Armée : La base aérienne d’Orange se prépare au service national
Dans le fond de la place d’armes de la base aérienne 115 d’Orange-Caritat dans le Vaucluse, trois cents jeunes, volontaires pour rejoindre l’armée de l’Air, vont intégrer la base d’Orange, par promotion de cent entre septembre et novembre 2026. Sur la période 2026-2030, le coût total du service national est estimé à 2,3 milliards d’euros, dont 1,4 milliard pour les infrastructures.
Dans le fond de la place d’armes de la base aérienne 115 d’Orange-Caritat, située dans le Vaucluse, des voix graves chantent La blanche hermine, un chant militaire datant de 1972. Les pas des jeunes sont cadencés et leurs regards restent droits malgré les rafales de Mistral. Au centre de la place, des jeunes adultes en treillis s’exercent au corps à corps, équipés de boucliers de frappe et d’armes en plastique rouge.
En septembre, cette base, qui abrite déjà le Centre de préparation opérationnel des combattants de l’armée de l’Air (CPOCAA), accueillera une partie des volontaires du service national, annoncé par Emmanuel Macron fin novembre. « On est prêts, on les attend », affirme la générale Valérie Godin, sous-directrice de la jeunesse et du recrutement de l’armée de l’Air et de l’Espace.
Destiné aux jeunes de 18 à 25 ans, avec ou sans diplôme, ce service militaire volontaire est rémunéré 800 euros brut et dure dix mois, comptabilisés comme une année de césure dans les études supérieures. « L’objectif de ce service est triple : renforcer le pacte armée-nation, renforcer la cohésion nationale en diffusant l’esprit de défense, mais aussi participer à la formation des jeunes », souligne la générale.
À la base d’Orange, trois cents jeunes volontaires intégreront cette formation, répartis en promotions de cent entre septembre et novembre 2026. Parallèlement, un autre groupe de trois cents volontaires sera formé à Evreux, en Normandie, avec pour objectif de former 2.000 jeunes sur six bases d’ici 2030.
« Au cours de cette période de formation, nous aborderons les fondamentaux du métier, notamment la pratique de l’armement, l’apprentissage du tir, les techniques d’interventions opérationnelles rapprochées, et les fondamentaux militaires tels que le port de l’uniforme et la présentation réglementaire… », précise le lieutenant-colonel Yann, commandant second du CPOCAA. « Il y a une dimension physique, de dépassement de soi, d’engagement et d’effort », ajoute-t-il.
Les recrues seront logées sur place dans des chambres de cinq personnes, non-mixtes, avec lit carré et murs de couleur jaune pastel. Les journées seront denses : lever à 6 heures, rassemblement pour la levée des couleurs, activités sportives, sessions d’apprentissage, fin de journée à 18 heures et couvre-feu à 22 heures. « On reprend des habitudes saines, qui peuvent différer de ce que les jeunes vivent dans la vie civile, mais rien de bien sorcier », sourit le lieutenant-colonel Yann.
Les téléphones portables seront interdits durant la première semaine, puis limités pour encourager la déconnexion numérique et « apprendre le vivre ensemble ». Un passage obligatoire chez le coiffeur est aussi prévu. Le personnel du CPOCAA est habitué à encadrer de nouveaux arrivants, avec 1.200 stagiaires qui se forment chaque année. Les équipes de formateurs, à créer, pourront s’appuyer sur des réservistes pour accompagner ces nouveaux aviateurs, qui représentent le grade le plus bas dans l’armée de l’Air et de l’Espace.
Après ce mois de formation, les volontaires intégreront un emploi pour les neuf mois restants, répartis selon les besoins des 27 bases aériennes en métropole et dans les territoires d’outre-mer. À Orange, une quarantaine de postes sont déjà identifiés dans divers domaines, du sport à la communication, en passant par la logistique, la mécanique ou les opérations aériennes.
Parmi les postes offerts, on trouve celui d’assistant au chenil occupé par Adrien, jeune volontaire de 19 ans, aux côtés du berger allemand Rex. « J’ai choisi un contrat d’un an renouvelable, je peux ensuite m’engager ou retourner dans le civil », précise-t-il, ayant découvert cette possibilité sur les réseaux sociaux. Un autre poste, celui d’opérateur de planification et de conduite des opérations aériennes, ou « marqueur », nécessite une formation d’un à deux mois au sein d’un escadron, en plus de la formation initiale d’un mois, comme le présente le capitaine Valentin, pilote de Rafale.
Déjà, 200 candidats se sont inscrits pour rejoindre l’armée de l’Air, souligne la générale Valérie Godin, qui insiste sur la sélectivité du service national. « Il y a une phase technique, avec une visite médicale et une enquête de sécurité, suivie d’un entretien avec le Centre d’information et de recrutement des forces armées [Cirfa] pour trouver un consensus entre les besoins de l’armée et les souhaits du volontaire », explique-t-elle. Ces différentes affectations nécessiteront la construction de bâtiments « sur la majorité des bases aériennes » pour accueillir les stagiaires, ajoute l’officier, mécanicien de formation. Le coût total du service national pour la période 2026-2030 est évalué à 2,3 milliards d’euros, dont 1,4 milliard pour les infrastructures.

