Argentine – Arabie saoudite : Des larmes, de la honte et une envie de révolte pour les Argentins

De notre envoyé spécial à Doha,

Rarement on aura attendu autant de temps avant de voir les joueurs d’une équipe débarquer en zone mixte, et pourtant, on a l’habitude du Parc des Princes. A Lusail, l’attente valait le détour. D’un côté, la presse arabe était en délire, de l’autre, des journalistes argentins broyaient du noir. On a même surpris un confrère en train de pleurer, a priori un peu excessif pour une défaite en phase de poules de Coupe du monde, m’enfin bref, chacun se fera son avis sur la question. Après une heure et demie à compter les minutes en mastiquant nerveusement un chewing-gum jusqu’à la crampe maxillaire, les perdants du jour sont apparus en file indienne.

L’image est religieuse, presque funéraire. Les trois quarts des Argentins, tous de blanc vêtus, suivent le chemin imposé par le serpent de barrière dessiné dans la vaste salle sans dire un mot. L’ambiance est pesante, personne n’ose aborder personne, quiconque connaît les zones mixtes sait de toute manière que ces hommes blessés dans leur chair n’ont aucunement l’intention de s’arrêter. « Ça fait très mal », avait quand même eu le courage de déclarer Lautaro Martinez à la télévision argentine. Lionel Messi, qui a pris ses responsabilités de capitaine en s’arrêtant cinq bonnes minutes devant une montagne de journalistes assoiffés de déclas d’après-match, a tenu des propos similaires. « C’est un coup très dur. » Une dernière avec Scaloni ? « Aujourd’hui est un jour triste. »

L’unité et la solidité du groupe argentin à l’épreuve

On n’en doute pas la moindre seconde. Par ordre croissant d’importance : en perdant d’entrée contre l’Arabie saoudite, l’Argentine interrompt son quasi-record de matchs sans défaite (36, à une marche de l’Italie), inscrit son nom au Panthéon des défaites humiliantes d’entrée de Mondial et prend un train de retard dans la course à la qualification en 8es de finale et à la première place. Voilà qui promet un feu nourri de nos collègues « gauchos » et une belle ambiance insurrectionnelle comme en Russie en 2018, avec sans doute au milieu, une intervention pathétique du président de la Fédé pour inviter à l’union sacrée.

Il faudra au moins ça pour emmerder le Mexique au prochain match – ça, et revoir la règle du hors-jeu. « Maintenant, il ne nous reste plus qu’à se relever et gagner les deux prochains matchs », insiste Scaloni, qui ne veut pas laisser cette tache d’encre noircir un tableau encore immaculé quelques heures auparavant. « On était dans une bonne passe, on ne pouvait pas rêver mieux, c’est la réalité. Mais c’est comme ça. On sortait d’une belle série de victoires, mais on savait qu’elle allait s’arrêter un jour. » Il ne faudrait pas qu’elle laisse place à une série moins gaie. Autrement, le dernier Mondial de Lionel Messi pourrait tourner court.