Arras : Soupçonné d’avoir tué un chat, un septuagénaire se retrouve devant le tribunal

Il s’appelait Nelson. Un chat blanc moitié birman, moitié siamois. Il sera au centre d’un procès qui se tiendra, mardi, au tribunal correctionnel d’Arras, dans le Pas-de-Calais. L’animal a été abattu au mois de mars, d’un coup de fusil, un dimanche après-midi. Un suspect de 71 ans, le voisin des propriétaires du chat, va devoir s’expliquer sur son geste, qu’il a reconnu devant les gendarmes.

Avec la nouvelle loi sur les actes de cruauté envers les animaux domestiques, les peines encourues ont augmenté. Depuis décembre 2021, l’article 521-1 du Code pénal prévoit cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende « lorsque les faits ont entraîné la mort de l’animal ». C’est un des premiers procès qui s’ouvre sous l’égide de cette législation.

« J’ai entendu le voisin énervé, puis un coup de feu »

L’affaire se noue dans un petit village de 400 habitants, près d’Arras. Un couple de quinquagénaires y a fondé son foyer il y a 32 ans. « Au départ de notre dernier enfant, nous avons souhaité acheter un chat pour nous tenir compagnie », raconte le mari à 20 Minutes. Rien de plus banal.

Mais la petite boule de poils se révèle d’une affection surdimensionnée. « On l’avait acheté bébé. On avait une relation très forte avec ce chat très câlin qui se comportait comme un chien », poursuit le propriétaire qui avait clôturé son jardin pour éviter qu’il ne se sauve.

« Il ne sautait pas mais il creusait », explique-t-il. Jusqu’au jour où Nelson a réussi à passer de l’autre côté du grillage. « J’ai entendu le voisin énervé, puis un coup de feu. J’ai compris ce qu’il s’était passé. » L’animal est retrouvé gisant dans l’herbe, tué net. Il avait quatre ans.

Violence aveugle envers les animaux domestiques

Plainte est déposée auprès de la gendarmerie qui ne tarde pas à appréhender le voisin, soupçonné d’avoir tiré. Un premier procès est programmé en mai, mais il sera reporté. Pour le couple effondré par la perte de ce compagnon, « ce procès doit servir de leçon pour dissuader quiconque de faire autant de mal gratuitement ».

« Ce dossier est symptomatique de la violence aveugle de certaines personnes envers les animaux domestiques, lesquels sont des êtres vivants doués de sensibilité, qui font partie intégrante d’une famille. Les maîtres de Nelson sont dans une grande peine », insiste l’avocate des victimes, Me Isabelle Terrin.

« Arrêter de minimiser les faits »

Cette militante pour la cause animale au sein de son association « Défense et dignité animales » voit, dans ce procès, le début d’une nouvelle ère judiciaire. « La sensibilité citoyenne concernant la souffrance animale s’est réveillée. La volonté populaire veut qu’on rende justice aux animaux », note-t-elle. Et de souligner qu’en 2021, « deux incarcérations avaient été prononcées pour des condamnés récidivistes » et « deux affaires similaires plaidées à Niort et Poitiers avaient coûté plus de 10.000 euros à chaque coupable ».

Dans cette affaire, elle réclame 2.500 euros au titre du préjudice affectif et que le mis en cause se voit enlever la garde de ses animaux. « Je sais bien que cette personne n’ira pas en prison, mais elle doit comprendre le mal qu’elle a fait et arrêter de minimiser les faits. »