Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : « J’ai du mal à accepter ces accusations », insiste l’un des accusés au procès de l’assassinat du père Hamel

A la cour d’assises spécialement composée, à Paris,

Il est assis là, presque impassible, le regard fixe, les épaules légèrement voûtées, à écouter le président de la cour d’assises spécialement composée retracer cette journée du 26 juillet 2016 où sa vie a basculé. Ce matin-là, Guy Coponet assistait avec sa femme, Jeanine, à une messe célébrée par le père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray lorsque deux terroristes ont fait irruption, poignardant le prêtre et le blessant très grièvement. Il avait 87 ans, il en a désormais 92. « Si ceux qui sont responsables pouvaient demander pardon à tous ceux à qui ils ont fait de la peine, je pense qu’on aurait gagné notre journée », confie quelques minutes avant l’ouverture du procès cet homme très pieux qui garde, posé sur son pupitre, une photo de sa compagne, décédée en avril dernier des suites d’une longue maladie.

Les deux assaillants ont été abattus sur le parvis de l’église mais trois hommes sont jugés pendant quatre semaines pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle », soupçonnés d’avoir apporté une aide aux terroristes ou d’avoir eu connaissance du projet mortifère. Un quatrième, Rachid Kassim, soupçonné d’avoir téléguidé l’attentat, est jugé par défaut, probablement décédé en Syrie, en 2017. Mais ce lundi, alors que la cour se penchait sur le parcours des accusés, il n’a nullement été question de pardon ainsi que l’espérait Guy Coponet.

« Il est trop lourd à porter ce costume »

« Il est trop lourd à porter ce costume, j’ai du mal à accepter ces accusations », insiste Farid Khelil, 36 ans. Cheveux tirés en une courte queue de cheval, moulé dans un pull gris, ce Nancéien nie fermement les faits qui lui sont reprochés. Jamais il ne s’est douté des intentions mortifères de son cousin, Abdel-Malik Petitjean. De même qu’il conteste avoir envisagé de partir en Syrie avec ce dernier et un de ses co-accusés, Jean-Philippe Jean-Louis. A l’en croire, il connaissait mal son jeune cousin, de 11 ans son cadet. « Je l’ai vu quand il était tout petit mais comme ils ont déménagé très loin [en Savoie], je ne le voyais pas. Je l’ai revu pour l’enterrement d’un oncle en janvier 2016. »

Farid Khelil l’a pourtant hébergé début juillet 2016, moins d’un mois avant l’attaque. « S’il revient chez vous, il y a une sympathie », insiste le président, Franck Zentiara. « Il n’y avait pas d’animosité », rétorque simplement l’accusé. La veille de l’attentat, le terroriste lui a néanmoins confié dans un message qu’il « prévoyait de faire quelque chose », « un boum crack badaboum », selon ses mots. Lui, affirme n’avoir pas pris au sérieux ce message puéril. Quid également de ces SMS envoyés après l’attaque dans lequel il fait part de son intention de « venger » son cousin ?

« Vous étiez dépressif ? »

Agrippé au micro, ce chauffeur routier affirme n’avoir jamais eu de pratique religieuse. « Je n’ai jamais pratiqué », insiste-t-il, affirmant d’ailleurs que son père le lui reprochait régulièrement. A l’inverse, ce père de trois enfants, divorcé, raconte une vie dissolue, qui tournait principalement autour de ses nombreuses conquêtes, tant féminines que masculines, des jeux vidéo et des joints qu’il fumait en grand nombre. Un parcours bien différent de celui de Yassine Sebaihia, volumineuse chevelure frisée, petites lunettes à fine monture, à ses côtés dans le box.

En juin 2016, cet étudiant en BTS alors âgé de 22 ans, vient de lâcher ses études, peine à trouver un boulot, se sépare de sa copine. Il a alors le sentiment qu’on lui a « jeté un sort ». « Vous étiez dépressif ? », interroge le magistrat. « Je n’ai pas mis des mots sur ce que je ressentais mais ça n’allait pas. » Lui qui ne s’est jamais vraiment préoccupé de la religion, n’appréciant guère suivre son père à la mosquée, s’y intéresse alors. Essentiellement en s’informant sur YouTube ou en suivant plusieurs chaînes Telegram de jeunes ouvertement radicalisés. A commencer par celle d’Adel Kermiche, le second assaillant de l’attentat.

Est-ce pour cette raison qu’il fait un aller-retour à Saint-Etienne-du Rouvray, moins de 48 heures avant l’attentat ? Arrivé le 24 juillet 2016 dans la soirée, il repart précipitamment le lendemain aux aurores. Tout au long de l’instruction, il a nié avoir perçu les intentions mortifères des terroristes, affirmant qu’il pensait simplement participer à un stage de religion et n’a pas accroché avec les deux hommes. Des faits sur lesquels le jeune homme, qui a repris des études de comptabilité en prison, sera longuement amené à s’expliquer dans les semaines à venir. Le verdict est attendu le 9 mars