France

Ariane 6 : Lancement sécurisé par hélicoptères Fennec et missiles Mistral

Le sixième lancement d’Ariane 6 sera effectué jeudi depuis Kourou en Guyane, dans un créneau compris entre 17h45 et 18h13 (heure de Paris), et embarquera 32 satellites de la constellation Amazon Leo. Chaque tir d’Ariane donne lieu à un dispositif particulier de sûreté aérienne, intitulé « Mission Titan », qui peut être déclenché « jusqu’à quarante-huit heures avant le tir, en fonction de la configuration du lancement ».

Un lancement sous très haute protection. Jeudi, le sixième lancement d’Ariane 6, son premier de l’année, sera effectué depuis Kourou en Guyane, dans un créneau compris entre 17h45 et 18h13 (heure de Paris). Ce lancement emportera 32 satellites de la constellation Amazon Leo.

Considérant ce site comme stratégique, chaque tir de la fusée européenne se déroule dans un cadre très sécurisé, les trois armées créant une véritable « bulle de sécurité » autour du centre spatial guyanais, avant et pendant le lancement.

Hélicoptère Fennec durant le tir inaugural d'Ariane 6 à Kourou.
Hélicoptère Fennec durant le tir inaugural d’Ariane 6 à Kourou. - Armée de l’Air et de l’Espace

Un dispositif déclenché « jusqu’à quarante-huit heures à l’avance »

« Que ce soit en métropole ou en Outre-Mer, il existe, tout au long de l’année, une posture permanente de sûreté aérienne, qui repose sur des radars, des avions de chasse et des hélicoptères avec des tireurs embarqués », rappelle le colonel Hervé, de la Brigade aérienne de la Posture permanente de sûreté (BAPPS). Ce dispositif surveille l’ensemble du ciel français 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Lors d’événements sensibles, « nous renforçons ce dispositif, en créant des bulles de protection autour du site concerné, avec des zones de survol interdites, et en augmentant tous nos moyens de détection – avec des radars supplémentaires, des caméras infrarouges et des guetteurs à vue – ainsi que nos moyens d’intervention ». Ces mesures sont appelées les « DPSA », dispositifs particuliers de sûreté aérienne.

Chaque tir d’Ariane donne lieu à un DPSA, intitulé « Mission Titan », et assuré par les Forces armées en Guyane (FAG). Ce dispositif peut être déclenché « jusqu’à quarante-huit heures avant le tir, en fonction de la configuration du lancement », précise la lieutenant-colonel Julie, pilote d’hélicoptère, qui a déjà été affectée à la surveillance du centre de Kourou.

Deux hélicoptères, généralement des Fennec, avec tireurs embarqués, sont déployés depuis la base aérienne 367 de Cayenne. « Pendant tout le DPSA, les hélicoptères sont en alerte au sol, avec un préavis très court, poursuit la lieutenant-colonel Julie. Environ 30 minutes avant le départ de la fusée, ils sont en alerte en vol pour être encore plus réactifs. Ils se placent alors de chaque côté du centre spatial afin de pouvoir contrer la menace, d’où qu’elle vienne. »

Mesure ultime, des « tirs de destruction » pourraient être ordonnés

Le centre spatial et ses abords sont interdits de survol, et une zone de restriction s’étend jusqu’à 40 km autour. « La mission première des hélicoptères est d’abord de faire du renseignement, c’est-à-dire de détecter une potentielle menace le plus tôt possible, pour l’intercepter avant qu’elle ne pénètre dans les zones interdites », ajoute le colonel Hervé.

Si un intrus est détecté, il faut d’abord le caractériser. « Est-ce un aéronef civil, militaire ? A-t-il des emports sous les ailes ? Des caméras ? Nous interrogerions d’abord le pilote via la radio, et s’il ne répond pas, les hélicoptères iraient à sa rencontre pour lui faire passer des messages, notamment à l’aide de panneaux visuels », détaille le militaire. Si cela ne donne toujours rien, « nous pourrions le contraindre à se poser, voire effectuer des tirs de semonce, et, en dernier recours, des tirs de destruction, s’il se montrait vraiment hostile ».

Les tireurs embarqués à bord des hélicoptères sont équipés de fusils de précision, mais également de fusils brouilleurs dans le cadre de la lutte anti-drones (LAD). Au sol, des guetteurs à vue sont aussi armés de ces fusils brouilleurs. « Nous traitons tout le spectre de la menace aérienne, allant du mini-drone à l’aéronef volant jusqu’à une dizaine de kilomètres d’altitude ».

Renforcement du niveau de protection lors de tirs sensibles

Au sol, plusieurs batteries antiaériennes Mistral sont également déployées, cette fois-ci par l’armée de Terre. Intégrées dans la chaîne d’engagement, elles sont situées sur le site du centre spatial et autour. Ce système de très courte portée peut toucher des avions volant jusqu’à Mach 1,2, à des altitudes entre 10 m et 3 000 mètres, ainsi que des hélicoptères en mouvement ou en vol stationnaire. La Marine est également impliquée avec deux bâtiments en mer.

Déploiement d'une batterie sol-air de courte portée Mistral.
Déploiement d’une batterie sol-air de courte portée Mistral. - Ministère des Armées

Bien que tous les lancements de fusée à Kourou soient considérés comme sensibles et donc protégés, quelle que soit la charge utile embarquée par la fusée, « lors de lancements dits sensibles, comme avec des satellites militaires, nous pouvons renforcer le niveau de protection du centre spatial guyanais », ajoute le colonel Hervé.

« Nous faisons alors venir depuis la métropole des avions chasseurs, accompagnés par des avions ravitailleurs MRTT, et éventuellement un avion radar E3F [Awacs] », précise le colonel Hervé. Cela a été le cas lors du lancement inaugural d’Ariane 6, à travers l’opération Bubo 25, qui a vu trois avions Rafale compléter le dispositif Titan.

Quelques minutes après le décollage de la fusée, « le dispositif est levé, car nous considérons qu’il n’y a alors plus de menace aérienne pouvant l’atteindre ». Aucun incident de ce type n’a jusqu’ici perturbé les lancements d’Ariane.