Après les manifestations des «gilets jaunes», les syndicats de police à la manœuvre pour négocier

Après plusieurs semaines de mobilisation, les policiers espèrent obtenir de la reconnaissance de la part du gouvernement (illustration) — THOMAS SAMSON/AFP

  • Des policiers anonymes ont appelé les agents à se rassembler, jeudi, sur les Champs-Elysées, pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail et le manque d’effectifs.
  • Mais contrairement à ce qu’il s’était passé en 2016, les syndicats de police sont redevenus légitimes, aux yeux de la base, pour négocier.
  • Ils sont reçus, ce mardi soir, par Christophe Castaner.

Après les « gilets jaunes », les gyros bleus ? Depuis quelques jours, un mystérieux message circule sur les réseaux sociaux. Il invite les policiers à manifester jeudi soir, devant le commissariat du 8e arrondissement de Paris, situé près des Champs-Elysées. Anonymes, ses auteurs dénoncent le faible pouvoir d’achat des agents, leurs « conditions de travail déplorables », le manque de reconnaissance de l’administration ainsi que la faiblesse des effectifs. La dernière fois que des agents se sont rassemblés sur la célèbre avenue parisienne pour exprimer leur « ras-le-bol général », c’était en 2016.

Environ 500 policiers, venus de toute l’Ile-de-France, s’étaient retrouvés, par une nuit d’octobre, près de l’Arc de Triomphe et avaient perturbé la circulation avant de se disperser. Cela s’était passé dix jours après la violente agression dont avaient été victimes quatre policiers, à Viry-Châtillon, dans l’Essonne. Deux d’entre eux avaient été gravement blessés après que leur véhicule a été la cible d’un jet de cocktail Molotov. Les mois qui ont suivi, les fonctionnaires avaient multiplié les manifestations un peu partout en France, organisées grâce aux réseaux sociaux et sans l’aide des syndicats.

Les syndicats à la manœuvre

Dans la foulée, une poignée de fonctionnaires avaient créé le MPC, Mouvement des policiers en colère. Cette association est-elle de nouveau derrière le rassemblement organisé jeudi ? « Nous savons que ce sont des collègues mais ignorons l’identité des organisateurs, ni comment la manifestation va se dérouler. Nous savons juste qu’il s’agit de policiers qui ne sont pas syndiqués », affirme à 20 Minutes Stéphane Lantz, membre de l’association. Cet officier de police judiciaire reconnaît néanmoins que d’autres membres du MPC seront présents jeudi soir à Paris.

En 2016, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, avait annoncé plusieurs mesures pour calmer la colère des policiers. Les syndicats, eux, « étaient à la remorque du mouvement », rappelle Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS. Deux ans plus tard, la situation semble différente. Les organisations syndicales, se faisant le relais des agents épuisés après un mois de mobilisation des « gilets jaunes », ont immédiatement brandi le spectre d’un mouvement social. « On observe qu’elles ont été, dès le premier jour, à la manœuvre », poursuit le chercheur, auteur du livre  De la police en démocratie (Grasset).

« Le gouvernement est dans une position de faiblesse »

Les syndicats semblent en effet avoir retrouvé de la légitimité aux yeux des agents. Preuve en est la participation record aux dernières élections professionnelles : 81,86 % contre 68,15 % en 2014. Unité-SGP police FO, arrivé en tête des suffrages au comité technique ministériel (CTM) du ministère de l’Intérieur, a été le premier à appeler les fonctionnaires à se mobiliser. « Nous avons été déçus par le peu de réponses apportées par le président de la République lors de son allocution télévisée », explique à 20 Minutes Eddy Sid, porte-parole du syndicat en Ile-de-France.

Et la fébrilité du gouvernement face aux gilets jaunes pourrait profiter aux syndicats, porteurs des doléances des policiers. « Le gouvernement, sait qu’il n’en a pas terminé avec ce mouvement. Il est dans une position de faiblesse », remarque Sébastian Roché. Car les forces de l’ordre, en protégeant au cours des dernières semaines, les sièges des institutions et en sécurisant les manifestations, « ont été les garants de l’état de droit », fait valoir le porte-parole d’Unité-SGP police FO. Et pourraient l’être encore dans les semaines qui viennent.

« Reconnaissance sociale du policier »

Une intersyndicale est reçue, ce mardi soir, place Beauvau, par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Les représentants de ces organisations espèrent obtenir, entre autres, une prime pour les agents, le paiement des heures supplémentaires, davantage de matériel, la rénovation des commissariats, le remplacement d’une partie de la flotte de véhicules qui se fait vieillissante. Mais aussi « l’ouverture d’un chantier sur la reconnaissance sociale du policier », souligne Eddy Si. Avant de prévenir : « Si nous ne sommes pas écoutés, nous ne nous interdirons rien en termes de mobilisation. »

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