Automobile : En France, les ventes de voitures hybrides rechargeables chutent.
L’an dernier, un million de voitures utilisant une motorisation thermique combinée à un petit moteur électrique rechargeable ont été vendues en Europe, représentant une progression de plus de 30 % sur un an. En France, les ventes d’hybrides rechargeables ont reculé de 26 % dans l’Hexagone.
Les hybrides rechargeables connaissent un fort engouement en Europe. L’année dernière, un million de voitures dotées d’une motorisation thermique associée à un petit moteur électrique rechargeable ont été vendues. Ce marché, qui était autrefois de niche, a vu une hausse de plus de 30 % en un an. Les « plug-in hybrid electric vehicle » ou PHEV constituent 10 % du marché européen, tandis que les ventes de voitures à essence et diesel continuent de diminuer et que les voitures entièrement électriques prennent des parts de marché. Cependant, la France se distingue de cette tendance européenne, car les ventes d’hybrides rechargeables ont chuté de 26 % dans l’Hexagone l’année passée.
Étrange ? Pas vraiment. Voici les explications.
Un malus lourd de conséquences
L’un des principaux inconvénients de l’hybride rechargeable réside dans son poids. En intégrant une double motorisation et des batteries, ces véhicules dépassent souvent les deux tonnes. Ils sont donc rapidement soumis à la taxe sur la masse. Mise en place en 2022, cette taxe a subi plusieurs révisions. L’abaissement du seuil à 1,6 tonne l’année dernière a notamment pénalisé les véhicules les plus lourds.
« On savait que le changement de fiscalité allait avoir un impact fort. Cela illustre l’importance des décisions politiques. Quand l’État alourdit la fiscalité sur un type de motorisation, les ventes chutent. C’est normal, les consommateurs font leurs calculs, ils vérifient ce que cela va leur coûter », analyse Flavien Neuvy, économiste et directeur de l’observatoire Cetelem.
Pour illustrer cela, une simple simulation sur le site du gouvernement suffit. Actuellement, l’acheteur d’un véhicule de deux tonnes doit s’acquitter d’un malus de 7.000 euros. Cela explique sans doute pourquoi le Volkswagen Tiguan a été le modèle le plus vendu en France l’année dernière. Avec un poids « raisonnable » de 1.800 kg et un abattement de 200 kg grâce à son autonomie électrique, le SUV allemand a peu souffert de ce malus. Cela justifie également pourquoi la voiture numéro 1 en Europe n’a pas vraiment percé en France. Le Chinois BYD, avec son modèle Seal U, même s’il est moins cher, est lourdement impacté par le malus au poids.
Un autre malus et un coût élevé
Plus lourds, les véhicules électriques rechargeables doivent être puissants, affichant souvent 250 chevaux. Sur la route, ils peuvent donc s’avérer plus polluants et sont parfois concernés par le malus sur les émissions de CO2, ce qui augmente encore leur prix. « C’est un peu la double peine. Cela a surtout impacté les flottes d’entreprises. Les sociétés, tout comme les ménages, sont rationnelles. Elles regardent combien cela va leur coûter. L’instabilité politique n’a pas non plus aidé », rappelle Flavien Neuvy.
Ces modèles, souvent coûteux, échappent à de nombreux Français, qui se tournent vers des motorisations moins onéreuses. « C’est dommage, car l’hybride représente souvent la meilleure transition pour ceux qui hésitent à passer à l’électrique. C’est rassurant », ajoute le spécialiste de l’automobile.
Le quotidien de la recharge quotidienne
Un autre inconvénient des hybrides rechargeables est leur autonomie limitée, qui varie entre 50 et 100 kilomètres. En conséquence, il faut les recharger presque tous les jours. Cela peut s’avérer fastidieux, voire impossible pour ceux vivant en appartement. « De nombreuses personnes ne les rechargent jamais », admet Flavien Neuvy. L’utilisation majoritaire du moteur thermique a également des conséquences écologiques.

Selon une étude de l’ONG Transport et Environnement réalisée l’année dernière, les émissions réelles de CO2 des hybrides rechargeables pourraient être « jusqu’à cinq fois plus élevées en moyenne » que les résultats des tests officiels fournis par les constructeurs. Ce phénomène s’explique par l’utilisation marginale de la motorisation électrique, alors que les fabricants anticipent une utilisation décarbonée à 80 % du temps.
Une consommation parfois trompeuse ?
Un autre argument a peut-être joué contre les hybrides rechargeables : celui de la consommation affichée. Alors que certaines marques annoncent souvent des consommations moyennes à 1,5 litre aux 100 kilomètres dans leurs brochures, la réalité peut être sensiblement différente. Un rapport de la Commission européenne publié en 2024 a révélé le « mensonge » des constructeurs. Les tests réalisés en conditions réelles sur l’ensemble des véhicules à motorisation thermique ont montré des consommations 250 % plus élevées pour les hybrides rechargeables, souvent approchant les 6 litres aux 100. Ce n’est pas le meilleur argument de vente.

