France

Arcachon : Le maire ne sauve pas un « trésor » patrimonial immobilier

Le maire d’Arcachon, Yves Foulon, a été filmé en train de proférer des menaces envers un élu écologiste le jour du premier tour des municipales, déclarant : « si je pouvais vous coincer derrière les poubelles pour vous mettre une branlée » et « si je pouvais vous en… je le ferais ». L’association ASSA conteste la démolition quasi-complète de la villa Salesse, estimant que cela est illicite et a déposé une plainte pour démolition illicite.


L’agression verbale d’un élu écologiste par le maire d’Arcachon, en Gironde, le jour du premier tour des municipales, a suscité de vives réactions. La scène, filmée par un vidéaste en campagne avec l’opposant vert et révélée par Vakita mardi soir, montre le maire des Républicains proférer des menaces explicites dans un ton agressif : « si je pouvais vous coincer derrière les poubelles pour vous mettre une branlée » et « si je pouvais vous en… je le ferais ». Ce déchaînement de colère soulève des interrogations.

Yves Foulon, réélu dès le premier tour pour un cinquième mandat, a visé Vital Baude, affirmant que celui-ci avait « pendant cette élection municipale, dans son document de campagne, porté atteinte à ma vie privée en diffusant la photo et le nom de ma maison, permettant ainsi sa localisation », a expliqué l’élu des Républicains dans un post sur les réseaux sociaux mercredi. Quel est l’arrière-plan de cette polémique qui a provoqué une telle réaction chez le maire ?

### Une villa historique unique en son genre

La villa en question est la villa Salesse, édifiée en 1854 par le négociant Jean-Eugène Salesse. Située en front de mer, elle est aussi chargée d’histoire, ayant accueilli de célèbres artistes comme Marcel Duchamp, Coco Chanel, Leonor Fini, Gala et Salvador Dalí.

« Cette villa d’inspiration coloniale, avec ses façades ornées de colonnettes jointes par des lambrequins et ses lanterneaux, était tout à fait extraordinaire », explique Jacques Storelli, avocat et président de l’association ASSA (association de sauvegarde du site d’Arcachon). « C’était la dernière de ce type à Arcachon, deux autres ayant été détruites, et nous avons tenté en vain de préserver ce trésor. »

Jusqu’en 2021, la villa Salesse est restée dans la même famille avant d’être mise en vente. Elle était censée revenir au promoteur Pichet, mais la transaction n’a pas été conclue. Yves Foulon et son demi-frère Roger Padois, promoteurs, en ont finalement fait l’acquisition en vertu d’une clause de substitution. « Jusqu’à présent, ce n’est pas illégal, mais cette mairie s’est délivré elle-même un permis de construire, que nous avons contesté devant le tribunal », raconte Jacques Storelli. « Le permis a été modifié et a de nouveau été attaqué, mais le tribunal ne nous a malheureusement pas suivis, pas plus que la cour d’appel. » Le Conseil d’État, quant à lui, a été saisi trop tard, car la villa du XIXe siècle a déjà été détruite quand il a examiné le dossier. Il a alors prononcé une décision « d’omission à statuer. »

### Une plainte pour démolition illicite

Un premier permis, déposé par le maire et son demi-frère, concernait la démolition partielle d’un mur et de la toiture, mais finalement, tout a été détruit et une reconstruction est en cours. Or, la démolition presque totale ne correspond pas aux deux permis de construire déposés, selon l’ASSA, qui souligne la présence d’éléments remarquables selon le plan local d’urbanisme (PLU). Selon Jacques Storelli, la construction d’un étage, souhaitée par les deux frères, n’était pas envisageable avec les colonnettes trop fragiles. L’association ASSA envisage de déposer une plainte pour démolition illicite et potentiellement d’autres infractions qu’elle continue d’examiner.

Vital Baude, adhérent de l’ASSA, précise qu’il n’y a eu « aucune action commune sur ce dossier », soulignant que l’association est apolitique. Il estime que cette situation illustre « une confusion des genres qui met mal à l’aise, comme le montre les échanges entre le maire et Vital Baude. » Ce dernier, qui n’a pas pu être contacté par *20 Minutes*, a déclaré pendant la campagne qu’il n’aurait jamais détruit la villa ni délivré un permis de construire pour un projet privé, cherchant ainsi à se démarquer moralement de son adversaire politique.

Évidemment, la perte du patrimoine historique que représentait la villa est irréparable, mais l’association cherche à faire valoir ses droits. « Je pense que c’est une belle affaire immobilière : ils ont agrandi pour créer deux ensembles et je doute qu’ils occupent le nouveau logement, » souligne Jacques Storelli. « Ce sera vendu extrêmement cher. »

Le maire d’Arcachon, contacté par *20 Minutes*, n’a pas souhaité faire de commentaire sur cette affaire.