Aides à Airbus: Washington menace l’Union européenne d’augmenter les droits de douane

Airbus a dévoilé le premier A350 ultra long range qui sera livré dans quelques mois à Singapour Airlines — Airbus R. Peli Master Films

Le ton monte entre Washington et Bruxelles. Les Etats-Unis ont menacé, ce lundi, d’imposer des hausses de taxes douanières à Airbus et à d’autres produits européens si l’Union européenne ne stoppait pas certaines subventions au constructeur aéronautique.

Depuis quatorze ans, Boeing et Airbus, via leurs pays respectifs, s’accusent mutuellement devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de verser des aides illégales à leurs champions aéronautiques respectifs.

« Les taxes douanières imposées en représailles pourront être levées »

Dans un communiqué, le représentant américain au Commerce (USTR), Robert Lighthizer, estime que les subventions européennes à Airbus « pénalisent » les Etats-Unis à hauteur de 11 milliards de dollars d’échanges commerciaux chaque année et se dit prêt « à l’action » alors que l’OMC doit rendre prochainement un nouvel arbitrage sur ce conflit. « L’OMC a conclu plusieurs fois que les aides de l’Union européenne avaient causé des torts aux Etats-Unis », écrivent les services de l’USTR, qui publie une liste préliminaire de produits européens qui pourraient faire l’objet de droits de douane supplémentaires.

Washington, qui estime que l’Union européenne ne s’est pas conformée à la décision de l’OMC, se dit prêt à mettre en place ses sanctions « cet été », dès que l’organisation aura donné sa décision. Pour autant, « notre but ultime est de conclure un accord avec l’UE pour mettre un terme aux subventions aux gros-porteurs civils, qui sont en contradiction avec (les conclusions) de l’OMC. Lorsque l’UE arrêtera ces aides néfastes, les taxes douanières imposées en représailles pourront être levées », affirme le communiqué de Robert Lighthizer. Selon le communiqué de l’USTR, les aides à Airbus ont contribué à faire perdre à Boeing « plus de 300 » appareils et des parts de marché dans le monde entier.

Saumon, fruits, vin, huile d’olive, fromages

Sont visés notamment par ces éventuels droits de douanes supplémentaires des produits du secteur aéronautique, dont des « appareils Airbus », précise le communiqué. La liste de 14 pages comprend notamment de nouveaux « hélicoptères » et « aéronefs civils de transport de marchandises ou de passagers d’un poids supérieur à 15 tonnes » et certaines pièces aéronautiques provenant de France, d’Allemagne, d’Espagne ou du Royaume-Uni. Elle comprend aussi des produits venant de toute l’UE, comme les steaks d’espadon, les filets de saumon, des fromages mais aussi des fruits, de l’huile d’olives, des vins ou encore des vêtements, des produits laitiers ou des motos.

Depuis plus de 14 ans, Washington et Bruxelles s’accusent mutuellement de verser des aides indues à Boeing et Airbus. Ce conflit commercial, dont l’enjeu s’élève à des milliards d’euros ou de dollars, est le plus long et le plus compliqué traité par l’OMC. L’été dernier, l’Union européenne a obtenu la mise en place à l’OMC d’un nouveau panel d’experts pour arbitrer le conflit concernant les aides à Airbus contestées par les Etats-Unis. Ces derniers ont parallèlement demandé à l’OMC de déterminer le montant des sanctions qu’ils pourraient imposer à l’UE.

Boeing en pleine tourmente avec la mise en cause du 737 MAX

Dans le dossier concernant les aides à Boeing cette fois, l’OMC a confirmé fin mars que les Etats-Unis ne s’étaient pas pleinement conformés à sa décision de 2012 visant à mettre fin aux aides illégales versées au groupe aéronautique notamment en en transformant certaines en allégements fiscaux. Ce communiqué intervient dans un climat de tensions commerciales récurrentes avec la Chine et l’Union européenne. L’administration de Donald Trump est devenue coutumière des droits de douane punitifs, dont elle brandit la menace pour négocier et dont elle a déjà imposé un certain nombre.

L’UE et les Etats-Unis s’efforcent depuis des mois de concrétiser l’entente commerciale annoncée fin juillet par le président américain et le chef de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, notamment en négociant un accord commercial limité aux biens industriels. Donald Trump menace dans ce cadre de taxer lourdement l’industrie automobile européenne. En outre, le communiqué de l’USTR intervient alors que Boeing est en pleine tourmente, en raison de la mise en cause de son avion vedette 737 MAX, dont la sécurité est en cause après deux accidents mortels.

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