Assassinat d’Alain Orsoni lors des funérailles de sa mère : fin du code d’honneur dans « le milieu corse » ?
L’assassinat d’Alain Orsoni, ex-chef du Front de libération nationale corse (FLNC), a eu lieu lundi à Vero, pendant les funérailles de sa mère. Le nouveau Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) a annoncé se saisir de l’affaire « au regard notamment de la qualité de la victime et de son appartenance au milieu corse ».

« Que se passe-t-il chez nous ? C’est inimaginable. » Ces mots de l’abbé Roger-Dominique Polge, rapportés à France 3 Via Stella après le tir, témoignent du choc ressenti suite à l’assassinat d’Alain Orsoni, figure du nationalisme corse, lundi dans le sud de la Corse. Exilé au Nicaragua depuis plusieurs années, cet homme d’affaires de 71 ans a été abattu alors qu’il assistait aux funérailles de sa mère dans son village ancestral de Vero.
Orsoni, ancien chef du Front de libération nationale corse (FLNC), a reçu une balle « en plein cœur » provenant d’un « tir à longue distance » avec une arme « probablement équipée d’une lunette », selon les déclarations du procureur d’Ajaccio. Cet assassinat semble indiquer une implication du grand banditisme.
« Un lieu sacré »
Un tir durant les obsèques : la scène est particulièrement sordide et évoque une fiction sur le crime organisé. « Il vient pour enterrer sa mère de 91 ans et on jette le corps du fils sur le cercueil de sa mère, c’est innommable, c’est ignoble », s’est indigné Jo Peraldi, proche de la victime et ancien chef du FLNC, cité par l’AFP.
« Les auteurs ont bravé un interdit et touché à un lieu sacré : le cimetière. C’est une première en Corse et cela suscite une émotion compréhensible », observe Frédéric Ploquin, journaliste d’investigation spécialiste du grand banditisme, coauteur avec Jo Peraldi de Confessions d’un patriote corse. Des services secrets français au FLNC (éd. Fayard). Il ajoute : « Cela ne relève pas d’un code d’honneur, mais du respect dû aux morts. »
« On peut imaginer un film avec Corleone, mais on n’est pas dans Le Parrain », commente Thierry Dominici, maître de conférences à l’université de Bordeaux et spécialiste de la Corse, dans les colonnes de 20 Minutes. « L’image du bandit d’honneur colle à la peau des Corses, même dans la littérature, mais cette “ mentale”, comme on dit dans le monde de la voyoucratie, n’existe pas ou n’a jamais existé. La réalité, c’est qu’en Corse, le grand banditisme se pratique désormais comme sur le continent : tout dépend des opportunités. »
Enterrement et mariage
L’opportunité s’est présentée lors des funérailles : Alain Orsoni, également ancien président du club de football de l’Athletic Club Ajaccio (ACA), venait d’arriver d’Amérique centrale la veille. « Un sniper, une balle en plein cœur : c’est une personne informée, qui sait qu’Alain Orsoni ne portait pas de gilet pare-balles. Cela donne l’image de quelque chose d’orchestré, d’organisé », indique Thierry Dominici. Pour lui, il n’est pas question de « valeurs corses » dans ce type d’assassinat. « La mafia, au sens premier du terme, est mondiale et a déjà agi ailleurs qu’en Corse lors d’enterrements », assure-t-il.
De plus, ce n’est pas la première fois que des figures corses sont tuées lors d’événements familiaux, comme François Santoni, un autre chef du FNLC, tué en 2001 par fusil-mitrailleur alors qu’il quittait le mariage d’un ami d’enfance. « Dans le cadre du grand banditisme, il n’y a pas de protocole, souligne Thierry Dominici. Ils sont prêts à tirer devant un aéroport, utiliser un sniper ou faire sauter une voiture. »
La mort à distance n’est pas non plus inédite sur l’île. En août 2023, David Taddei, 48 ans, un proche de Guy Orsoni, fils d’Alain Orsoni et lui-même incarcéré, a été tué à la sortie d’Ajaccio par un tir effectué à plus de 100 mètres. En 2011, Fabrice Vial, homme d’affaires riche, avait également été tué par un sniper sur son yacht dans la baie de Porto-Vecchio.
Le nouveau Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) a décidé de se saisir de l’affaire « au regard notamment de la qualité de la victime et de son appartenance au milieu corse ». « C’est la fin d’une époque », analyse Frédéric Ploquin. « On élimine une figure tutélaire, à l’ancienne, pour faire place à une nouvelle génération qui ne dit pas non au trafic de stupéfiants. »

