Attaque raciste contre des Kurdes : William M. également au centre de l’enquête sur un raid dans un camp de migrants

Accusé d’avoir tué trois Kurdes le 23 décembre à Paris, William M. est également soupçonné d’une attaque au sabre d’un camp de migrants un an plus tôt en décembre 2021. Un an plus tard, les investigations sur cette attaque « sont toujours en cours » et l’incompréhension des ONG qui avait suivi l’affaire demeure.

Quand se produit cette attaque dans le 12e arrondissement de Paris, le 8 décembre au matin, le sexagénaire au profil trouble est déjà connu de la justice. Condamné quatre ans plus tôt pour détention prohibée d’armes, il est également mis en examen pour l’agression au couteau de ses cambrioleurs en 2016, qui lui vaudra une peine de douze mois de prison avec sursis dont il a fait appel.

Long sabre

Ce matin de 2021, c’est armé d’un long sabre qu’il fait irruption dans les jardins de Bercy à Paris, où des migrants en mal d’hébergement ont établi leur campement. « C’était un parc où on avait installé des familles exilées et comme à chaque fois le campement avait grossi », se souvient auprès de l’AFP Nikolaï Pozner, de l’association Utopia56. « Des hommes seuls s’étaient installés un peu plus loin en pensant que la présence de familles leur apporterait une forme de sécurité ».

C’est toutefois à eux que William M. se serait attaqué ce matin-là, lacérant plusieurs tentes et blessant deux migrants, dont l’un grièvement, avant d’être maîtrisé par d’autres occupants du campement.

Les migrants en garde à vue

« Il avait fait semblant de faire son footing et d’un coup avait sorti un sabre. A travers les tentes, il a touché plusieurs personnes et s’en est pris à une personne qui faisait pipi debout, l’a frappée au dos et à la hanche », rapporte Cloé Chastel, qui était alors une responsable de l’association Aurore et avait recueilli de nombreux témoignages.

Peu après l’attaque, les forces de l’ordre interviennent et interpellent l’assaillant et quatre migrants, dont l’un des blessés. Tous seront placés en garde à vue pendant quarante-huit heures.

« Dans un premier temps, on peut comprendre qu’il fallait interpeller les personnes qui participaient à ce qui ressemblait à une rixe mais il a manqué le deuxième temps où on essaye de comprendre », estime M. Pozner, affirmant que les migrants n’ont été assistés d’aucun interprète.

Une obligation de quitter le territoire pour un témoin

Le parquet va, lui, changer son analyse. Si l’enquête préliminaire est ouverte le jour des faits pour « tentative d’homicide volontaire », l’information judiciaire qui lui succède deux jours plus tard vise, elle, des « violences avec arme, préméditation et à caractère raciste ».

C’est sous ce chef de poursuites, moins grave, que William M. est mis en examen le 10 décembre et placé en détention provisoire. Les quatre migrants arrêtés à ses côtés sont, eux, placés sous le statut intermédiaire de témoin assisté et l’un d’eux, un Marocain sans-papiers, se voit alors notifier une obligation de quitter le territoire français, au grand dam des ONG.

Des verbalisations le lendemain

Un autre épisode va provoquer leur émoi. Le lendemain de l’attaque, des associatifs se rassemblent au parc de Bercy en soutien à des migrants encore traumatisés. Ils voient alors arriver les forces de l’ordre qui les encerclent et vont verbaliser plusieurs d’entre eux pour « participation à une manifestation interdite sur la voie publique ».

« La réponse à laquelle on s’attendait, un peu naïvement, c’était qu’on nous envoie des travailleurs sociaux, des psychologues et on nous a envoyé des policiers », indique Paul Alauzy, de Médecins du Monde, qui était sur place ce soir-là et a été conduit, « sirène hurlante », au commissariat où il sera relâché une heure après.

C’est à l’expiration du délai maximal de sa détention provisoire que William M. avait été remis en liberté le 12 décembre dernier sous contrôle judiciaire, avec notamment l’interdiction de détenir une arme.