Angleterre : « L’équipe est meilleure que celle du titre », Leicester peut-il (encore) réussir le braquage du siècle ?

Jamie Vardy et Azoye Perez, le duo déterminant de Leicester. — Alastair Grant/AP/SIPA

  • Titré à la surprise générale en 2016, Leicester occupe la 2e place de Premier League avec un bilan encore meilleur qu’à l’époque. 
  • Claude Puel, l’entraîneur stéphanois, est celui qui a rebâti les fondations tactiques des Foxes en changeant le style de jeu vers plus de possession. 
  • Les hommes de Brendan Rodgers semblent les mieux armés pour profiter d’un éventuel ralentissement de Liverpool pendant le Boxing Day. 

Quelques nouvelles de Leigh pour se mettre en jambes. Souvenez-vous. L’homme le plus inspiré du Royaume-Uni à l’été 2015. Une discussion alcoolisée avec les potes et un pari fou. Cinq livres sur le titre de Leicester, côté à 5.000/1 par les bookies du coin. On vous laisse faire la multiplication. Leigh, lui, fait le compte : « Une nouvelle voiture pour madame, une télé toute neuve, et des vacances au soleil. » La tradition s’est installée : ce charpentier de 39 ans lâche tous les ans un petit billet sur son équipe préférée en juillet dans la perspective d’un nouveau braquage.

Et pourquoi pas ? Les Foxes pointent à la 2e place du championnat avec 38 points en 16 journées et une différence de buts astronomique de +29. Trois points de plus que lors de l’année du miracle pour info, après une huitième victoire de rang sur la pelouse d’Aston Villa, série inédite dans l’histoire du club en Premier League. BIM.

« Il fallait une évolution de la mentalité des joueurs »

Ceux qui ont zyeuté la démonstration chez les Saints se sont peut-être déjà fait leur opinion. « Mouais onze derrière et Vardy lancé en profondeur on connaît la chanson, ils nous ressortent les vieilles recettes de papy Ranieri, ça peut pas marcher deux fois en si peu de temps ». Constat on ne peut plus biaisé. Car le Leicester actuel ne doit rien à la chatte à Claudio qui a parfois escorté le parcours héroïque des Foxes à l’époque. Non, Leicester est cette fois à sa place, et les résultats le fruit d’une transformation assumée. « Je suis arrivé trois mois après le titre. Le premier joueur que j’ai pris, c’est Wilfred Ndidi. Il était la clé de ma stratégie, explique Eduardio Macia, l’ancien boss du recrutement du club des Midlands. Il fallait une évolution de la mentalité des joueurs, et redonner du dynamisme à l’équipe pour qu’elle soit compétitive ».

Comprendre, pour ceux qui restent, qu’il faut digérer l’exploit d’une vie, le conte de fées improbable. « Les joueurs étaient marqués par cette aventure, la ville en ébullition totale pendant des semaines, se souvient Jacky Bonnevay, venu renforcer le staff de Claude Puel en début de saison passée. Quand on arrive après ça, qu’est ce qu’on peut faire de mieux ? C’est tout sauf confortable pour le staff qui prend le relais, on se fait tout sauf des amis ». Claude Puel, donc, puisqu’on en parle. Le coach actuel des Verts débarque à Leicester à l’automne 2017 pour un massage cardiaque en urgence. La vieille garde ne répond plus. malgré un beau parcours en Ligue des champions. Fidèle à ses habitudes, Puel ne fait pas de quartiers. Voilà comment il raconte son entretien d’embauche à notre collègue du Daily Mail venu l’interviewer la semaine dernière :

« Quand j’ai rencontré le propriétaire du club [le Thaïlandais Vichai Srivaddhanaprabha] et le directeur sportif [Jon Rudkin], la première chose que je leur ai dit, c’est que Leicester avait gagné le titre en pratiquant un style de jeu très direct, et que les équipes adverses s’étaient adaptées la saison d’après en ne laissant aucun espace derrière leur défense. Il fallait donc mettre en place une équipe capable d’évoluer en attaque placée, et que seulement cinq joueurs de l’effectif pouvaient s’y ajuster. Les autres n’avaient pas les capacités. Je pensais que je n’avais aucune chance après avoir dit ça. Mais une heure après, ils me rappelaient ».

Le travail de fond de Claude Puel

L’ancien entraîneur niçois dans son meilleur rôle, celui qui fait à la fois ses forces et ses limites. La suite peut s’écrire en fermant les yeux : Un jeu qui change petit à petit pour plus de maîtrise malgré les mauvaises volontés initiales, des jeunes prometteurs lancés par petites touches, des recrues pertinentes, mais des résistances fortes en interne et un scepticisme rapidement installé chez les supporters, sans parler de l’environnement médiatique. Jacky Bonnevay fait l’inventaire, en choisissant le verre à moitié plein, of course.

