Aude : Une rentrée scolaire empoisonnée par l’arsenic dans la vallée de l’Orbiel

L’école de Conques-sur-Orbiel, au moment de la crue d’octobre 2018. — Pascal Pavani – Sipa

  • Huit nouveaux cas d’enfants surexposés à l’arsenic dans la vallée de l’Orbiel ont été dévoilés ce mercredi. En tout, 46 écoliers de l’Aude sont concernés.
  • Dans les villages touchés, les parents craignent que l’école ne soit polluée.
  • Une famille a décidé de faire l’école à la maison.

Ce mercredi, le nombre d’enfants de la vallée de l’Orbiel surexposés à l’arsenic s’est alourdi de huit nouveaux cas selon l’Agence régionale de santé d’ Occitanie (ARS). Ils sont désormais 46 à présenter des taux supérieurs à la norme dans cette belle vallée voisine de Carcassonne dont l’environnement est pollué par les déchets de l’ancienne mine d’or de Salsigne. Et parmi eux, trois ont fait l’objet d’une deuxième analyse positive en l’espace de deux mois et sont donc considérés comme « officiellement » surexposés.

De Lastours à Conques-sur-Orbie, en passant par Mas-Carbadès, l’été a été rythmé par l’annonce de nouveaux cas dans l’Aude. L’inquiétude née au lendemain des dramatiques inondations d’octobre 2018 s’est maintenant muée en crise sanitaire. Visiblement, la brusque crue de l’Orbiel a raviné les tas de déchets toxiques dénoncés depuis plus de vingt ans par certains riverains, charriant le poison dormant.

Pétition pour déménager l’école

Et la vallée n’est plus paisible. Pour preuve, l’affaire est peu commune, des parents y demandent, via une pétition en ligne adressée au président de la République, la fermeture d’une école de village. Il s’agit de l’école élémentaire de Conques-sur-Orbiel, touchée par les inondations mais rouverte quelques semaines plus tard. Les parents exigent sa dépollution en profondeur. Pourtant, à la mairie, on indique qu’elle « ouvrira lundi », contrairement à l’école maternelle délocalisée dans un préfabriqué près du terrain de sport.

« Encore faut-il savoir combien il y aura d’élèves », glisse Gérard, un habitant, qui trouve ses concitoyens parents d’élèves « très inquiets, d’autant que les résultats des analyses ne sont pas très explicites ».

« L’école à la maison » pour écarter le danger

La désertification scolaire n’est cependant pas pour tout de suite. Car, à quelques kilomètres de là, à Lastours, Cindy Morel n’a pas obtenu de dérogation. Ses deux aînés, Lucas et Benoît, font partie des premiers cas de surexposition détectés en juin. C’est décidé, Léa, la petite dernière qui aura trois ans en décembre, ne prendra pas le même chemin. « J’avais trouvé une école en amont, à 18 km, quitte à faire les trajets et à payer la cantine plus cher mais on m’a rappelée quatre jours après pour me dire que les élus de l’intercommunalité refusaient », raconte la mère de famille qui connaît deux autres mamans dans son cas. Finalement, elle s’est renseignée avec son mari : pour Léa, ce sera « l’école à la maison ».

Max Brail, le maire de Lastours, prend acte en bougonnant. Dans son village, situé en dessous d’un dépôt minier, seule la cour de l’école a été submergée. En avril 2019, il a pris sur lui de faire analyser le sol et de révéler la pollution à la population. Maintenant, il ne tergiverse plus :

On a décaissé la cour sur 25 cm et goudronné provisoirement par-dessus. Ça a coûté 8.000 euros au budget communal et on est prêt pour la rentrée scolaire »

« S’il y a des gens qui ne pas sont sûrs, il faut qu’ils partent ! », râle aussi celui qui, au fond, comprend « tout à fait l’inquiétude des parents ».

Des élus écartelés

Mais la tâche n’est pas facile. Quand Max Brail nettoyait sa cour dans son coin, on lui reprochait d’affoler les foules. Maintenant, certains lui reprocheraient presque d’ouvrir l’école… Il est écartelé mais surtout remonté contre « le deux poids deux mesures ». « Nous, dit-il, on a besoin de pouvoir faire des analyses sur toute la population, d’être rassurés, d’avoir un vrai suivi sanitaire et surtout un vaste plan de dépollution. » Il voit de loin que « des sommes considérables » sont « rapidement et légitimement réunies » pour dépolluer les écoles « plombées » par l’incendie de Notre-Dame de Paris et se dit que l’Aude est décidément bien loin de la capitale.

La vallée de l’Orbiel n’est pas au bout de ses peines, loin de là, car il n’y a pas que l’état des écoles qui inquiète. Stéphanie*, a priori n’est pas concernée. Sa maison de Conques-sur-Orbiel est sur les hauteurs, la famille n’a ni puits, ni potager, et ses enfants de 19 mois et trois ans vont à la crèche dans un autre village. Pourtant, leur taux d’arsenic est plus qu’anormal. « Mes enfants ont sûrement été empoisonnés par l’air, les poussières… Nous ne voyons que ça », conclut la mère de famille. Elle n’a reçu ni courrier, ni coup de fil depuis que les résultats des analyses de ses petits sont tombés.

* Le prénom a été modifié

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