« Aujourd’hui, 99 % des gens sont choqués par ce qui se passe au sommet du Mont-Blanc », constate le maire de Saint-Gervais

Vue du massif du Mont-Blanc ou se situe le mont Blanc, point culminant de la chaîne des Alpes et plus haut sommet d’Europe occidentale (4809m). — Caroline Girardon

  • Emmanuel Macron se rend ce jeudi au massif du Mont-Blanc pour annoncer une série de mesures de protection du plus haut sommet d’Europe.
  • De nombreuses incivilités ont été commises par des alpinistes ces derniers mois.
  • Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais, milite depuis des années pour la protection de cet espace naturel unique. Il répond aux questions de 20 Minutes.

Emmanuel Macron se rendra jeudi au chevet du massif du Mont-Blanc. Le chef d’Etat doit y annoncer une série de mesures destinées à préserver le mont blanc, le plus haut sommet de l’Europe occidental, et lutter contre les nombreuses incivilités commises par les touristes. A la veille de ce déplacement, Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais et fervent défenseur du Mont-Blanc depuis près de 20 ans, s’est confié à 20 Minutes.

Comment accueillez-vous la venue d’Emmanuel Macron ? Voyez-vous cela comme un effet d’annonce ou estimez-vous que les politiques ont enfin pris le problème à bras-le-corps ?

J’ai saisi personnellement le président de la République sur cette question. S’il vient me voir et qu’il a décidé de se rendre à Saint-Gervais, ce n’est certainement pas un effet d’annonce. Si j’ai en face de moi un président qui me dit « Bonjour, je vous ai compris », ça ne va pas le faire.

Après, on travaille depuis plusieurs semaines avec les acteurs de la montagne, avec Mmes Borne [ministre de la Transition écologique] et Wargon [secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique], qui ont été chargées par le président de ce dossier-là, pour arriver à trouver des solutions. Emmanuel Macron viendra nous présenter la synthèse de l’ensemble de ces réflexions pour ensuite proposer des mesures. Aujourd’hui, je ne suis pas confiant, je suis carrément heureux parce que c’est le seul responsable politique depuis 2003 qui a pris ce problème au sérieux et qui va y apporter des solutions.

Bien sûr, cela ne va pas être miraculeux et il y aura toujours des mécontents mais il y a une vraie volonté du président et de son gouvernement de changer les choses. J’irais même plus loin : il y a une vraie volonté pour que la France devienne leader d’une nouvelle politique de préservation des sites surfréquentés, qu’ils soient naturels ou urbains.

Pour vous, quelles seraient les mesures les plus urgentes à mettre en place afin de préserver au maximum le massif du Mont-Blanc ?

La difficulté est que si l’on commence à énumérer les élucubrations des uns et des autres (l’installation de rameurs au sommet, l’atterrissage d’avions etc.), on va faire une liste qui sera sans fin. Et on aura toujours quelqu’un, prêt à inventer quelque chose de nouveau ou d’original, qui n’aura pas été prévu par un texte. L’idée, et c’est ce que j’ai proposé, est de raisonner positivement : à quoi ce site est-il destiné ? A faire de l’Opéra ou de la publicité pour des crèmes desserts ? Ne vaut-il pas mieux lui redonner ses vocations originelles, à savoir l’alpinisme et le ski ? Si le président de la République valide ce mode de pensée, on aura gagné. On aura respecté la liberté d’escalader le Mont-Blanc, de le descendre en ski l’hiver tout en interdisant toutes les autres formes d’irrespect ou d’utilisation commerciale.

Est-ce que la préservation des sommets doit passer par l’encadrement du nombre de skieurs ou d’alpinistes ?

L’an dernier avec le préfet, on a renouvelé la réservation obligatoire, qui est désormais nominative. C’est une mesure de régulation. Quand le nombre de places en refuge est atteint, on ne grimpe pas. Et celui qui veut faire l’aller-retour dans la journée n’est pas concerné par cela. Ce n’est donc pas une limitation en nombre car il faut savoir qu’entre le 15 juin et les 15 septembre, entre 20.000 et 30.000 personnes tentent l’ascension du Mont-Blanc, à savoir entre 200 à 300 chaque jour. Cela paraît peu comparé aux 50.000 ou 100.000 visiteurs par jour à Chamonix mais pour un site naturel, c’est déjà suffisant.

Le problème ne vient pas du nombre : on a désormais une clientèle de touristes urbains, qui se lancent le défi, par exemple le 1er janvier, de faire le Mont-Blanc en juillet. Mais le Mont-Blanc, on le fait quand on est prêt, quand il est prêt, quand les conditions de sécurité et de météo sont là. Autrement, non. On ne fait pas le Mont-Blanc parce qu’on a décidé de bloquer un jour sur son agenda.

Vous avez déjà dénoncé à de multiples reprises les incivilités et saletés des touristes ? Est-ce là un levier d’action important pour préserver davantage les sommets ?

Bien sûr. Effectivement, on l’a vu la première fois en 2003 avec la canicule, que sous cette belle couche blanche de neige, il y a les excréments, le pipi et tout ce que certains n’ont pas voulu redescendre parce qu’ils sont fatigués ou que c’est trop lourd à porter. Alors ils l’enfouissent sous la neige en se disant qu’ils ne reviendront jamais. C’est ça le problème. Avant, on avait des gens qui faisaient de l’alpinisme avec un guide, qui commençaient par des aiguilles, des plus petits sommets et qui, plusieurs années après, s’attaquaient à l’ascension du Mont-Blanc.

Maintenant, on a une part de touristes qu’on ne revoit jamais. Ils font le Mont-Blanc, et puis l’année d’après le marathon de New York et le Kilimandjaro ensuite avant d’enchaîner sur l’Everest. On est sur un mode « je consomme ». Donc les mesures du président, c’est justement pour encadrer ces consommateurs. Si on ne leur dit pas que c’est interdit, ils s’autorisent tout. On a Kilian Jornet qui se met à poil au sommet du Mont-Blanc, on en a qui viennent faire du rameur ou qui installent des jacuzzis pour des Suisses…

Craigniez-vous que le Mont-Blanc souffre encore plusieurs années malgré les mesures qui seront annoncées ?

Je vais vous dire un mot : irrémédiable. La conscience a basculé. Aujourd’hui, 99 % des gens sont choqués par ce qui se passe au sommet du Mont-Blanc. On a retrouvé les mêmes situations d’excès au Louvre, à Venise ou Barcelone, dans la baie d’Along ou sur l’île de Pâques, qui nous ont emboité le pas en prenant également des mesures de régulation de la fréquentation. C’est irrémédiablre. En revanche, le tout est de ne pas passer d’un extrême à l’autre. Il faut éviter le raisonnement à la française qui consiste à dire c’est tout ou rien. Au contraire, permettons d’aller sur le Mont-Blanc mais fixons les règles. Quand vous êtes invités chez quelqu’un, ce n’est pas vous qui allez dire comment on se comporte. On ne met pas les pieds sur la table. Et bien là, c’est pareil.

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