Attentat à Conflans : Les liens entre le terroriste et un parent d’élève au cœur des investigations

Une pancarte Je suis Samuel, devant le collège de Conflans. — BERTRAND GUAY / AFP

  • S’il n’était pas fiché pour radicalisation, les proches d’Abdoullakh Anzorov ont confié en garde à vue avoir vu son comportement changer depuis plusieurs mois.
  • Aux yeux d’une source proche de l’enquête, son geste était prémédité.
  • Les enquêteurs cherchent à savoir quel lien le terroriste a pu entretenir avec le parent d’élève à l’origine de la polémique.

Tout est parti d’un banal incident en cours, comme l’éducation nationale en gère par centaines tout au long de l’année. Lundi 5 octobre, Samuel Paty aborde avec ses élèves de 4e du collège des Bois d’Aulne, à Conflans-Saint-Honorine (Yvelines), la question de la liberté d’expression dans le cadre d’un cours d’éducation morale et civique. Un cours qu’il dispense depuis plusieurs années, selon le témoignage d’anciens élèves, et au cours duquel il présente des caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo. Pour ne pas choquer les élèves musulmans, il leur propose de fermer les yeux, de détourner le regard ou de sortir quelques instants avec l’accompagnante d’un élève en situation de handicap.

Comment ce cours, classique par son contenu, a-t-il pris une telle dimension tragique ? Pourquoi, onze jours plus tard, Abdoullakh Anzorov, un Tchétchène de 18 ans, arrivé en France à l’âge de 6 ans, a-t-il  décapité ce professeur ? Et ce, alors même que l’assaillant, qui résidait à Evreux, n’a jamais été scolarisé dans cet établissement et ne connaissait pas Samuel Paty. Contrairement à de nombreux attentats – à l’instar de celui commis trois semaines auparavant devant les anciens locaux de Charlie Hebdo –, le terroriste n’a pourtant pas frappé au hasard.

Des collégiens payés pour désigner Samuel Paty

Abdoullakh Anzorov cherchait Samuel Paty, dont il avait entendu parler, selon les premiers éléments de l’enquête, sur les réseaux sociaux mais dont il ne connaissait pas le visage. Pour le reconnaître, les enquêteurs de la sous-direction antiterroriste (Sdat) et du renseignement intérieur (DGSI) ont établi que le terroriste a payé des collégiens afin qu’ils désignent ce professeur, a appris 20 Minutes de source proche de l’enquête, confirmant une information du Monde. L’un des adoslescents est actuellement en garde à vue – comme dix autres personnes – même si rien n’indique, à ce stade, qu’il connaissait le funeste projet d’Anzorov.

La polémique autour du cours dispensé par ce professeur a débuté sur les réseaux sociaux le 7 octobre, après que Brahim C., le père d’une élève, a posté plusieurs messages et une première vidéo sur Facebook dans lesquels il somme les membres de sa communauté à faire exclure ce professeur, un « voyou », qui se vante « d’avoir fait la marche pour Charlie », insiste-t-il. S’il n’appelle pas à la violence, il donne son nom, celui de l’établissement scolaire et même son numéro de téléphone. Deux autres vidéos suivront, dont l’une faite avec Abdelhakim Sefrioui, militant fiché S pour sa radicalisation. Les deux hommes sont reçus par la principale de l’établissement mais refusent de rencontrer Samuel Paty, promettant d’organiser une manifestation devant l’établissement pour obtenir son licenciement. Le professeur a pourtant présenté ses excuses aux élèves, reconnaissant avoir été maladroit.

Une note du renseignement

Le 12 octobre, soit cinq jours avant l’attentat, les services du renseignement territorial se fendent d’une note sur la polémique, révélée par Libération et que 20 Minutes a pu consulter, mais affirment que la situation est en cours d’apaisement grâce au dialogue engagé par l’établissement. Les vidéos continuent pourtant de circuler, et Samuel Paty fait l’objet de menaces, notamment par téléphone. Brahim C – dont la note du renseignement affirme que la fille n’était pas en cours ce jour-là – porte plainte contre l’enseignant, à laquelle celui-ci répond par une plainte pour diffamation.

Quel rôle Brahim C. et Abdelhakim Sefrioui ont-ils joué dans le passage à l’acte ? Portent-ils uniquement une responsabilité morale ? Ou ont-ils été plus actifs qu’ils ne l’affirment ? Selon nos informations, les liens entre ces deux hommes et le tueur sont « toujours en cours d’approfondissement ». En garde à vue, tous deux nient toute implication, précise une source judiciaire.

La polémique, prétexte à l’attentat

Selon une source proche de l’enquête, si l’attentat, et notamment son mode opératoire, était sans nul doute « prémédité », la polémique autour de ce professeur a peut-être donné un prétexte à Abdoullakh Anzorov pour « passer à l’acte ». Fin août, l’assaillant avait publié sur son compte Twitter – le même sur lequel il a posté la photo de son crime – le montage vidéo d’un égorgement, révélait samedi Mediapart. Selon nos informations, si le terroriste n’était pas fiché, les investigations ont rapidement démontré que l’assaillant était radicalisé depuis au moins quelques mois, « voire un an ». Quelques minutes avant de passer à l’acte, l’homme s’est d’ailleurs arrêté pour prier.

En garde à vue, ses proches ont confié avoir noté des changements dans son comportement ces derniers temps, « une pratique plus rigoriste » de l’islam, précise une source judiciaire. Deux de ses amis se sont présentés d’eux-mêmes aux forces de l’ordre le lendemain de l’attentat. L’un d’eux, selon nos informations, a expliqué avoir déposé le terroriste vendredi en début d’après-midi près de Conflans-Saint-Honorine. Le second a indiqué aux enquêteurs avoir conduit Anzorov dans l’armurerie dans laquelle il a acheté deux couteaux et un pistolet de type Airsoft.

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