Autoroutes : Les patrouilleurs doivent-ils se résoudre à être victimes d’accidents ?

Le métier de tous les dangers. Si vous avec un accident sur une autoroute, ce sont eux qui se porteront à votre secours en premier. Si un objet traîne sur la chaussée, ce sont eux qui traverseront les voies pour aller le récupérer. Si vous tombez en panne sur la bande d’arrêt d’urgence, ce sont eux qui baliseront le terrain pour éviter qu’un véhicule ne percute le vôtre. Ce sont eux, les patrouilleurs, salariés des concessionnaires autoroutiers ou des collectivités. Et si le ministère de l’Intérieur assure que les autoroutes constituent le réseau routier le plus sûr, cela n’empêche pas les « hommes en jaune » d’être régulièrement victimes d’accidents. Trop régulièrement dénonce Vinci, qui gère près de 4.500 km d’autoroutes.

Le 18 octobre dernier, dans l’après-midi, un fourgon d’intervention de Vinci autoroutes a été percuté sur l’A89 alors que le patrouilleur sécurisait un poids lourd en panne. Plus tôt, le même jour, un autre véhicule de Vinci avait été victime d’un accident au cours d’une intervention sur l’A64. Dans ces deux cas, aucun personnel n’a été blessé, une chance qui est loin d’être la règle. Toutes autoroutes confondues, ce sont deux patrouilleurs et un gendarme qui ont été tués et 16 blessés dans l’exercice de leur métier depuis le 1er janvier 2022 selon les derniers chiffres de l’Association des sociétés françaises d’autoroutes (ASFA).

« On remarque une accentuation de la prise de risque »

En 2022, l’ASFA dénombre 147 accidents matériels et corporels du personnel en intervention, soit une hausse de plus de 44 % par rapport à octobre 2021. A elles seules, la Sanef et Vinci cumulent 83 accidents. « C’est une augmentation très importante qui est d’autant plus surprenante qu’elle dépasse largement l’augmentation du trafic », constate Christophe Boutin, délégué général de l’ASFA. Pour lui, cela s’explique notamment, et mécaniquement, par la hausse des accidents impliquant des usagers : « Ce que l’on remarque, c’est une accentuation de la prise de risque, essentiellement imputable à la vitesse et à l’utilisation du téléphone au volant », affirme-t-il.

Au ministère de l’Intérieur, on fait le même constat : « Parmi les facteurs recensés chez les présumés responsables d’accidents mortels sur autoroute figurent en premier lieu la vitesse (25 %), l’alcool (15 %) puis l’inattention », explique-t-on à 20 Minutes, tout en assurant que les « autoroutes correspondent au réseau le plus sûr » avec « seulement 8 % des tués » sur les routes de France. « La majorité des accidents ont lieu lors de la pose ou la dépose du balisage pour des travaux ou au cours d’interventions sur la bande d’arrêt d’urgence, c’est dans ces cas que les personnels sont les plus vulnérables », remarque Anne-Sophie Viennot de la Sanef.

« Pour moi, c’est comportemental »

Il semble que, du côté des sociétés d’autoroutes, ou du côté des collectivités qui gèrent celles qui ne sont pas concédées, on ne puisse plus en faire davantage. « Les formations des agents sont très strictes, les nouveaux sont encadrés, leurs équipements sont très visibles ainsi que les signalisations mises en places », énumère la porte-parole de la Sanef. Chaque intervention fait, en plus, l’objet d’une communication en amont sur la radio autoroutière et chaque présence d’agents sur les voies est signalée sur l’application Waze et sur les panneaux d’information lumineux…

Manifestement, cela ne suffit pas. Régulièrement, donc, les sociétés autoroutières lancent des opérations de communication plus ou moins choc. « La sensibilisation des usagers, l’éducation dès l’apprentissage en auto-écoles, toutes ces mesures prennent du temps mais vont finir par payer », espère Christophe Boutin. Un optimisme que ne partagent pas forcément les patrouilleurs : « Pour moi, c’est comportemental, les gens ne font juste pas attention et depuis que je fais ce métier, je vois que c’est devenu pire avec l’apparition des portables », assure à 20 Minutes un patrouilleur de la société APRR.

Alors, oui, il existe une arme qui pourrait fonctionner : le « corridor de sécurité ». Cela consiste, pour les automobilistes, à ralentir et changer de voie si possible à leur arrivée à proximité d’une intervention, accident ou travaux, pour libérer un espace de sécurité. Cette procédure est d’ailleurs inscrite dans le Code de la route depuis 2018. « Ça fait quatre ans que ça existe et peu de gens savent ce dont il s’agit », reconnaît Anne-Sophie Viennot. Une méconnaissance que déplorent aussi les syndicats : « Une seule chose fonctionne, ce sont les radars, affirme un élu Sud-Autoroutes. Le mieux serait d’en mettre lors de chaque intervention, sauf que ce n’est pas possible. » Alors quoi du coup ? « Tout est fait en interne et en externe pour la sécurité des personnels, constate Anne-Sophie Viennot. Ce sont les comportements au volant qui inverseront la tendance. »