Assises de Bobigny : « La prison, je la mérite même si ce n’est pas facile »… Une femme jugée pour avoir commandité l’assassinat de son ex

Tribunal de grande instance de Bobigny. (Illustration) — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • Une mère de famille est soupçonnée d’avoir cherché à assassiner son ancien compagnon et père de leur enfant qu’elle accusait de violences.
  • Les six accusés pour assassinat et complicité encourent la réclusion criminelle à perpétuité. 
  • Le procès doit durer jusqu’au 16 avril.

A la cour d’assises à Bobigny,

A 18 ans, Amandine Soave s’imaginait avocate ou gardienne de la paix. « Pour aider mes concitoyens », insiste la trentenaire au teint clair, de longs cheveux bruns retenus par une tresse, derrière l’épaisse vitre du box des accusés de la cour d’assises de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Depuis mardi, elle est jugée pour avoir commandité l’assassinat de son ancien compagnon, le père de son fils, un soir d’août 2017. Le couple, déjà séparé depuis plusieurs années, se promenait dans la forêt de Bondy avec leur enfant alors âgé de 3 ans, lorsqu’un homme, tout de noir vêtu, a surgi de derrière les bosquets et tiré dans l’abdomen de la victime, désormais paraplégique.

Qui est habitué des tribunaux le sait pertinemment : il n’y a pas un profil type d’accusé, il suffit parfois de peu de choses pour que « Monsieur Tout-le-monde » se retrouve dans le box. Et cette affaire en est l’illustration. Cinq accusés comparaissent au côté d’Amandine Soave, parmi lesquels son père et son frère. « Ils m’ont suivi dans ma souffrance, ils ont été embarqués dans mon drame », souffle la jeune femme. Le premier est soupçonné de lui avoir donné de l’argent pour mettre à exécution son funeste projet, le second d’avoir joué les intermédiaires. Aucun des mis en cause dans ce dossier n’a de casier judiciaire, tous ou presque ont des enfants, étaient parfaitement insérés dans la société.

« Protéger la veuve et l’orphelin »

« C’est incompréhensible », souffle à la barre la mère de Rudy Poignet, des sanglots étranglés dans la gorge. Trois ans après, elle peine toujours à comprendre comment son fils, un ancien militaire qui a reconnu être le tireur, a pu adhérer à un tel projet criminel. « C’est quelqu’un qui est toujours très présent pour les autres, quand il fallait aider, c’était toujours lui », insiste-t-elle.

A quelques mètres d’elle, l’accusé, le regard rivé sur ses pieds, essuie ses larmes. Sa sœur veut croire que c’est justement – et paradoxalement – parce qu’il était aussi empathique qu’influençable, qu’il s’est retrouvé mêlé à cette affaire. Selon elle, il a accepté ce « contrat », négocié à 10.000 euros, parce qu’il était persuadé que la victime était un homme violent, notamment envers son fils. « Mon père m’a transmis cette volonté de protéger la veuve et l’orphelin », insiste-t-il.

Elle accuse son ex-mari de violences

Si Amandine Soave reconnaît avoir commandité l’assassinat de Jimmy C., 38 ans aujourd’hui, elle affirme avoir avant tout cherché à se libérer de son emprise et de sa violence. Devant l’enquêtrice de personnalité, elle s’est remémoré le premier coup de poing, porté au visage, un an après le début de leur relation. « Il m’a dit que c’était de ma faute, j’ai fini par m’excuser », lui confie-t-elle.

Au cours de leurs investigations, les enquêteurs ont retrouvé quatre mains courantes déposées par Amandine Soave entre avril et octobre 2016 ainsi que deux procédures pour des violences volontaires en 2014 et 2016. Sa grossesse, en 2014, n’a pas permis d’améliorer les choses, bien au contraire. « Jimmy voulait que j’avorte, pour la première fois je me suis opposée à lui », assure-t-elle d’une voix calme, presque détachée.

« Il sait que je suis en prison, il sait pourquoi »

Selon son récit, même s’ils n’habitaient plus ensemble, son ancien compagnon continue d’exercer des violences physiques et psychologiques à son encontre. Des violences dont leur fils aurait été témoin, assure-t-elle. Assis dans son fauteuil roulant, Jimmy C. semble agacé, il triture ses mains, dodeline de la tête : depuis le début de la journée, on a parfois le sentiment que c’est lui, le mis en cause.

Pourtant, si deux expertises ont conclu à une atténuation de la responsabilité d’Amandine Soave liée à cette relation toxique, aucun harcèlement téléphonique, violences récentes ou menaces à l’égard de ses nouveaux compagnons n’a été mis en lumière au moment des faits.

Cet été, il a obtenu la garde de leur fils, près de trois ans après que ce dernier a été témoin de sa tentative d’assassinat. Amandine Soave, en détention provisoire, n’a jamais demandé sa libération. « La prison, je la mérite, même si c’est pas facile tous les jours », insiste-t-elle. Si elle affirme aujourd’hui comprendre la gravité de son geste, estimant « que d’autres solutions étaient possibles », elle n’a pas présenté d’excuses à la victime, contrairement aux autres accusés. Elle encourt, comme ses complices, la réclusion criminelle à perpétuité.

2 partages