France

Antonio Ferrara : « On n’a rien vu venir »… Deux ans après sa libération, la rechute du « roi de la belle »

Âgé de 51 ans, Antonio Ferrara en a passé près de 20 derrière les barreaux. Celui qui était surnommé « le roi de la belle » est sorti du centre pénitentiaire de Réau (Seine-et-Marne) en juillet 2022. L’ex-braqueur semblait alors profiter de cette liberté retrouvée : il a été aperçu en boîte de nuit, au concert du rappeur Rhoff à l’Accor Hôtel Arena, passant du temps avec sa femme et ses deux enfants.

« Nino » l’ignorait, ou alors feignait de le faire, mais il était discrètement suivi, depuis sa sortie de détention, par les policiers qui redoutaient de le voir à nouveau impliqué dans des affaires liées au banditisme. Et ils avaient vu juste. Jeudi matin, il a été interpellé en Belgique, « à la demande de la JIRS (Juridiction Interrégionale Spécialisée) de Paris », indique le parquet à 20 Minutes.

Ce délinquant chevronné est soupçonné, avec d’autres, d’avoir tenté de braquer un centre fort – un endroit où les banques stockent leurs avoirs – près de Dortmund, en Allemagne. Mais la mission ne s’est pas déroulée comme prévu. Les malfaiteurs ont été obligés de prendre la fuite à bord d’une puissance Porsche Macan rouge. Ils ont été poursuivis par la police alors qu’ils regagnaient leur planque à Eupen, dans l’est de la Belgique. Une fusillade a éclaté vers 7h30, a rapporté la presse locale. « Un membre de notre Direction des unités spéciales (DSU) a été blessé lors de l’intervention. Il a été renversé par un véhicule des suspects. Il a été transféré à l’hôpital, qu’il a pu quitter depuis », explique à 20 Minutes la police fédérale Belge.

Une équipe surveillée « pendant plus d’un an »

Huit autres personnes ont été interpellées au cours de l’opération. Trois autres personnes ont été interpellées ailleurs en Belgique. « Il y a eu des interpellations à Eupen et à Bruxelles, mais aussi des perquisitions effectuées en France à la suite à ces arrestations », a fait savoir à la presse le parquet de Bruxelles.

Parmi les hommes arrêtés, l’un des frères d’Antonio Ferrara et deux autres figures du grand banditisme, Kader Doumbia et Walid Tarsim. Selon nos informations, cette équipe de braqueurs a été surveillée « des centaines d’heures », « pendant plus d’un an » par les policiers de l’Oclco (Office centrale de lutte contre la criminalité organisée). « C’est en exploitant une autre commission rogatoire » que les enquêteurs de la police judiciaire « ont détecté la constitution de cette équipe », composée de « malfaiteurs aguerris ». « Dès lors, ils ne l’ont plus jamais quittée, jusqu’à ce dénouement remarquable », indique une source policière à 20 Minutes.

« Le criminel Antonio Ferrara vient d’être interpellé. Je remercie les policiers qui ont mené l’enquête et procédé à l’arrestation avec un très grand professionnalisme », s’est félicité le ministre de l’Intérieur français Bruno Retailleau sur son compte X, avant de saluer « les autorités belges pour leur coopération exemplaire ».

Antonio Ferrara a été condamné, en 2008, à dix-sept ans de réclusion par la cour d’assises de Paris pour son évasion spectaculaire de la prison de Fresnes en mars 2003. Une peine ramenée à douze ans en appel, deux ans plus tard. Il a aussi écopé, en 2003, de huit ans de prison pour le braquage d’une agence de la Société générale de Soisy-sur-Seine, et, en 2004, de huit autres pour une tentative de meurtre.

Mais son casier judiciaire n’est pas réellement à la hauteur de sa réputation de bandit. Il a été acquitté dans presque toutes les affaires de braquages que les policiers lui imputaient : l’attaque du Crédit Mutuel de Yerres en 1997, du bureau de poste de Joinville-le-Pont en 1999, d’un fourgon de la Brink’s à Gentilly en 2000, et d’un autre de la Valiance à Toulouse en 2001.

« On n’a rien vu venir »

Son avocat, Me Amar Bouaou, confie à 20 Minutes être « en état de choc », tout comme « sa famille, ses proches ». « Il n’y a rien qui laissait présager qu’il pouvait être impliqué dans ce type de faits », ajoute-t-il, précisant que « même s’il a été arrêté en flagrant délit, il reste présumé innocent ».

« On n’a rien senti, on n’a rien vu venir. J’étais régulièrement en contact avec lui, poursuit le pénaliste. Comme avocat, on a une certaine satisfaction à voir les clients se redresser en sortant de prison. Et ça fait très mal quand il y a une rechute. J’étais content du fait qu’il puisse changer de vie, qu’il vive normalement comme tout le monde. Il est dangereux au sens criminologique parce qu’il participe à des faits graves. Mais c’est une très belle personne. On était satisfait et là, c’est la déception, la tristesse. On est reparti, sans préjuger du dossier, pour une longue procédure judiciaire. »

« Prise de risque un peu insensée »

« Il y avait quand même eu une alerte, début 2023, lorsque des proches à lui, Abdelkrim Lho et Loïc Delière, avaient été arrêtés sur une attaque de fourgon en Allemagne. Mais comme il n’était pas dedans, on pensait qu’il était passé à autre chose », observe le journaliste Brendan Kemmet, coauteur, avec Matthieu Suc, du livre Antonio Ferrara, le roi de la belle*. Selon lui, cette affaire montre « que c’est toujours compliqué de se réinsérer quand on a été un grand voyou ».

« Comment vit-on quand on a fait dix-neuf ans de prison ? La difficulté, pour les gens dans ce milieu-là, c’est qu’ils sont amenés à fréquenter leurs anciens amis, ils sont valorisés par ce qu’ils ont fait, par l’image qu’ils ont. Parfois les tentations sont difficiles à combattre », poursuit-il, ajoutant que « Nino » est issu d’un « environnement très criminogène ». « Il a été l’un des premiers de cette génération issu des cités à sortir du lot et à côtoyer les grands voyous », souligne Brendan Kemmet qui ne comprend pas « cette prise de risque un peu insensée » de Ferrara qui savait pourtant « qu’il était surveillé ».

*« Antonio Ferrara, le roi de la belle », de Brendan Kemmet et Matthieu Suc, 2008, éditions du Cherche Midi, 420 pages, 19,90 euros.