ASSE : Après l’ETG et Toulouse, Pascal Dupraz peut-il vraiment permettre aux Verts de se croire « imbattables » ?

Cheick Diabaté a peut-être chamboulé la carrière de Pascal Dupraz. En inscrivant un but décisif (3-2, 89e), dans les dernières secondes de la finale de la Coupe de France 2013, l’ex-attaquant bordelais a privé l’entraîneur haut-savoyard d’un prestigieux trophée, pour sa première saison dans l’élite avec Evian Thonon Gaillard. Huit ans et demi plus tard, on retrouve en effet Pascal Dupraz avec un palmarès vierge, à la tête d’une énième opération maintien, cette fois avec l’ASSE, actuelle lanterne rouge de Ligue 1.

Il faut dire qu’hormis ce joli parcours en Coupe de France, le « meneur d’hommes » reconnu, comme l’a qualifié Loïc Perrin mercredi lors de sa présentation devant la presse à Geoffroy-Guichard, ne s’est distingué que par des missions sauvetage. Celle qu’il vient de découvrir mercredi matin à L’Etrat est de taille : empêcher un club mythique, qui n’a remporté que 2 matchs sur 18, de quitter l’élite pour la première fois depuis 19 ans. Dès la saison 2012-2013, l’ancien directeur sportif de l’ETG, qui succédait alors sur le banc de touche à Pablo Correa, a permis à son club de cœur de se maintenir à l’avant-dernière journée (16e).

« On aurait été prêts à battre le Real Madrid »

Un avant-goût de ce qu’allait être la saison suivante, stressante jusqu’au bout pour le club haut-savoyard. 17e depuis quasiment quatre mois, l’ETG joue sa survie en Ligue 1 à la dernière journée à Sochaux (18e). Une défaite dans le Doubs permettrait aux Lionceaux d’Hervé Renard, sur une dynamique de folie, de se sauver. C’est là que Pascal Dupraz réussit un coup de maître, que nous détaille l’ex-attaquant de l’ETG Modou Sougou, titulaire le 17 mai 2014 pour ce choc tenant alors en haleine toute la L1.

A quelques semaines de la fin du championnat, le coach nous avait annoncé qu’il voulait qu’on se maintienne sur cette finale à Sochaux et pas avant. Il avait anticipé ce scénario et il nous assurait qu’il était hyper content que ça se joue là. Il nous avait tellement préparés psychologiquement pour ce match que même si ça avait été les joueurs du Real Madrid en face, on aurait été prêts à les battre. »

Avec un Daniel Wass galactique (doublé), l’ETG l’emporte facilement à Bonal (0-3), et reporte d’un an sa relégation, synonyme de départ de Pascal Dupraz. On le retrouve en mars 2016 pour son véritable prime en carrière jusque-là : une épopée de deux mois quasi mystique pour redresser un groupe toulousain donné pour mort, avec 10 points de retard sur le premier non relégable (il n’y avait alors pas de place de barragiste) à 10 journées de la fin.

En mai 2014, Pascal Dupraz avait permis à l'ETG de s'en sortir in extremis en Ligue 1, après une finale remportée à Sochaux (0-3).
En mai 2014, Pascal Dupraz avait permis à l’ETG de s’en sortir in extremis en Ligue 1, après une finale remportée à Sochaux (0-3). – SEBASTIEN BOZON / AFP

« Ses discours, ils m’ont fait grimper aux rideaux »

L’ex-milieu offensif du TFC Adrien Regattin garde un souvenir « fantastique » de sa courte collaboration avec l’intéressé : « Là, Saint-Etienne est un club malade, mais c’était bien pire pour nous à l’époque. On était au fond du trou, en plein dans une situation où on n’avait rien pour nous. Franchement, même nous joueurs, on pensait que c’était fini. Et puis Pascal est arrivé, et je me souviens de son premier discours énormissime dans notre vestiaire. Pendant une demi-heure, il a eu les mots justes en ne nous parlant que de la Ligue 1 et du fait qu’on était une bonne équipe. Il nous a vite redonné confiance et tout s’est enflammé ».

Un premier nul 1-1 à Marseille, au lendemain du malaise de Pascal Dupraz en plein entraînement « qui a soudé encore un peu plus le groupe », avant une masterclass contre Bordeaux dans un Stadium métamorphosé (4-0). Parallèlement à ces premiers résultats significatifs, « il met en place un cadre de vie » en excluant de l’équipe première le jeune Zinédine Machach, coupable de retards aux entraînements. Au final, le TFC signe plus de victoires sur les 10 dernières journées que sur les 28 précédentes avec Dominique Arribagé (5 contre 4), avec une apothéose le 14 mai 2016 à Angers, et l’heure de gloire de l’inattendu joker Yann Bodiger, auteur du (sublime) coup franc du maintien (2-3, 80e). Adrien Regattin revient sur cette folle soirée, indéniable plus grosse émotion sportive pour tout supporteur toulousain sur la dernière décennie.

