Attentats du 13-Novembre : Au 101e jour du procès, les accusés appelés à s’expliquer sur cette nuit d’horreur

« On attend avec beaucoup d’impatience la semaine prochaine. Ne changez pas d’état d’esprit… » L’audition, mardi dernier, de Mohamed Abrini vient à peine de se terminer que le président de la cour d’assises spécialement composée, Jean-Louis Périès, ne peut s’empêcher de se projeter dans l’avenir. Quelques minutes auparavant, le Bruxellois a confié, à la surprise générale, qu’il « était prévu pour le 13 novembre », lui qui avait toujours affirmé qu’il n’avait fait qu’accompagner ses amis. Mais il n’en dira pas plus, l’audience du jour n’étant pas consacrée au déroulé des attentats. « Je parlerai de ça la semaine prochaine », promet-il toutefois. Ce mardi, donc. Au 101e jour du procès, et tout au long de la semaine, les accusés vont, en effet, être interrogés pour la première fois sur le déroulé de cette nuit cauchemardesque.

Jusqu’à présent, la cour s’était attachée à retracer chronologiquement toute la période précédant les attentats, de leur planification, avec les voyages en Syrie de différents accusés, à leur préparation – rapatriement des commandos, achat de matériel, location de planques… –, en passant par les relations des uns avec les autres. Place désormais au scénario de cette soirée. Car, malgré cinq ans d’instruction, des milliers d’expertises, des dizaines d’auditions, de nombreuses questions restent en suspens. Comment se sont organisés les différents commandos ? Quid de cet attentat dans le 18e arrondissement, revendiqué par l’Etat islamique, mais non perpétré ? Quel était le rôle exact de Salah Abdeslam, dont l’interrogatoire est prévu sur deux jours, mercredi et jeudi ?

Le rôle d’Abdeslam au cœur des interrogations

Depuis le début du procès, le dernier membre encore en vie des commandos du 13-Novembre est sorti du mutisme dans lequel il s’était enfermé pendant l’instruction, mais choisit précisément les éléments qu’il souhaite apporter à la cour. Ainsi, s’il reconnaît avoir convoyé certains des terroristes, il affirme qu’il ignorait tout du projet mortifère qui les ramenait en Europe, ou même de leur statut de combattant lorsqu’ils se trouvaient en Syrie. S’il s’est défini, au premier jour du procès, comme un « combattant de l’État islamique » – « on a visé la population, des civils », a-t-il reconnu sans détour quelques jours plus tard – il a, à plusieurs reprises, tenté de se dépeindre comme un repenti.

« Quand on est en prison, à l’isolement 24 heures sur 24, en vérité on se dit : « Est-ce que j’ai bien fait de faire marche arrière ou est-ce que j’aurais dû aller jusqu’au bout ? » On se dit : « J’aurais dû l’enclencher ce truc ! » », a-t-il déclaré en février, suggérant ainsi avoir renoncé à activer sa ceinture explosive. Un point sur lequel l’accusation est très circonspecte, plusieurs expertises ayant mis en lumière que la ceinture était défectueuse. C’est toute l’ambivalence de sa ligne de défense : ne pas désavouer ceux qu’il considère comme ses frères d’armes, tout en ne reconnaissant que les faits pour lesquels il existe des éléments matériels. Aux questions les plus gênantes – y compris lorsqu’elles sont posées par ses propres avocats –, il oppose une fin de non-recevoir. « La vérité sera établie le jour de la résurrection », lâche-t-il après une question de son conseil, Me Olivia Ronen. « Ça peut faire long. Et nous, on a une échéance le 24 juin », regrette cette dernière.

Droit au silence

Qu’en sera-t-il également du positionnement des autres accusés ? Osama Krayem, Sofien Ayari ou encore Mohamed Bakkali ont, à plusieurs reprises, fait valoir leur droit au silence. « À aucun moment, ce n’est un manque de respect envers la cour », a déclaré ce dernier, estimant seulement que ses réponses ne pourraient satisfaire la cour ou les parties civiles. Mais quiconque a l’habitude des salles d’audience sait que le scénario n’est jamais écrit d’avance et que le positionnement d’un jour n’est pas forcément celui du lendemain.