Alsace: Gries-Oberhoffen, l’ambitieux village du basket pro français

Avant de monter de N2 jusqu’en Pro B en trois ans, BC Gries-Oberhoffen avait déjà un bel outil avec sa Forest Arena de 1.300 places. — B. Poussard / 20 Minutes.

  • En huitièmes de Coupe de France de basket, trois clubs alsaciens, la SIG Strasbourg (Pro A), Souffelweyersheim (N1) et Gries-Oberhoffen (Pro B) restent en lice.
  • Promu en 2018 en Pro B, ce dernier, plus petit budget du monde professionnel dans un gros village de 2.800 habitants, reçoit l’ogre Nanterre 92 ce mardi (20h30).
  • Malgré ses allures de tout petit poucet, le BCGO est déjà bien parti pour s’installer au deuxième échelon français, avec une stratégie atypique et ambitieuse.

« Arrête, arrête ! Allez, dix pompes ! » Au bord du parquet, Ludovic Pouillart s’étrangle. Le jeu reprend, et le coach switche en anglais : « Come on buddy, stay focused ! » A six jours de recevoir le grand Nanterre 92 en huitième de finale de Coupe de France de basket ce mardi (20h30) dans sa cocotte de la Forest Arena, le BCGO, un des trois clubs alsaciens encore en lice, ne chôme pas.

« L’entraînement sera physique », avait prévenu un dirigeant bénévole à 20 Minutes. Mais à Gries-Oberhoffen, rien d’inhabituel. L’engagement et l’implication sont au cœur de la réussite du petit poucet du basket pro (et de loin). Tout juste monté en Pro B, il est déjà 6e et bien parti pour le maintien. Pourtant, Gries n’est qu’un bourg de 2.800 habitants, situé au milieu de la plaine bas-rhinoise.

Des Parisiens, des Américains et des Espagnols découvrent l’Alsace

Entre Strasbourg et Haguenau, la commune de la Basse-Zorn est plutôt typique. Les deux églises et les maisons à colombages riches en couleurs sautent aux yeux en arrivant. Mais il suffit de tourner dans les rues pour voir la spécificité locale : bon nombre de jardins de maison sont dotés de petits paniers de basket. Ce que n’a pas manqué de remarquer l’entraîneur à son arrivée en 2015 :

Le jour où j’ai signé, quand je suis allé acheter mon pain, tout le monde venait déjà me parler. Aujourd’hui, quand je vais chercher ma fille à la sortie de l’école, on vient discuter avec moi. Les gens vivent pour le basket ici. »

L'entraîneur Ludovic Pouillart demande beaucoup à ses joueurs qu'il va chercher dans des niveaux inférieurs pour les faire progresser à Gries-Oberhoffen. L’entraîneur Ludovic Pouillart demande beaucoup à ses joueurs qu’il va chercher dans des niveaux inférieurs pour les faire progresser à Gries-Oberhoffen. – B. Poussard / 20 Minutes.

Venu de Cergy, ce Nordiste d’origine aime le calme et s’y plaît bien. En même temps, Ludovic Pouillart passe beaucoup de temps dans la salle de 1.300 places de Gries, dont les infrastructures ont été améliorées depuis l’accession en deuxième division du pays. Fortement sollicités (souvent deux fois par jour, même le dimanche), ses joueurs ne doivent pas habiter à plus de dix minutes.

Fils d’agriculteur dans le sud des Landes, l’arrière Romain Hillotte se retrouve bien dans ce coin rural. « Mais pour des Parisiens ou Américains qui débarquent, ça peut secouer », se marre-t-il. Alors ça chambre… Passé de Levallois en région parisienne à Bischwiller, le meneur Fred Loubaki veut obtenir le permis : « La guerre continue ! » En espérant la même réussite que ballon en main.

Gries est une petite commune de 2.800 habitants dans la plaine d'Alsace, dans le département du Bas-Rhin. Gries est une petite commune de 2.800 habitants dans la plaine d’Alsace, dans le département du Bas-Rhin. – B. Poussard / 20 Minutes.

Un territoire rural oublié par les victoires pour les joueurs

Avec la victoire, l’adaptation à la campagne est plus facile. L’ambiance aide. Même pour les deux Espagnols qui appelaient leurs dirigeants pour savoir où ils pouvaient encore manger à 23h par ici à leurs débuts à Gries (spoiler : nulle part). Barcelonais, le meneur Xavi Forcada reprend : « On avait un groupe incroyable l’an dernier et là on réussit à trouver le même esprit, c’est magnifique. »

Les basketteurs du BC Gries-Oberhoffen, nouveaux en Pro B, s'entraînent très souvent deux fois par jour, ce qui oblige les joueurs à habiter à moins de 10 minutes de la salle, malgré la zone rurale. Les basketteurs du BC Gries-Oberhoffen, nouveaux en Pro B, s’entraînent très souvent deux fois par jour, ce qui oblige les joueurs à habiter à moins de 10 minutes de la salle, malgré la zone rurale. – B. Poussard / 20 Minutes.

Nommés les carnivores, les géants verts ou les irréductibles Gaulois, les Alsaciens font plus que tenir la baraque en Pro B, malgré très peu d’expérience à ce niveau. Pour leur deuxième saison en N1 – troisième échelon français – l’an dernier (après plus de 20 ans passés dans le relatif anonymat de la N2, leur meilleur niveau jusqu’ici), ils avaient déjà battu des records, avec juste trois défaites.

