AS Monaco-OL : Comment Alexandre Lacazette s’est-il transformé en « grand frère » pour relancer son club ?

Un leader vocal quasiment aphone ? C’est la mésaventure qui accompagne Alexandre Lacazette depuis le début de sa saison avec l’Olympique Lyonnais. « Il a fallu fêter le retour à la maison », se marrait l’ancien Gunner, le 28 août dans le Canal Football Club, pour justifier sa voix éraillée. Après avoir inscrit, la semaine passée contre Angers (5-0), un 132e but personnel faisant de lui le troisième meilleur buteur de l’histoire de l’OL, Alexandre Lacazette n’a d’ailleurs pas pu commenter cette performance face aux médias, faute de cordes vocales opérationnelles.

A en croire ses partenaires, le leadership de l’attaquant de 31 ans n’en pâtit nullement cet été. « En plus d’être un buteur avec énormément de qualités, c’est quelqu’un qui parle beaucoup. Il est très important pour le collectif », indique Romain Faivre. « Alexandre est expérimenté et quand il me donne des conseils, je l’écoute forcément », souligne pour sa part Johann Lepenant. En quoi celui que le club surnomme « le Général Lacazette » s’est-il transformé en capitaine et guide d’un OL en quête de rebond ?

Alexandre Lacazette a profité de la réception d'Angers, la semaine passée, pour devenir le troisième meilleur buteur de l'histoire de l'OL.
Alexandre Lacazette a profité de la réception d’Angers, la semaine passée, pour devenir le troisième meilleur buteur de l’histoire de l’OL. – Laurent Cipriani/AP

« Il fait grandir nos jeunes »

Nouvel adjoint de Peter Bosz en charge des attaquants, Ludovic Giuly est épaté par l’apport dans le groupe d’Alexandre Lacazette (4 buts en Ligue 1), qui sera encore déterminant ce dimanche (20h45) à Monaco. Il se confie à 20 Minutes.

Alex prend son rôle à cœur en discutant beaucoup avec les jeunes à l’entraînement et dans le vestiaire. C’est un leader naturel et le grand frère à leurs yeux. Ils ont vu son parcours et ils sont demandeurs de conseils. Alex est donc un homme responsable et un capitaine heureux qui fait grandir nos jeunes. »

Douze ans avant Rayan Cherki, dont il est très proche, et Bradley Barcola, c’était à lui d’entrer en jeu pour dynamiter les ailes avec son club formateur. Il s’évertue donc à partager son expérience avec eux, comme Lisandro, Bastos, Briand et Gomis ont pu le faire avec lui durant ses premiers pas professionnels sous Claude Puel. Parfois perçu comme un buteur soliste au vu de ses carnages offensifs en Ligue 1 (des saisons à 27, 21 et 28 buts de 2014 à 2017), Alexandre Lacazette a clairement gagné en altruisme, voire en dévouement au collectif, durant ses cinq années à Arsenal (11 buts et 6 passes en moyenne par saison en PL).

Toute la rage du capitaine lyonnais, qui félicite ici Nicolas Tagliafico, après son but inscrit contre Troyes le mois dernier (4-1).
Toute la rage du capitaine lyonnais, qui félicite ici Nicolas Tagliafico, après son but inscrit contre Troyes le mois dernier (4-1). – JEFF PACHOUD

« Alex est un relais pour le coach »

Et passer de remplaçant régulier à capitaine des Gunners aux yeux de Mikel Arteta n’est pas rien. Ce nouveau statut obtenu en décembre 2021, qui se prolonge donc avec nettement plus de garanties à l’OL, s’accompagne d’une réflexion permanente sur le jeu qu’il partage avec le staff technique. Ludovic Giuly nous dévoile cela : « Quand un joueur entre dans la trentaine, il comprend mieux le football. Là, Alex est un relais pour le coach, il a soif d’apprendre le système de Peter. Honnêtement, à part Carles Puyol à Barcelone, je n’ai pas souvenir d’un joueur qui pose autant de questions au staff, et toutes en lien avec le terrain ». Dans une interview accordée à Free Ligue 1, l’intéressé détaille sa démarche accompagnant son brassard.

Mon rôle d’aider les partenaires sur le terrain s’est développé avec les années. Je me dis que si j’arrive un peu à comprendre le cheminement de tout le monde, ça sera peut-être plus facile d’aider mes coéquipiers pour leurs mouvements, ou même de les anticiper. »

Les 149 buts de Lacombe en ligne de mire

Une épatante réflexion-implication sur le jeu qu’Armand Garrido, formateur d’Alexandre Lacazette en U16 à l’OL, n’aurait pas prédit. « A l’époque, ce n’était pas quelqu’un qui venait à la pêche aux infos, se souvient-il. Il était plutôt discret dans le vestiaire et très respectueux du travail de ses formateurs. Son brassard aujourd’hui, c’est donc la preuve qu’il a beaucoup évolué. » Même son de cloche pour Enzo Reale, coéquipier de Lacazette dans les catégories jeunes de l’OL et dans les sélections U18, U19 et U20 : « A la base, Alex n’était pas quelqu’un qui discutait beaucoup. Il faisait le taf sur le terrain, et était toujours discret dans le groupe. Avec son vécu à Lyon et à Arsenal, on sent qu’il s’exprime désormais davantage ».

Tout comme son ami Corentin Tolisso, il a forcément une responsabilité dans le carton plein effectué par son équipe (4e) cette saison à domicile contre des mal classés (12 points sur 12), là où l’OL a si souvent gâché des occasions avec une mauvaise approche de ces rencontres peu clinquantes. « Son attitude et son état d’esprit parlent pour lui, insiste Ludovic Giuly. C’est Alex qui va déclencher des courses et le pressing de l’équipe. » Et ce sans oublier que la deuxième place de Bernard Lacombe (149 buts avec l’OL) n’est plus qu’à 16 unités. « Il est bien sûr au courant de tout ça, sourit Ludovic Giuly. Il y a des records à battre pour lui et c’est beau de voir comment il peut marquer l’histoire du club. C’est peut-être jouable d’aller chercher la deuxième place dès cette saison. » Quand on est un tel buteur, il y a des réflexes qui ne se perdent pas, brassard sur le bras ou non.