Au Québec, dix présentatrices météo ne sont pas épargnées par le harcèlement.
Dix présentatrices météo du Québec reçoivent depuis des années des lettres d’insultes « qui semblent provenir du même individu ». La police de Montréal a reconnu « des erreurs » dans la gestion de cette affaire, notamment en omettant d’informer les présentatrices qu’elles n’étaient pas seules à recevoir ces courriers.
Il aura fallu des années. Des années d’insultes, de menaces de mort, de menaces de viols et de courriers odieux, sans aucun écho. Ce n’est qu’après une longue enquête menée par l’émission JE, diffusée sur le réseau TVA, que les services de police du Québec ont finalement réagi. Selon nos collègues d’outre-Atlantique, dix présentatrices météo de cette province canadienne reçoivent, depuis des années, des lettres d’insultes qui semblent provenir d’un même individu. Les premiers faits remonteraient à sept ans, sans qu’aucune interpellation n’ait eu lieu.
Ces présentatrices travaillent pour Radio Canada, TVA Nouvelles ou Météo Média, mais elles partagent toutes la triste particularité d’être la cible de courriers très agressifs. « Tu joues avec le feu conasse, vais te régler ton compte dans pas grand temps, esti de pute. » Ou encore : « Incurable pute, greluche, poufiasse, bonne à rien. » Tels sont les types de messages que reçoivent ces dix femmes depuis des années. À ces insultes s’ajoutent des menaces de mort : « La prochaine fois, c’est une bombe que tu vas recevoir », est-il écrit dans un courrier rapporté par nos confrères.
Elles pensaient être seules.
Ces propos choquants et traumatisants affectent toutes ces femmes, dont le visage est connu de millions de téléspectateurs. Pendant longtemps, les présentatrices météo québécoises ignoraient qu’elles n’étaient pas seules à recevoir ces lettres effroyables.
Selon l’émission JE, ces lettres sont rédigées à l’aide d’un ordinateur, rendant impossible l’analyse de l’écriture de l’auteur. Cependant, l’adresse sur les enveloppes est toujours écrite à la main. La graphologie pourrait ainsi aider les enquêteurs à identifier le coupable. Une experte, interrogée par nos confrères, a confirmé qu’elle n’avait « aucun doute » et que l’écriture était bien celle d’un même individu.
Les années passent, les plaintes s’accumulent et les courriers continuent d’affluer. « L’enquête ne semble pas avancer », déclare Félix Séguin, l’auteur de ce reportage. Bien soutenues par leurs employeurs, les présentatrices avouent mal vivre cette pluie incessante de courriers. « J’étais plus capable de rester seule à la maison. Oui, j’ai peur », a témoigné Émilie Brassard, l’une des présentatrices concernées. Une autre a même eu recours à une escorte.
La police admet des « erreurs ».
La SPVM, la police de Montréal, déjà critiquée pour de nombreuses plaintes, n’a pour l’heure arrêté aucun suspect. Elle fait l’objet de critiques ouvertes pour son manque de réactivité, mais n’a pas souhaité répondre aux questions de nos collègues. Elle a simplement précisé que « des multiples techniques d’enquête ont été déployées », sans pour autant permettre d’identifier un suspect. Ce vendredi, elle a cependant reconnu « des erreurs », par la voix de l’inspecteur-chef David Shane, invité sur la chaîne LCN, notamment en négligeant de dire aux présentatrices météo qu’elles n’étaient pas seules à recevoir ces courriers. Cette médiatisation a par ailleurs eu le mérite de mettre la pression pour faire avancer une enquête qui stagnait.