« L’instigateur de ce qui se passe à Leicester, c’est Claude Puel. Il est arrivé pour faire le travail ingrat. Régénérer un effectif qui avait réussi un tel exploit puis changer le style de jeu même s’il reste parfois des transitions, c’était un rôle difficile. » L’ancien adjoint de coach Vahid au Japon cite quelques exemples à dessein :

« Il a poussé dehors Christian Fuchs pour faire progresser Chilwell. Il s’est attiré les foudres de tout le monde, mais aujourd’hui le petit, il est international. Ricardo Pereira, qui a été élu joueur de l’année par les fans, c’est lui qui le fait venir. Soyunçu, qui est considéré comme un des très grands espoirs du championnat en défense, il va le chercher en Allemagne et lui dit  » Travaille, l’an prochain tu joueras « . Maddison, il va le chercher pour rien à Norwich. Choudhury, il le fait monter de l’académie. Sur le onze qui joue tout le temps cette saison, il y en a sept qui sont made in Puel ».

Un héritage pas toujours reconnu à sa juste valeur ? Les fans et le groupe doivent digérer la mort du boss du club, très proche de certains joueurs, dans un accident d’hélicoptère improbable au-dessus du stade un soir de match. Puel réagit avec dignité et discrétion, mais il ne peut rien contre le bruit de fond. « On fait un bon début de saison, et pourtant Claude est toujours en tête de liste de la sack race, le classement des parieurs sur le premier entraîneur à être viré. Dès qu’on perdait deux matchs ça repartait, on parlait de Henry, tout ça n’était pas très juste. »

Le couperet tombe en février, quand Puel choque jusqu’à Buckingham Palace en laissant Vardy sur le banc à Tottenham. Mais les bases sont solides. Brendan Rodgers hérite d’un groupe compétitif dont il sait se rapprocher plus facilement que le Français. « C’est un de mes regrets, reconnaît l’entraîneur des Vers dans le Daily Mail. Ne pas avoir eu assez de richesse dans mon langage pour exprimer ce que je voulais exprimer en anglais. » Notamment avec Jamie Vardy, l’idole intouchable.

« Des bons gars faciles à entraîner »

« C’est un top striker ! L’un des meilleurs buteurs que j’ai jamais vu dans ma carrière, le défend Eduardo Macia. Nous avons construit l’équipe considérant qu’il était notre joueur clé. C’est une des raisons pourquoi Rodgers fait du très bon travail. Son management interne à l’équipe est parfait. » Un petit tacle glissé involontaire dans les tibias de Puel, qui savait jouer dur sur l’homme. Personne n’a marqué plus que Vardy depuis que Rodgers est arrivé du Celtic. Vingt-trois pions en 23 matchs. «On a beaucoup exagéré les relations entre le staff et Vardy. Ce sont des bons gars faciles à entraîner, nuance Bonnevay. Je n’ai jamais vu de clash. Là-bas, la discipline et la motivation viennent toutes seules. En un an, je n’ai jamais vu personne arriver en retard à l’entraînement. Je continue à les regarder avec bienveillances et je les vois finir dans les quatre premiers sans problème. »

Cela paraît presque acquis, au regard de la saison cataclysmique d’Arsenal et des trous d’air d’une équipe de Manchester United en plein rajeunissement. Mais Leicester peut-il caresser le rêve d’un nouveau titre de champion, une prouesse comme on voit « tous les 20 ans au mieux », craignait Ranieri à l’époque ? Après tout, les Reds, sur la brèche depuis deux saisons, vont bien finir par tirer sur la corde, entre la C1, le Mondial des clubs, les trêves internationales. N’est-il pas Brendan ? Mouais bof.

Un titre de champion payé à 300 contre 1

« Je pense que personne ne nous attendait aussi près de la tête. Quand City a perdu le derby, une capture d’écran a tourné pour montrer à quel point Manchester City était loin de Liverpool [14 points], sans nous mentionner. Je respecte ça. On doit continuer à bien faire notre travail et améliorer notre niveau de performance ». Le discours attendu dans ces circonstances, sachant que Ranieri avait attendu avril pour parler du titre en 2016. Notre parieur fou Leigh est un peu plus optimiste : « L’equipe est meilleure que celle du titre, je pense que Leicester peut vraiment profiter d’un ralentissement de Liverpool ». Auquel cas notre bonhomme ne pourra pas faire des folies non plus. Le triomphe des Foxes était fixé à 300 contre 1 début août. Ça fera des deuxièmes vacances sympatoches quand même.

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