Avec lui, on s’est sentis imbattables en fin de saison, même quand nous nous sommes retrouvés menés 2-1 à Angers à 20 minutes de la fin. Il a réussi un truc que peu de coachs auraient pu faire à ce moment-là. J’aime les entraîneurs cash comme lui, qui n’hésitent pas à secouer tout le monde. Ses discours, ils m’ont fait grimper aux rideaux et je n’avais qu’une envie derrière : me tuer sur le terrain. »

Il fait preuve de malice pour mobiliser Ben Yedder et Braithwaite

Il avait certes de « supers joueurs » dans l’effectif du TFC, comme Wissam Ben Yedder et Martin Braithwaite, mais il lui a fallu trouver une astuce pour associer et booster ces deux attaquants guère complices. L’intéressé avait ainsi révélé cette anecdote savoureuse l’an passé dans Le Parisien : « J’ai tenu à Wissam et Martin le même discours : « Tu es le meilleur joueur de l’équipe ». Ils ne se parlaient pas donc il n’y avait aucun risque qu’ils s’en aperçoivent. » « Ça, c’était du Pascal tout craché, se marre Adrien Regattin, qui partageait la ligne offensive avec Ben Yedder et Braithwaite. Il a toujours été très malin pour nous redonner confiance. »

Adrien Regattin a adoré ses deux mois passés avec Pascal Dupraz du côté du TFC.
Adrien Regattin a adoré ses deux mois passés avec Pascal Dupraz du côté du TFC. – Pascal Pavani / AFP

La « confiance » et la « psychologie », les leviers absolus visés par Pascal Dupraz dans ses différents défis. Dès sa première conférence de presse, mercredi à Sainté, il a remis ça : « J’ai la faiblesse de penser que j’ai des recettes pour que l’équipe aille mieux. Ici, c’est une place forte du football français. avec des supporteurs sans égal en France qu’il convient d’associer à cette recherche de rédemption. La plupart des joueurs de cet effectif, dans ce club gigantesque, sont très jeunes. Il faut se mettre à leur place : chaque fois qu’ils rentrent sur la pelouse, c’est un acte de courage, de bravoure ».

« Tu sens immédiatement que tu peux lui faire confiance »

Un discours qui peut difficilement déplaire à une équipe en proie au doute, avec une nouvelle série noire en cours de quatre revers de rang avant d’enchaîner un 32e de finale de Coupe de France dimanche à Lyon Duchère et la réception du FC Nantes trois jours plus tard en Ligue 1.

« Tu sens immédiatement que tu peux lui faire confiance, apprécie Modou Sougou. Sa connaissance de son groupe est exceptionnelle et quand il faut faire des choix courageux, il est toujours là. Et puis il sait vraiment comment toucher les joueurs et piquer notre orgueil. » Comme lors de cette causerie devenue presque aussi culte que Les Yeux dans les Bleus grâce à Canal +, avant Angers-Toulouse, à coup de « Moi, je vous aime » et de diffusion d’émouvants encouragements de la part des proches des joueurs.

L’après-Bodiger a été dur à gérer

Et les compétences du technicien Dupraz dans tout ça ? « Tout le monde le présente comme un meneur d’hommes mais Pascal n’est pas que ça, assure Adrien Regattin. Avec nous, il a parfois fait des ajustements tactiques majeurs à la mi-temps de certains matchs. »

Il n’empêche que depuis le coup de patte de Yann Bodiger, le Haut-Savoyard de 59 ans a vu sa hype tourner court : une 13e place avec le TFC en 2016-2017 pour sa seule saison complète sur un banc hors ETG (malgré une belle entame marquée par un succès 2-0 contre le PSG), puis un limogeage en janvier 2018, alors que Toulouse était en pleine dégringolade (19e).

« Ça peut être le coach parfait pour cette équipe en crise »

La dernière expérience de l’ex-consultant de Canal +, TF1, RMC et plus récemment Prime Video, n’a pas mieux tourné, loin de là, à Caen. Durant la saison 2019-2020 écourtée par le Covid-19, il fait certes passer en cinq mois le Stade Malherbe de la 17e à la 13e place de Ligue 2. Mais on est loin de la dimension héroïque des deux sauvetages dans l’élite évoqués précédemment. Et lorsqu’il a été licencié en mars dernier, le club normand (alors 14e), sombrait dangereusement au classement, loin de l’objectif Top 5 annoncé.

Le fameux tifo Tinder des Indians Tolosa, groupe de supporteurs du TFC, en l'honneur de l'entraîneur Pascal Dupraz, en août 2016 au Stadium de Toulouse.
Le fameux tifo Tinder des Indians Tolosa, groupe de supporteurs du TFC, en l’honneur de l’entraîneur Pascal Dupraz, en août 2016 au Stadium de Toulouse. – P. Pavani / AFP

« OK, il a été critiqué pour son passage à Caen, mais c’est à lui de se relancer comme Antoine Kombouaré a su le faire après ses échecs à Dijon et Toulouse, note Adrien Regattin. Ça peut être le coach parfait pour cette équipe stéphanoise en crise. » Après tout, les Magic Fans consacreront peut-être à Pascal Dupraz dans cinq mois un tifo Tinder répondant à l’amusant « It’s a match » des Indians Tolosa, en août 2016.