Allocution d’Emmanuel Macron : Les oppositions refusent de signer « un chèque en blanc » au chef de l’Etat

« Apprendre à gouverner différemment » : Emmanuel Macron a pris acte mercredi des « fractures » montrées par le résultat des législatives et assuré vouloir « bâtir des compromis » avec ses opposants, les pressant de « clarifier » leur positionnement d’ici vendredi soir. Sa proposition de compromis, formulée dans cette allocution télévisée de huit minutes depuis l’Elysée qui était sa première réaction directe depuis dimanche, a été accueillie fraîchement par les oppositions, même si le chef de l’Etat a estimé qu’un gouvernement d’union nationale, hypothèse qu’il avait testée auprès de plusieurs dirigeants reçus mardi et mercredi, n’était « pas justifié à ce jour ».

Le président a mis sous pression les oppositions, de la Nupes au RN en passant par LR, leur demandant « de dire en toute transparence jusqu’où ils sont prêts à aller », et ce à courte échéance : « Il faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations de l’Assemblée nationale sont prêtes à prendre : entrer dans une coalition de gouvernement et d’action (ou) s’engager à voter simplement certains textes, notre budget ». Il leur donne 48 heures : « Nous commencerons à bâtir cette méthode et cette configuration nouvelle » à son retour du sommet européen de jeudi et vendredi à Bruxelles, a-t-il précisé.

Moins « d’arrogance »

Le chef de file de la gauche unie, Jean-Luc Mélenchon, a immédiatement réagi avec scepticisme : « Il est vain de dissoudre la réalité du vote en l’enfumant de considérations et d’appels de toutes sortes ». L’ex-candidat de LFI à la présidentielle a estimé que désormais « l’exécutif est faible mais l’Assemblée nationale est forte de toute la légitimité de son élection récente ». Disant ne pas faire confiance à la macronie pour respecter les textes présentés par l’opposition, il a à nouveau appelé la Première ministre Elisabeth Borne à solliciter la confiance par un vote des députés, et à démissionner si elle ne l’obtient pas.

Le président du RN et lieutenant de Marine Le Pen, Jordan Bardella, a observé : « C’est la première fois que l’arrogance d’Emmanuel Macron marque un peu le pas : ce changement vient du peuple, qui en a fait un président minoritaire ». Il s’est montré conciliant : « Notre groupe puissant à l’Assemblée sera ferme mais constructif, avec pour seule boussole l’intérêt de la France et des Français ».

LR promet des propositions « la semaine prochaine »

« Son discours de la méthode vise à évacuer sa responsabilité et à ne rien changer de son projet », a rejeté le communiste Fabien Roussel, tandis que le socialiste Olivier Faure taclait : « Non, les formations politiques n’ont pas à lui répondre jusqu’où elles sont prêtes à aller pour lui donner un chèque en blanc ».

A droite, le nouveau chef de file des députés LR, Alain Marleix, a lui aussi rejeté un « chèque en blanc, de surcroît sur un projet peu clair ». Il a aussi promis que son groupe ferait la semaine prochaine des propositions sur le pouvoir d’achat. Le chef des écologistes Julien Bayou a jugé sur LCI le discours « flou ». « Le président dit qu’il veut agir sur le climat, nous ne le croyons pas », a-t-il dit, ajoutant que la Nupes ferait des propositions sur le sujet.