017, avec une femme qu’il croyait liée à une influente personnalité russe, de la possibilité d’un soutien financier en échange de l’accès à des marchés publics autrichiens.

Vers une démission rapide?

Ces informations publiées vendredi soir par les médias allemands Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel, extraits vidéo à l’appui, ont sonné le branle-bas au sein de la coalition gouvernementale dirigée par Sebastian Kurz, chef du parti conservateur (ÖVP) allié à l’extrême droite.

La presse autrichienne tablait ce samedi sur une démission rapide de Heinz-Christian Strache, patron d’une des formations nationalistes les plus influentes de l’UE, allié des mouvements de Matteo Salvini en Italie et Marine Le Pen en France. Le chef du FPÖ doit avoir un tête-à-tête à 11h  avec le chancelier qui pourrait exiger son départ, selon les médias.

«Le FPÖ est fini», titrait samedi le tabloïd Kronen Zeitung, premier tirage du pays. C’est précisément sur une entrée de sa pseudo-investisseuse russe au capital du puissant Kronen Zeitung, afin d’en faire un titre pro-FPÖ, que porte une partie des discussions qui se sont déroulées durant une soirée arrosée dans une villa de l’île d’Ibiza.

Comme Orban

Heinz-Christian Strache, qui est accompagné d’un de ses lieutenants, Johann Gudenus, actuel chef du groupe parlementaire FPÖ, suggère à son interlocutrice qu’il pourra en échange de ce soutien lui obtenir des marchés publics. «Elle aura tous les contrats publics remportés aujourd’hui par Strabag», un groupe autrichien de construction, acteur majeur du secteur, affirme le chef du FPÖ, selon la retranscription de ses propos.

Heinz-Christian Strache exclut les résistances au sein de la rédaction du Kronen Zeitung car «les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète», affirme-t-il. Depuis son retour au pouvoir en 2017, le FPÖ est accusé de s’en prendre aux médias, notamment à la télévision publique ORF qu’il accuse de manquer de neutralité. Heinz-Christian Strache explique également à son interlocutrice vouloir «construire un paysage médiatique similaire à celui d’Orban», en Hongrie. Dans ce pays, le Premier ministre Viktor Orban est critiqué pour avoir massivement porté atteinte au pluralisme de la presse.

Coup monté

Le rendez-vous d’Ibiza était en fait un coup monté pour piéger le patron du FPÖ, selon les médias allemands qui affirment ne pas savoir qui est derrière cette opération organisée trois mois avant les législatives. Le patron du FPÖ a admis auprès des journalistes que cette soirée avait bien eu lieu, mais il a nié avoir commis le moindre acte répréhensible. Selon ses déclarations au Süddeutsche Zeitung, il a invoqué «la grande quantité d’alcool consommé» ce soir-là et «l’importante barrière de la langue» avec son interlocutrice.

Selon les extraits publiés, Heinz-Christian Strache décrit également à la visiteuse un mécanisme de financement de campagne permettant de contourner la Cour des comptes via des versements à une association et non directement au parti. Il cite des dons allant de 500.000 à 2 millions d’euros et égrène le nom de grands patrons autrichiens qui financeraient le FPÖ.

Le député Johann Gudenus, qui maîtrise le russe, est chargé d’assurer la traduction des échanges. Le FPÖ avait signé avant son arrivée au pouvoir un accord de coopération avec Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, qui lui vaut des accusations récurrentes de liens troubles avec Moscou.

Kurz sous pression

Signe de la fébrilité au sein du FPÖ, l’eurodéputé Harald Vilimsky, tête de liste du FPÖ pour les européennes, a annulé son déplacement ce samedi à Milan où le leader de l’extrême droite italienne Matteo Salvini réunit le camp nationaliste avant le scrutin du 26 mai.

Le parti socialiste (SPÖ) a qualifié ces allégations de «plus grand scandale» des cinquante dernières années. Le parti libéral NEOS a jugé de nouvelles élections législatives «inévitables». Cette affaire, à huit jours des élections européennes, intervient dans un contexte tendu pour la coalition autrichienne, Sebastian Kurz se voyant de plus en plus reprocher son alliance avec un parti régulièrement impliqué dans des dérapages extrémistes.

Heinz-Christian Strache a succédé à Jörg Haider à la tête du FPÖ dont il s’est efforcé de lisser l’image, en cultivant un profil d’élu fréquentable après avoir frayé avec les cercles neonazis dans sa jeunesse.

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