Arras : Comment fonctionne l’unique foyer d’accueil pour les hommes violents

Une manifestation contre les violences faites aux femmes. — F.SCHEIBER / SIPA

  • Le Home des Rosati accueille des hommes violents depuis 2008 à Arras.
  • Plus de 700 auteurs y sont passés en 11 ans et le taux de récidive est de 13 %.
  • Ce dispositif doit être dupliqué partout en France dans le cadre du grenelles sur les violences conjugales.

Eviter aux victimes la double peine. Il existe à Arras, depuis onze ans, un foyer qui héberge les hommes coupables de violences conjugales : le Home des Rosati. Malgré des résultats encourageants en termes de prévention de la récidive, ce concept demeure à ce jour unique en France. Néanmoins, le principe d’éloigner les hommes violents plutôt que leurs victimes fait son chemin. Dupliquer le modèle arrageois sur le territoire est d’ailleurs une mesure évoquée dans le bilan du grenelle sur les violences conjugales.

En 2009, 20 Minutes avait consacré un reportage au Home des Rosati dix mois après son ouverture. A l’époque, il ne s’agissait que d’une expérimentation à l’initiative du procureur de la République, Luc Frémiot. Mais en moins d’un an, les résultats étaient déjà là : sur les 60 conjoints violents passés par le centre, un seul avait récidivé. « Aujourd’hui, ce sont 721 auteurs de violences qui ont séjourné au Home et le taux de récidive n’est que de 13 %. C’est toujours trop, mais c’est aussi beaucoup moins que la moyenne nationale qui tourne autour des 40 % », reconnaît Marie-Françoise Montel, en charge des solidarités communautaire à la communauté urbaine d’Arras.

Des volontaires âgés de 26 à 55 ans

Et c’est bien parce qu’il fonctionne que le mode de fonctionnement du Home des Rosati n’a pas changé depuis 2008. « Les hommes qui arrivent ici sont volontaires, et âgés en moyenne entre 26 et 55 ans. C’est une alternative au jugement en correctionnelle qui leur est proposée par le procureur », poursuit l’élue. Mais les places sont rares et leur nombre n’a pas augmenté en onze ans. « Le foyer peut héberger huit personnes pour des séjours de quatre semaines environ. Ce n’est pas une prison mais les hommes sont obligés de participer à la vie du lieu, effectuer les tâches ménagères et prendre leurs repas ensemble, cela constitue la partie suivi socio-éducatif du programme », explique Marie-Françoise Montel.

C’est le soir que se déroule le travail sur le comportement des agresseurs : « Le programme de responsabilisation se fait au Point d’accès au droit. C’est une sorte de thérapie au cours de laquelle les auteurs sont confrontés à ce qu’ils ont fait. Il s’agit pour eux de comprendre leur passage à l’acte et les conséquences », détaille l’élue. Cette partie est assurée par des psychologues et des éducateurs formés à travailler avec des personnes qui, lors de leur arrivée, sont souvent dans le déni ou la minimisation.

« Le grenelle peut contribuer à libérer la parole des victimes »

Si le chiffre de 721 hommes violents accueillis depuis 2008 peut sembler important, il n’est en fait qu’une goutte d’eau. « Pour entrer dans ce dispositif, il faut qu’il y ait une procédure judiciaire. Ce qui implique un dépôt de plainte de la part de la victime. Or, on sait très bien que beaucoup de femmes battues ne vont pas jusque-là », déplore Marie-Françoise Montel. Pour cette dernière, le grenelle peut contribuer à libérer la parole des victimes, ce qui implique une augmentation des moyens alloués à la prise en charge.

Le budget alloué au Home des Rosati est de 127.000 euros annuels, mais il n’est pas pérenne et doit faire l’objet d’appels à projets chaque année pour obtenir les subventions. « Marlène Schiappa nous a dit que l’Etat participait déjà beaucoup. Mais si notre dispositif devait être dupliqué partout en France comme ça a été évoqué lors du grenelle, il faudra bien dégager des fonds », insiste la vice-présidente de la communauté urbaine d’Arras.

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