Altercation Hanouna-Boyard : « C’est un autre monde, mais il existe… » Ces politiques vont sur « TPMP » et ils racontent

C’est devenu l’un des passages privilégiés d’une partie de la classe politique. Dans son émission Touche pas à mon poste (TPMP), Cyril Hanouna invite régulièrement des élus pour évoquer des sujets de société ou des buzz médiatiques. Mais le show quotidien de C8, qui rassemble jusqu’à deux millions de téléspectateurs, s’accompagne régulièrement de controverses.

Jeudi dernier, les échanges entre l’animateur et le député insoumis Louis Boyard, ancien chroniqueur de l’émission, ont ainsi dégénéré en insultes, puis en plaintes judiciaires. Malgré les polémiques, les politiques continuent de se ruer sur le plateau de « Baba ». On leur a demandé de nous raconter pourquoi.

« Il n’y a pas de sous-public »

Les députés interrogés sont unanimes : ils vont dans TPMP pour toucher un large public, pas forcément intéressé par la politique. « Il faut parler à tout le monde. Il n’y a pas de sous-émission, pas de sous-public. On ne peut pas prétendre parler aux jeunes ou aux classes populaires et refuser d’aller dans les sphères médiatiques qu’ils côtoient », défend Maud Bregeon, députée des Hauts-de-Seine. La porte-parole du groupe Renaissance a accepté à plusieurs reprises les invitations de C8, pour parler du Covid-19 ou de la dissolution de Génération identitaire.

« J’ai remarqué qu’après mes passages dans TPMP, sur les marchés du nord de l’Yonne, les gens qui venaient me parler de l’émission n’étaient pas ceux qui regardent habituellement des chaînes d’info ou des débats classiques », abonde le député RN Julien Odoul. « Avant, il ne faisait que du divertissement. Mais Hanouna a pris une autre dimension ces dernières années en parlant de sujets de société, en amenant à la politique des gens qui ne s’y intéressaient pas », ajoute-t-il. Un sondage Ifop avait montré, en juin 2021, que Cyril Hanouna touchait via son talk-show un public plutôt jeune (moins de 35 ans), principalement des ouvriers, employés, artisans, commerçants, femmes au foyer ou inactifs.

« C’est un peu la jungle »

Mais aller dans TPMP, c’est aussi accepter l’omniprésence de Cyril Hanouna en maître du jeu, la possibilité d’être interrompu par une blague de Jean-Marie Bigard, ou celle de subir les foudres d’un des chroniqueurs – pas toujours chevronnés – autour de la table. Le tout, dans un temps limité. « On hésite toujours à y aller, car c’est une émission qui casse les codes. Je comprends que ce soit compliqué, c’est un talk-show, pas le lieu de la demi-mesure, où les raisonnements profonds n’ont pas leur place. Mais il faut y aller », assure Pierre-Henri Dumont. Le député Les Républicains du Pas-de-Calais est notamment venu pour parler du boycott de l’équipe de foot de l’Assemblée par LFI, dont il est capitaine, ou ce lundi sur l’affaire Louis Boyard. « Ça ne se prépare pas comme un BFM ou un CNews. Là, le timing est différent, c’est un peu la jungle. Il faut couper la parole pour se faire entendre, capter l’attention, être audible sur quelques secondes », ajoute-t-il.

« Il y a un côté show qui peut impressionner, et avec lequel il faut être au minimum à l’aise. Mais il faut y aller en étant soi-même, sans jouer de rôle, laisser les éléments de langage et les grandes circonvolutions au vestiaire », assure Maud Bregeon. Antoine Léaument, député LFI d’Essonne, y était récemment pour critiquer la « surmédiatisation » de la mort d’Elisabeth II. « J’avais critiqué le traitement de TPMP sur Twitter et on m’a invité. Quand j’ai parlé, l’un des chroniqueurs s’est montré agressif en se levant sur sa chaise. C’est comme une arène, j’étais seul contre huit, c’était plus un combat qu’un débat, dit-il. Toute position peut être vite caricaturée, les arguments pas toujours de fond. C’est difficile de se faire entendre dans le brouhaha, mais c’est le principe de l’émission. Et c’est utile, car ça permet d’avancer une ou deux idées à des gens qui n’ont pas forcément envie d’entendre ce que vous dites ».

« On dévalue le politique quand on cherche le buzz »

Et les critiques sur l’abaissement du débat public ? Balayées. Les dernières polémiques ne les empêcheront pas de retourner en plateau. « On a raison d’y aller quand on délivre un message, mais on dévalue le rôle du politique quand on va dans ce type d’émissions pour chercher le buzz, pour sa notoriété personnelle », avance Maud Bregeon, qui dit avoir déjà refusé certains sujets d’émission. Julien Odoul, lui, défend la liberté de parole du show. « Ceux qui font ce reproche à Hanouna ne le font pas à Quotidien [l’émission de TMC]. Eux nous suivent partout et font des montages malhonnêtes avec des bouts de phrase. Cela affaisse bien davantage le débat public », critique l’élu RN.

Pierre-Henri Dumont se fixe, lui, quelques règles : « Il faut avoir une distance, éviter la familiarité avec l’animateur et surjouer les marques de sérieux – le costume cravate, le vouvoiement ». L’élu assume ainsi être le seul député de droite à accepter les invitations de Cyril Hanouna. « C’est un autre monde, mais c’est un monde qui existe. Ceux qui se pincent le nez vont ensuite se plaindre de n’être connu par personne, ou de ne pas toucher les jeunes. Notre congrès pour élire le président du parti comptera 91.000 adhérents… Quel LR peut dire aujourd’hui qu’il va parler à 2 millions de personnes ? »