Un club historique de N2 au développement relancé en 2014

Derrière la folle réussite actuelle du club créé après la Seconde Guerre mondiale par la paroisse catholique du village pour les jeunes et l’activité sportive, il y a des histoires d’amitié. Entre le président Romuald Roeckel et le manager Thomas Lotz, anciens équipiers en sélections jeunes. Et entre Thomas Lotz et le coach Ludovic Fouillart, coéquipiers en pro à une autre époque.

Pour construire son basket collectif qui va vite, l'entraîneur Ludovic Pouillart mise plutôt sur des cerveaux que des muscles à Gries, comme il l'explique lui-même. Pour construire son basket collectif qui va vite, l’entraîneur Ludovic Pouillart mise plutôt sur des cerveaux que des muscles à Gries, comme il l’explique lui-même. – B. Poussard / 20 Minutes.

Alors que son père avait structuré le club à partir des années 80, le premier a profité du retour en Alsace du deuxième, chef d’entreprise à côté, pour impulser du neuf. Et le deuxième est allé chercher le troisième pour l’incarner sportivement. Avec ses 300 licenciés et 20 équipes, ses nombreux bénévoles, sa belle salle et sa stabilité, Gries-Oberhoffen a mué petit à petit depuis.

« Face à une perte d’engouement et de popularité, une démotivation de bénévoles et de partenaires, on a écrit un projet de développement », raconte Romuald Roeckel, 44 ans. Un propos complété par Thomas Lotz : « L’exigence a été de professionnaliser le staff et l’équipe sans mettre le club en danger. » D’un coach salarié, il est passé à 11 joueurs et quatre entraîneurs pros en cinq ans.

Construite au milieu des années 2000, la Forest Arena est une petite cocotte remplie de nombreux supporters du village et d'au-delà chaque semaine ou presque en périphérie de Gries, en Alsace. Construite au milieu des années 2000, la Forest Arena est une petite cocotte remplie de nombreux supporters du village et d’au-delà chaque semaine ou presque en périphérie de Gries, en Alsace. – B. Poussard / 20 Minutes.

Les secrets de Gries dans le travail, les progrès et le plaisir

Grâce à une hausse du nombre de sponsors et de mécènes sur le bassin du nord de l’Alsace, le budget a suivi, jusqu’à atteindre 1,2 million cette saison, dont 480.000 euros de masse salariale. Un chiffre pourtant loin de la moyenne (plus de 700.000 euros) à ce niveau. « Nos joueurs sont moins payés mais jouent mieux qu’ailleurs », sourit Thomas Lotz. Mais quel est le secret de Gries ?

Travailleur et exigeant, l’entraîneur réussit à trouver des joueurs de niveau inférieur dont il tire le maximum. Des profils atypiques, valorisés par un projet collectif. Cherchant « plaisir », « intelligence » et « adresse » plus que des « qualités athlétiques », et des « cerveaux » plus que des « jambes », Ludovic Pouillart veut « une équipe qui va vite ». Gries est la meilleure attaque de Pro B. Entre autres.

En Alsace, l'entraîneur du BC Gries-Oberhoffen est très exigeant envers ses joueurs qu'il veut faire rentrer dans un projet ultra-collectif. En Alsace, l’entraîneur du BC Gries-Oberhoffen est très exigeant envers ses joueurs qu’il veut faire rentrer dans un projet ultra-collectif. – B. Poussard / 20 Minutes.

En somme, les recrues viennent ici prendre de la valeur. Avant de partir… Et de forcer (en partie) le staff à recommencer chaque été (quatre joueurs de l’an dernier sont restés cette saison) son boulot de scooting, le recrutement. A l’image du job trouvé à la copine de l’Espagnol Xavi Forcada, le club travaille donc aussi sur le volet extra-sportif (logement, voitures…) pour rester attractif.

L’avenir incarné par l’historique formation des jeunes à Gries

Visant une nouvelle augmentation budgétaire de 200 à 300.000 euros à l’intersaison, le modèle du BCGO visant l’implantation en Pro B est-il durable ? La taille de la salle (pour proposer plus aux partenaires) et le bassin économique sont en tout cas de possibles limites. Mais la croissance du club se poursuit du côté de la belle filière jeune avec un centre de formation qui sera lancé à la rentrée.

En attendant d’y accueillir la crème alsacienne (à l’image du Bleu Léo Westermann passé par Gries en U15), le petit poucet est aussi à un tournant côté structurel. « Avec nos moyens limités, on fait avec des bénévoles du club, auxquels on demande des exigences de plus en plus pros », explique Thomas Lotz. Epaulée par la société Alsafix du président, son administration va devoir s’émanciper.

Une rue principale avec quelques commerces, deux églises, de belles colombages et des paniers dans le nombreux jardins, voici Gries, un petit fief du basket en Alsace. Une rue principale avec quelques commerces, deux églises, de belles colombages et des paniers dans le nombreux jardins, voici Gries, un petit fief du basket en Alsace. – B. Poussard / 20 Minutes.

« Nos bons résultats nous confortent en tout cas dans notre développement », reprend Romuald Roeckel, bénévole avec le manager. En lice pour de potentiels play-offs, le BCGO aux bonnes relations avec la SIG Strasbourg ne sait pas où il s’arrêtera. Ludovic Pouillart termine : « Ma grande fierté, c’est qu’on arrive à placer Gries sur la carte de France. » Mais pas question de perdre l’esprit de village.

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