Algérie : L’anglais n’a pas remplacé le français sur les billets de 2.000 dinars

Une nouvelle preuve de l’éloignement entre l’Algérie et la France ? Ce mercredi, de nombreux internautes se sont fait l’écho d’un changement, minime à première vue, mais hautement symbolique dans les relations entre les deux pays, surtout après le voyage de la délégation française sur place au début du mois d’octobre.

Les nouveaux billets de dinars algériens ne comporteraient plus de mentions en français. Ces dernières auraient même été remplacées par des mentions en anglais. Jean-Luc Mélenchon a tweeté mercredi à ce sujet, égratignant au passage le président de la République et la Première ministre : « La langue commune ne l’est plus. Tristesse. Macron Borne ont échoué en tout et pour tout. » Le message est accompagné d’un gros plan sur un billet de 2.000 dinars sur lequel on lit « Two thousands dinars ».

Le chef de file de la France Insoumise a quelques années de retard sur l'histoire des billets de banque algériens
Le chef de file de la France Insoumise a quelques années de retard sur l’histoire des billets de banque algériens – Capture d’écran Twitter

Sauf que, si l’anglais est bien présent sur les nouveaux billets en Algérie, les internautes accusateurs et le chef de file de la France insoumise ont un train de retard. 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

La Banque d’Algérie a émis, ce 2 novembre, un nouveau billet de 2.000 dinars et une nouvelle pièce métallique de 50 dinars avec des mots en arabe et en anglais, comme le confirme le Journal officiel du 23 octobre.

« Le thème du billet de 2.000 dinars est le 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie et le 31e sommet de la Ligue Arabe qui se tient à Alger le 1er novembre 2022, symbolisé par une carte du monde arabe, explique Fatiha Talahite, économiste et chercheuse associée au CNRS. La pièce de 50 dinars est à l’effigie de Hassiba Benbouali, martyre de la révolution. Elle porte le triple millésime hégirien, grégorien et amazigh de l’année de frappe. »

Le Journal officiel d'Algérie du 23 octobre 2022
Le Journal officiel d’Algérie du 23 octobre 2022 – Extrait du Journal Officiel

L’arabe remplace le français dès les années 1970

Des billets avec leur valeur nominale écrite en français ont bien circulé après 1964, et l’entrée en vigueur de la monnaie algérienne.  « Lorsqu’elle s’appelait Banque centrale d’Algérie (BCA), il arrivait que son nom aussi soit écrit aussi en français sur certains billets », ajoute Fatiha Talahite. Un reste de la colonisation puisque le français « n’est pas la langue officielle en Algérie, sa présence ne se justifiait donc pas ».

Ancien billet de cent dinars portant des mentions en français
Ancien billet de cent dinars portant des mentions en français – Image fournie par Fatiha Talahite

Mais l’arabe a totalement remplacé le français à partir du milieu des années 1970. Si des coupures avec des mentions en français ont pu passer de main en main pendant quelque temps, selon la chercheuse, les billets en circulation en Algérie étaient écrits uniquement en langue arabe, au moins depuis la réforme de 1990 et le nouveau statut de la Banque centrale, devenue Banque d’Algérie. Et ce, jusqu’à ce mercredi 2 novembre.

Promouvoir la langue anglaise

La confusion semble avoir démarré avec un article de l’agence turque Anadolu titré « Algérie : l’anglais remplace le français sur le nouveau billet de 2.000 DA » et qui cite « au lieu de « deux mille dinars » qu’on retrouve sur les anciens billets, le nouveau billet contient une mention en anglais « two thousand dinars » ». Reprise par plusieurs médias étrangers, l’idée s’est vite retrouvée sur les réseaux sociaux.

Le choix d’utiliser l’anglais sur les nouvelles coupures n’a pas été justifié par les autorités algériennes. Contactées par 20 Minutes, la Banque d’Algérie et l’ambassade d’Algérie en France n’ont, pour le moment, pas répondu à nos sollicitations. Pour Fatiha Talahite, cette décision s’accorde avec les volontés des autorités du pays de « promouvoir l’enseignement et l’utilisation de cette langue, concrétisée cette année par son introduction dans l’enseignement primaire ».