Allemagne : Pourquoi des écologistes et la police se sont affrontés en marge d’une mine de charbon

Dans la petite ville de Lützerath, en Rhénanie du Nord (Allemagne), entre les militants et militantes écologistes et les forces de l’ordre, plus rien ne va. Ce jour-là, les policiers et policières ont évacué de force la ZAD de ce hameau. Pour cause, environ 300 militants empêchaient la création d’une extension d’une immense mine de lignite à ciel ouvert, l’une des plus grandes d’Europe, exploitée par l’énergéticien allemand RWE.

A la suite de l’action des autorités publiques, des milliers de manifestants se sont retrouvés et des échauffourées avec la police allemande ont éclaté. 20 Minutes fait le point sur la résistance des écologistes anticharbons.

Pourquoi la situation a-t-elle dégénéré en moins d’une semaine ?

Entre Düsseldorf et Aix-la-Chapelle, dans le hameau de Lützerath, 300 militants anticharbons vivaient depuis plus de deux ans dans des cabanes de fortunes et autres lieux squattés. Depuis le 2 janvier, les forces de l’ordre ont commencé à doucement évacuer les abords de la ZAD. Mais à l’aube du 11 janvier, l’arrivée de renfort de police venu de toute l’Allemagne a permis la prise d’assaut éclair du hameau.

« Ils ont sorti de force l’équipe de premier secours du camp », témoigne le jour de l’évacuation Mara Sauer, une porte-parole des militants. « Seuls certains ont pu rester en se cachant », ajoute l’écologiste. D’autres ont réussi à rester en hauteur. Accrochés à des câbles, humides à cause de la pluie, les occupants se déplacent d’arbres en arbres, au-dessus des forces de police.

L’ambiance était calme sur place, selon les journalistes de l’AFP, même si la police a appelé les manifestants via Twitter à s’abstenir de « lancer des cocktails Molotov » et à adopter un comportement « non-violent ». Ces centaines de militants vivaient sur ce site pour empêcher le géant allemand RWE d’étendre son immense mine de charbon à ciel ouvert, l’une des plus grandes d’Europe.

A la suite de l’opération, des milliers de manifestants accompagnés de Greta Thunberg, qui a par ailleurs fait quelques heures de garde à vue à la suite des manifestations, sont arrivés sur place avec comme mot d’ordre : « Empêcher l’évacuation ! Pour la justice climatique ».

Pourquoi des violences ont-elles éclaté dans le week-end ?

Samedi, dans les champs boueux de la Rhénanie, des milliers de manifestants – 35.000 selon les organisateurs, 15.000 selon la police – équipés de blousons et K-way bariolés pour se protéger de la pluie battante, ont bloqué le site.

Quelques échauffourées ont cependant éclaté en début d’après-midi entre des manifestants et la police, visée par des tirs d’engins pyrotechniques, qui tentaient de les éloigner du hameau de Lützerath entouré de grillages, selon des journalistes de l’AFP. « Les barrières de police ont été brisées. Aux personnes devant Lützerath :  »Sortez de cette zone immédiatement ! » », a tweeté la police qui a également signalé l’intrusion de manifestants sur le site de la mine.

Sur des images de télévision, une rangée de policiers en tenue antiémeute, casqués et équipés de boucliers, protégeaient les bords de la fosse de la mine profonde de plusieurs dizaines de mètres dont s’approchaient des manifestants. « Certaines personnes sont entrées dans la mine. Éloignez-vous immédiatement de la zone de danger ! », a encore tweeté la police samedi.

« La police a dû avoir recours à des canons à eau et tente toujours actuellement de barrer l’accès aux manifestants », qui font preuve de « violence », a indiqué un porte-parole de la police samedi.

Au moins une vingtaine de militants ont été conduits à l’hôpital, a déclaré Birte Schramm, une secouriste du mouvement d’occupation du village. Elle précise que certains d’entre eux, « battus par les policiers à l’estomac et sur la tête », souffraient de blessures « pouvant mettre leur vie en danger ». La police a affirmé de son côté dimanche que quelque 70 de ses agents ont été blessés samedi et que des poursuites judiciaires ont été lancées contre environ 150 personnes.

Qu’en dit le gouvernement allemand ?

En signant un compromis avec RWE, le gouvernement d’Olaf Scholz, qui comporte pourtant plusieurs ministres écologistes, a été accusé de trahison par les militants. « [Le lancement des travaux] était nécessaire. Mais bien sûr que c’est un péché vis-à-vis de la politique climatique, et que nous devrions travailler à ce que cela dure le moins de temps possible », s’est défendu lundi Robert Habeck, ministre écologiste de l’Economie.

Selon eux, l’extension de la mine doit sécuriser la souveraineté énergétique de l’Allemagne qui doit compenser l’interruption des livraisons de gaz russe, un motif impérieux que contestent les opposants selon lesquels les réserves de lignite sont suffisantes.

Lundi, les derniers militants écologistes qui protestaient ont finalement été délogés par la police, mettant fin à des années de mobilisation locale contre ce projet controversé. Seuls deux militants étaient encore sur place, réfugiés depuis plusieurs jours dans des tunnels creusés sous le village. Désormais, la vaste fosse où s’activent, sur plusieurs dizaines de kilomètres, d’immenses machines d’excavation, va pouvoir engloutir Lützerath.