Allemagne : Le gouvernement accouche dans la douleur d’un grand plan climatique

Angela Merkel au salon auto de Francfort, le 12 septembre 2019. — Michael Probst/AP/SIPA

Sous la pression de manifestations massives dans toute l’Allemagne, les partis de la fragile coalition gouvernementale d’ Angela Merkel ont fini par s’accorder sur les grands points d’une stratégie climatique, vendredi, après des négociations marathon.

« Il y a un accord avec beaucoup de mesures et un mécanisme de vérification annuel » visant à s’assurer que les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre seront atteints, ont indiqué à l’AFP des sources proches du gouvernement.

Des dizaines de milliers de manifestants à Berlin

Les détails du compromis, conclu après quelque 18 heures d’âpres discussions, doivent être dévoilés lors d’une conférence de presse prévue vers 12h30 GMT. Auparavant, il doit être adopté en Conseil des ministres. L’enjeu consiste à prendre des mesures pour inciter les Allemands à réduire les émissions polluantes, et permettre au pays, aujourd’hui en retard, d’atteindre ses objectifs de réduction d’émissions polluantes.

L’annonce intervient alors que des dizaines de milliers de manifestants, 80.000 selon les organisateurs, s’étaient rassemblés à Berlin à l’emblématique Porte de Brandebourg, en ce jour d’un mouvement mondial de grève pour la défense du climat. La mobilisation devrait être particulièrement bien suivie en Allemagne, où les écologistes ont le vent en poupe et enchaînent les succès électoraux.

La peur d’un mouvement des « gilets jaunes »

Au total, des manifestations doivent avoir lieu dans 575 villes allemandes, « du jamais-vu », a estimé la porte-parole allemande du mouvement FridaysforFuture, Luisa Neubauer dans un tweet. Selon le projet d’accord en discussion, des investissements d’« un montant à trois chiffres en milliards d’euros », soit au moins 100 milliards d’euros, sont prévus d’ici à 2030. Les partis se sont particulièrement disputés sur son financement, rendu extrêmement compliqué par le fait que le gouvernement refuse de contracter de nouvelles dettes, conformément à sa politique d’orthodoxie budgétaire du « Schwarze Null ».

Les négociations achoppaient en particulier sur un modèle de tarification des émissions de CO2, où l’essence, le diesel, le gaz de chauffage ou le fioul pourraient être intégrés dans un marché national de certificats et voir leur prix monter, d’environ 11 centimes par exemple pour le litre de diesel.

Question centrale : où fixer le curseur pour à la fois avoir un prix suffisamment élevé afin d’inciter les consommateurs à opter pour les solutions les moins polluantes, mais en même temps ne pas provoquer de levée de boucliers de l’opinion, à l’exemple du mouvement des gilets jaunes en France ? Il est question dans les discussions de prix plancher et plafond sur ce marché.

Concrètement, la stratégie du gouvernement comprend aussi une panoplie de mesures destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’énergie, le bâtiment, l’agriculture, l’industrie et les transports. Cela va de la promotion des transports publics et des trains, à l’augmentation du prix des voyages en avion en Allemagne, ou à diverses subventions pour le développement des voitures électriques ou pour des chauffages individuels efficaces et propres.

Pression face à la mobilisation des jeunes

Parallèlement, il s’agit de mettre un coup d’accélérateur sur le développement d’énergie propre (solaire, éolien ou biomasse), dont la part dans la production d’électricité dans le pays doit monter à 65 % en 2030 contre 40 % actuellement.

La pression pesant sur le gouvernement Merkel est grande : il doit répondre aux attentes de la mobilisation initiée par les jeunes de FutureforFridays, mouvement créé par l’égérie suédoise Greta Thunberg. Et un accord paraît indispensable à la survie de la coalition elle-même, très fragile depuis sa difficile constitution l’an dernier.

Le ministre social-démocrate des Finances Olaf Scholz a directement lié la poursuite de la coalition, très impopulaire en Allemagne, à l’élaboration d’un « grand projet climatique ».

Une réduction de 55 % des émissions de CO2 d’ici 2030

L’Allemagne a certes décidé en début d’année d’abandonner le charbon d’ici 2038, mais il lui reste à programmer la fermeture de ses mines et centrales. Un chantier d’autant plus délicat qu’elle doit parallèlement achever d’ici 2022 sa sortie du nucléaire, décidée en 2011 après la catastrophe de Fukushima. Et sa puissante industrie automobile a longtemps privilégié les véhicules essence ou diesel avant de prendre sur le tard le virage de l’électrique.

Résultat : le pays qui s’était engagé à réduire les émissions de CO2 de 40 % comparé à 1990, n’aura atteint qu’un tiers. En 2030, il vise une réduction de 55 %.

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