Agriculture : Se pliant à une décision de la justice européenne, la France renonce aux néonicotinoïdes

Les défenseurs de la biodiversité sont particulièrement satisfaits. Se pliant à une décision jeudi de la Cour de justice de l’Union européenne, la France a annoncé lundi renoncer à autoriser par dérogation les néonicotinoïdes pour protéger les semences de betteraves sucrières qui doivent être plantées en mars.

« Je n’ai aucune intention de balader les agriculteurs et en particulier ceux qui sont inquiets, car c’est dans 4 à 6 semaines qu’ils vont prendre la décision d’implantation des semences », a déclaré le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau. Le gouvernement ne proposera donc pas une « troisième année de dérogation sur l’enrobage des semences de betteraves ».

Un pesticide pour lutter contre la jaunisse de la betterave

Les néonicotinoïdes, insecticides qui s’attaquent au système nerveux des insectes, sont mis en cause dans le déclin massif des colonies d’abeilles. Plusieurs substances sont interdites dans l’UE depuis 2018, mais plusieurs pays ont accordé des dérogations, ces insecticides permettant de lutter contre un puceron vecteur de la jaunisse de la betterave.

La Ligue de protection des oiseaux a salué une « grande victoire pour la biodiversité ». « Néonicotinoïdes : point final ! » a pour sa part claironné l’association Agir pour l’environnement, qui avait par deux fois porté ce combat contre les néonicotinoïdes devant le Conseil d’Etat, réclamant en vain leur interdiction totale.

Les producteurs de betteraves sont, eux, « effondrés ». « Il y aura des baisses de surface, des planteurs qui vont abandonner. Si c’est une année à faible pression (de jaunisse), on saura gérer, mais si c’est comme en 2020 où on a perdu un tiers de la récolte, ce sera catastrophique », a ainsi déclaré Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betterave (CGB).

Le problème de la concurrence allemande

Marc Fesneau, qui s’était lui-même dit favorable à une « dernière année » de dérogation pour permettre à la filière de développer une solution alternative, a tenté de rassurer producteurs et industriels du sucre, reçus lundi après-midi. « J’ai convenu avec les représentants de la filière qu’on mettrait en place un dispositif qui permettrait de couvrir le risque de pertes qui serait liée à la jaunisse, le temps qu’on trouve les alternatives dont on a besoin ».

Le ministre veut également « faire activer au niveau européen les clauses de sauvegarde pour qu’il n’y ait pas de distorsion de concurrence », alors que la France est le premier producteur européen de sucre. En cas de jaunisse, la CGB réclame une indemnisation totale, sans franchise, sous peine de « mettre en danger toute la filière », des 24.000 producteurs jusqu’aux usines qui transforment les racines en sucre, en alcool ou en carburant bioéthanol. Surtout, Franck Sander redoute la concurrence européenne et notamment celle de l’Allemagne, qui « a renoncé aux semences enrobées mais autorisé un produit néonicotinoïde en pulvérisation ».