« Aurélie S. jugée pour deux nourrissons découverts dans son congélateur »
Le 1er décembre 2022, à Bédoin dans le Vaucluse, Aurélie S. a conduit les gendarmes vers les dépouilles de ses deux nourrissons, retrouvées dans le congélateur de son domicile. Son procès pour « homicides volontaires sur mineur de moins de quinze ans », concernant des faits commis entre 2016 et 2022, s’ouvre ce jeudi devant la cour d’assises du Vaucluse.

« Je sais pourquoi vous êtes là. » Le 1er décembre 2022, à son domicile de Bédoin dans le Vaucluse, Aurélie S. a immédiatement conduit les gendarmes jusqu’aux corps de ses deux nourrissons. Les dépouilles des nouveau-nés se trouvaient dans le congélateur de sa maison, où elle vivait avec ses trois filles âgées de 20, 16 et 9 ans. Les corps avaient été enroulés dans des couvertures, elles-mêmes placées dans un sac de courses, avant d’être mises au congélateur.
La gendarmerie de Carpentras a été alertée par un ami de sa fille cadette, suite aux confidences de cette dernière. Quatre ans plus tard, le procès d’Aurélie S., maintenant âgée de 45 ans, se déroule ce jeudi devant la cour d’assises du Vaucluse. La mère comparaît pour « homicides volontaires sur mineur de moins de quinze ans » commis entre 2016 et 2022.
Un discours évolutif
Durant ses auditions, la quadragénaire a expliqué qu’elle était « perdue au moment des faits ». Selon son récit, elle a souffert de deux dénis de grossesse en 2018 et en 2019, jusqu’aux premières contractions. Les deux nourrissons, des petites filles, sont nés vivants à terme, selon le médecin légiste. Le premier enfant est décédé d’un traumatisme crânien après quelques jours de vie, le second d’une détresse respiratoire liée à l’absence de soins médicaux, juste après l’accouchement.
Cependant, des incohérences dans son discours ont été soulevées par les enquêtes. Si l’hypothèse d’un déni de grossesse est envisagée pour le second bébé, Aurélie S. a reconnu, lors de l’instruction, avoir pris conscience de sa première grossesse à cinq mois mais ne jamais avoir consulté de médecin. Après la naissance, qui a eu lieu à domicile et sans suivi médical, l’enfant a vécu quelques jours. Les filles de l’accusée lui ont même donné le biberon et un nom. Aurélie S. a ensuite prétendu avoir chuté dans les escaliers avec la fillette dans les bras lors d’un retour de courses, entraînant la mort du nourrisson. Après avoir constaté le décès, elle n’a pas alerté les secours et a décidé de placer le corps dans le congélateur. À son aînée, elle a déclaré que le bébé avait été adopté.
Une personnalité complexe
La personnalité complexe d’Aurélie S., dont toutes les demandes de remise en liberté ont été refusées, sera au centre des discussions. La quadragénaire ne présente aucune pathologie mentale, selon plusieurs expertises. Elle est décrite comme une femme discrète, probablement touchée par des épisodes dépressifs au cours de sa vie. L’un des experts évoque toutefois une « instabilité affective », une personnalité « immature » et un lien « pathologique » à la maternité. Enfant d’une famille qualifiée « d’aimante et soudée », elle se confie avoir subi des viols de la part d’un cousin durant son enfance, un sujet qu’elle n’a jamais abordé.
Aurélie S. a eu sept grossesses – dont six à terme – souvent considérées comme « accidentelles ». Ses trois filles, un bébé né sous X en 2010 et les deux nourrissons au centre de l’enquête, proviennent de pères différents. Si certains proches décrivent Aurélie S. comme une « mère fusionnelle », elle est également accusée de violences physiques et psychologiques sur ses filles. En 2011 et 2012, des rapports avaient été faits auprès de l’aide sociale à l’enfance du Vaucluse pour négligences.
« Il n’arrive pas à comprendre »
« C’est un dossier compliqué en raison de la personnalité de cette femme », estime Me Marc Geiger, l’avocat du père de l’un des deux nourrissons, qui n’était pas au courant de la naissance. Ex-compagnon de la prévenue, il s’est constitué partie civile avec ses parents et sa compagne. « Mon client attend des explications, tout en ayant peu d’espoir sur ce qu’elle sera capable de dire. Il n’arrive pas à comprendre, à assimiler ce qu’il s’est passé », poursuit l’avocat.
Aurélie S. a toujours nié avoir voulu donner la mort à ses deux fillettes. Ses avocats, Me Charlotte Bres et Me Rémi Goehrson, abordent l’ouverture du procès avec sérénité. « Les éléments de procédure montrent que l’on ne peut pas condamner ma cliente pour meurtre », estime Me Charlotte Bres, évoquant le « soulagement » de la prévenue à l’idée d’être enfin jugée. La défense espère une requalification des faits lors de l’audience. Concernant les accusations de violences sur ses filles, ils plaideront la relaxe. « Rien ne tient en procédure, affirme le conseil. On dresse un portrait qui est loin d’être elle. »

