« Assassin’s Creed, Mirage » : « Le jeu est un retour aux sources », annonce le directeur d’Ubisoft Bordeaux

C’est l’effervescence au sein du bureau de Bordeaux du géant du jeu vidéo, Ubisoft. En pleine conception du prochain Assassin’s Creed, Mirage, les équipes s’apprêtent également à déménager, d’ici à 2024, dans de nouveaux locaux au sein du quartier Bastide-Niel. Avec 7.500 m2, ce nouveau studio sera le plus grand, en France, d’Ubisoft, implanté aussi à Paris, Lyon et Montpellier. 20 Minutes a interrogé le directeur du bureau bordelais d’Ubisoft, Julien Mayeux.

Votre studio d’Ubisoft s’occupe de la création de Mirage, le prochain Assassin’s Creed, comment cela se passe-t-il ?

D’abord il n’est pas fait qu’à Bordeaux, puisqu’on reproduit le schéma traditionnel d’Ubisoft, à savoir qu’on travaille en co-développement avec plusieurs studios, mais nous sommes le studio lead, et c’est une grande fierté. Assassin’s Creed est la plus grosse marque d’Ubisoft [le jeu s’est vendu à 200 millions d’exemplaires], et ce sera qui plus est le jeu du quinzième anniversaire. C’est un retour aux sources, puisque nous avons compilé tout ce qui pouvait représenter une certaine nostalgie pour les joueurs des premiers Assassin’s, la ville, le parcours… Les équipes sont dessus. Nous n’avons pas encore annoncé de date, mais nous aurons des choses à montrer très prochainement.

Vous dites qu’aujourd’hui, le jeu vidéo est le must pour reconstituer des décors historiques, pourquoi ?

Parce que nous avons un avantage par rapport au cinéma et aux séries, c’est l’interactivité. Un joueur a la liberté de se retourner, il est en totale immersion dans le décor. Mais cela représente aussi des contraintes, car il faut faire du très beau à 360 degrés. C’est encore plus vrai dans Assassin’s Creed, qui est la marque de l’Histoire chez nous. Nous avons traversé de nombreuses époques avec ce jeu. Pour cet opus, nous revenons au Moyen-Orient, à Bagdad, au IXe siècle, et pour cela nous travaillons avec beaucoup d’historiens. Nous avons en plus la chance de travailler avec un directeur artistique, Jean-Luc Sala, qui a vécu dans le croissant fertile, et qui a une très forte culture de cette région. Mais évidemment, nous faisons tout valider par nos experts. Et nous travaillons aussi avec des moteurs, comme Anvil pour Assassin’s, qui nous permettent de reconstituer de grands environnements, comme dans le précédent opus Valhalla auquel nous avions participé.

Il y a une véritable « french touch » dans le milieu du jeu vidéo, ce qui explique le succès des studios français, à quoi cela est-il dû ?

Nous avons de vrais atouts en France avec des écoles d’excellence, des secteurs comme la BD et l’animation qui sont proches de ce que l’on propose, tout cela constitue un terreau créatif et culturel sur lequel on peut s’appuyer. Et en même temps, nous possédons aussi parmi les meilleures écoles d’ingénieurs. L’industrie du jeu vidéo repose sur deux jambes la création et la tech. Enfin nous avons la chance, et nous le voyons à Bordeaux, d’avoir beaucoup de studios indépendants qui proposent énormément de contenus créatifs et innovants [il y a environ 700 studios de création en France]. C’est d’ailleurs en partie pour cela que nous sommes venus à Bordeaux.

Le marché du jeu vidéo est dynamique, mais parallèlement le milieu de la « tech » est en crise, quelles sont les perspectives ?

C’est un marché qui continue d’augmenter, car aujourd’hui tout le monde a dans sa poche de quoi jouer. C’est là-dessus que le jeu vidéo appuie sa croissance. Il est vrai qu’il y a des nouvelles un peu inquiétantes côté « tech », mais pour l’instant le jeu vidéo n’est pas touché. Notre positionnement est de faire, au milieu de contenus de plus en plus variés, de la qualité, voire de l’extrême qualité, pour pouvoir répondre à ce marché.

Ubisoft a récemment noué un partenariat pour le jeu « Lapin Crétins + Mario », est-ce que c’est une stratégie qui est amenée à se développer ?

L’industrie du jeu vidéo a toujours fait des marques dites « cross », mais la stratégie d’Ubisoft est plutôt de travailler sur nos marques propres, de continuer à les développer. Il se trouve que ce partenariat, réalisé avec notre studio de Paris, ne se refusait pas car Mario est la plus grande icône du jeu vidéo.

Quelles sont vos perspectives de recrutement pour votre studio bordelais ?

Lorsque nous sommes arrivés à Bordeaux, nous étions sur une perspective d’une centaine d’emplois. En trois ans, nous nous sommes retrouvés à 300 [les effectifs sont depuis passés à 420 personnes]… C’est compliqué de prévoir ces choses-là, car cela va dépendre en partie du succès de nos jeux.